Yalla : en avant les jeunes…

«Yallah, en avant, parce que dans la vie il faut continuer à s’acharner pour apporter de la joie à autrui, même si je sens que je me dirige vers l’apothéose»… Sœur Emmanuelle vient de nous quitter…
Je ne sais plus qui a dit l’Homme fort a beaucoup de volonté et le cœur brisé… Seule la Foi en l’être supérieur, seule la Foi en l’Autre peut lui apporter la renaissance… Cela lui ressemblait tellement…
Elle était l’amie, la grande sœur des pauvres et des sans-voix. Ces jours prochains elle devait fêter ses 100 ans. Le destin, le Divin en aura décidé autrement. Mais rien n’est moins sûr. Car il n’est pas impossible de penser que celle qui se disait justement comblée par son destin et de tout ce qu’il lui avait permis de vivre, n’ait pas choisi son heure. «J’ai découvert les joies simples de la vie et les ai goûtées dans la plénitude de l’instant. Et maintenant c’est le moment de dire : viens à moi, mon Dieu!».
Elle se disait comblée même si, avec la lucidité qui la caractérisait, elle n’oubliait pas de nous proposer en bémol «les bonheurs terrestres peuvent parfois être des miels amers». Faisant probablement référence au drame de sa vie, le décès de son père, alors qu’elle n’avait pas 6 ans. Ce drame lui forgera un mental à tout épreuve et dont elle fera même une force pour affronter la vie, le regard droit, sans crainte et dans la foi. Toujours prête à provoquer la discussion ou à s’engager dans la bataille, elle n’aura jamais été satisfaite de demi-mesures. Infatigable, toujours en quête de justice, elle aura fait don de sa vie pour le bien d’autrui. Se soulevant en permanence contre l’injustice, contre les «chiffonniers de l’âme» qui frappent particulièrement les enfants destinés dès la naissance à errer dans la misère.

“ Fends le cœur d’un homme, tu trouveras un soleil ”

Le tutoiement était la norme de sa relation avec l’Autre et quel qu’il soit, le plus modeste ou le plus couronné. Elle vivait le dépouillement comme un enrichissement, abandonnant le futile, l’accessoire, les détails. «Quand on est dépouillé, on va à l’essentiel, c’est-à-dire à l’amour, au Dieu qui est amour».
Durant des décennies, elle vivra sa relation à Dieu de manière très incarnée avec certes le partage privilégié avec ses frères et sœurs, chrétiens mais aussi avec ses frères et sœurs musulmans en quête ou non d’une transcendance. Avec l’humour et la clairvoyance qui l’animera jusqu’au dernier souffle, elle dira dans un dernier livre : «La prière est devenue mon job à plein temps. Maintenant que je ne peux plus agir physiquement sur le terrain, je vis plus que jamais avec la prière». De toute évidence, le Christ était sa source de jouvence, les textes de l’Evangile, autant de fleuves d’eau vive qui irrigueront son existence. Plus proche de l’humanité qui souffre et en même temps, un canal de l’amour de Dieu.
En un siècle de présence terrestre, elle aura vu changer la planète. Un témoin unique qui nous rappellera le plus souvent que le monde d’aujourd’hui est incontestablement plus dur que celui d’hier, que celui de son enfance. Qui, quoiqu’il y paraisse, il propose de plus en plus difficilement d’y survivre. Si l’Homme a su créer les outils pour mieux engager l’échange, la communication, l’information, il en aura oublié les valeurs de sagesse, les rudiments d’humanisme qui font l’essentiel du partage, du mieux vivre, de l’amour entre les Hommes.
Au-delà d’une vie de service et de combat contre l’exclusion, Sœur Emmanuelle nous aura proposé un rayonnement, un esprit, un message d’espoir pour tous les Hommes… «J’étais à la recherche du bonheur, en quête d’absolu. Et pour cela excusez-moi, les garçons ! Un homme, c’est petit ! Un homme ne m’aurait pas suffi. Je voulais quelque chose de plus grand, de plus exaltant. J’ai choisi Dieu, rien de moins!»
Elle était avant tout et pardessus tout, une façon heureuse de vivre l’idée de Dieu, une façon si simple de rester dans sa présence, une façon d’aider les autres dans le respect de la différence. Que l’on soit chrétien ou pas, croyant ou non, chacun pouvait voir et comprendre que cet être supérieur était dans la Lumière et dans l’Amour. Tant pis pour les extrémistes de tous poils…
Comme je l’envie…

André Gérôme Gallego
Directeur de la publication
andreg@aol.com


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