Une VIème République…

Dans notre pays, plus les excès en tous genres se répètent, plus l’anarchie s’installe, plus on peut craindre alors que la barbarie ne soit plus très loin d’autant, si les droits n’impliquent plus aucun devoir. Un constat qui n’est pas seulement personnel, mais la résonance d’un “vox populi” qui s’amplifie, pour bon nombre de situations et chaque jour un peu plus, à mesure que la paralysie économique et sociale s’installe. Une situation générale, des excès, des dérives, des injustices qui, le sont encore plus gravement sur le plan international, me direz-vous. Mais qui, surtout, font craindre à bon nombre de spécialistes l’imminence d’une troisième guerre mondiale…
Alors, cette nuit, j’ai fait le rêve que la France était belle et calme, les Français heureux… Les rues étaient paisibles et propres. Nos ados allaient tous à l’école, pensaient plus à leurs études, à faire du sport et la fête que de faire les “cons” dans la rue, sous le regard admiratif de leurs parents. Mais il est vrai que j’ai rêvé aussi que leurs parents n’étaient plus dans la difficulté, redevenaient responsables et les sermonnaient quand ils faisaient des “bêtises”. Pas de drogue, pas de dealers, pas de délinquance, pas de “banlieues” dégradées, pas de tags qui coûtent notamment des millions d’euros à la collectivité… Mais pourquoi pas aussi à des lieux publics, où ces artistes pourraient s’adonner à leur art et en toute liberté.
Plus de famine dans le monde, plus de guerres, plus de voyous en gants blancs qui jouent avec le fameux CAC40 et le manipulent surtout pour pouvoir rythmer notre quotidien en fonction de leurs intérêts du moment. Ceux-là qui sont aussi à la merci de groupes gigantesques multinationaux, multiraciaux, et multicultuels. Finalement un monde parallèle où loin des regards des “journaleux”, les différences d’origine, de culture, de religion n’existent plus. Ici seul l’appât du gain et la prise de pouvoir motivent et légitiment…
Ce matin, le réveil a été dur en écoutant les infos.
Car notre beau pays, après avoir flirté durant plus de 30 ans avec toutes les dérives économiques possibles, rencontre ses limites dans un contexte actuel, local et mondial, bien moins favorable. Le chômage de masse laisse des familles entières au bord de la société, les repères éducatifs parentaux disparaissent, d’où l’éclosion de “sauvageons”. L’école ne joue plus son rôle de “passerelle” culturelle et sociale, la ghettoïsation des quartiers se renforce. L’ethnicité, la montée de l’intégrisme, les petites mafias se révèlent au grand jour sans que l’on ait, semble-t-il les moyens ou l’envie de tout arrêter.
Bref, au lieu de s’invectiver, de nous bluffer avec le feuilleton Bettencourt ou le faux bras de fer entre les syndicats et le pouvoir en place, nos élus feraient bien, pour une fois, d’être créatifs et à la hauteur des enjeux ! Sauf s’ils ont intérêt à encourager le grand chaos, comme on pourrait le croire, chez certains à gauche. Finalement, il est permis de tout penser tant, bien souvent, les limites de l’incompétence semblent atteintes. Mais les Français ne sont plus dupes de rien. Et quand ils vont sonner l’heure du réveil…

 

Le spectre de 1968

Ces jours derniers, quelques Cassandre de gauche, ont craint, entre-nous espéré, une répétition de mai 1968. Alors qu’il y a 40 ans le contexte était radicalement différent, sauf à s’en tenir de façon réductrice à la stricte notion de désordre public. Les contestataires de 1968 faisaient, face aux institutions, une revendication globale, certes politisée, mais inscrite dans une notion d’avenir, sur un ressort d’identité collective et d’appartenance à retrouver. Le tout, additionné à un vague à l’âme qui gagnait une majorité des Français, conscients qu’ils étaient, que le joug du pouvoir était toujours plus pesant sur leurs épaules. Mais surtout qu’ils étaient peu payés en retour, d’efforts consentis depuis plus de vingt ans sans en récolter le moindre fruit. La France était redressée, mais eux continuaient à trimer… Le tout additionné au fait que la société française d’alors avait aussi besoin de simplement s’émanciper, comme cela se passait de l’autre côté de l’Atlantique.
Rien à voir, donc, avec la manipulation actuelle qui n’est qu’une expression politique pour déstabiliser le pouvoir en place. Car tous sont d’accord sur le sujet de la difficulté du financement des retraites dans moins de vingt ans. Même les médias nationaux, qui aujourd’hui se fond les gorges chaudes sur les soi-disant incohérences du plan proposé par la droite, sont les mêmes qui, il y a moins de 10 ans, tiraient la sonnette d’alarme sur le sujet. Car si l’on ne veut pas toucher à l’âge de départ à la retraite, comme le préconise Martine Aubry, il faudrait alors rogner sur certains acquis dont bénéficient des catégories professionnelles mais plutôt ancrées à gauche.
Pourtant l’on ne peut minimiser cette expression de la rue et la réduire à un phénomène “soixante-huitard”, car le mal est plus profond qu’on ne veut le dire. La marmite de la colère bout depuis trop longtemps et les Français informés de tout, savent qu’ils ne sont pas tous logés à la même enseigne ; qu’ils ne peuvent plus placer leurs espoirs de mieux vivre, comme en 1981, sur un changement de majorité. A l’époque, ils y ont cru les premiers mois, ils ont donné, ils ont vu… Ils ont recommencé avec Lionel Jospin et l’ont payé au prix fort. Ils ont finalement compris que c’était du pareil au mê-me, voire pire. Allez demander aux employés de la Mairie de Toulouse si après avoir appelé de leurs vœux l’avènement de Pierre Cohen, ils sont plus considérés, plus heureux aujourd’hui qu’hier du temps de Pierre Baudis et de ses successeurs ?  
Mais, me direz-vous, comment redonner espoir aux Français ? Alors qu’ils sont en prise directe avec un quotidien où la notion d’avenir, les aspirations collectives et personnelles ne semblent plus permises ; où l’insécurité comme l’injustice sont le reflet d’une société en perdition, au bord de l’implosion.
Probable que comme l’avançait déjà il y a quelques décennies Gandhi, nous en soyons arrivés au limite de nos excès : «Il y a assez de ressources pour les besoins de tous, mais pas assez pour les besoins de possession de chacun…» disait-il.
Sauf qu’une majorité d’entre-nous, la majorité silencieuse, s’est sacrifiée toute une vie durant pour espérer assurer, garantir même le meilleur à ses enfants. Mais pas pour se retrouver, en bout de course, en plus mauvaise posture qu’il y a 40 ans quand justement il était encore bon de pouvoir rêver.
Oui, c’est une évidence, nous sommes en tant qu’humanité devant un constat, un choix difficile. Les marchés financiers sont Rois. Mais la solidarité n’est pas Reine et le Roi à court terme sera nu.
Sans compter que pour tout ce qui concerne uniquement notre pays, on peut dire aujourd’hui qu’une génération entière de Français a été spoliée par le système et les hommes mis en place pour gouverner. Ils ont été les victimes désignées des politiques menées par les uns comme par les autres.
Des femmes et des hommes qui ne peuvent que constater qu’à défaut d’avoir été du bon côté du pouvoir national ou local d’ailleurs, ils devront se satisfaire des miettes. Au Journal Toulousain et pour notre propre défi, on le mesure chaque jour un peu plus.
Des femmes et des hommes qui peuvent sortir de leur sens de la responsabilité légendaire et eux aussi, concéder à la révolte et descendre dans la rue. Et ce jour n’est pas si éloigné que l’on pourrait le penser. Alors là, gare aux situations de rentes, aux injustices en tous genres.
Car il est quand même navrant de voir qu’en 2010, ce sont toujours les mêmes qui paient et toujours les mêmes qui bénéficient de tout… Aujourd’hui pour s’en sortir, faut-il ne plus avoir d’états d’âme, avoir quasi une mentalité de voyou ?
Finalement des interrogations légitimes que nous sommes toujours plus nombreux à nous poser. Comme à chercher d’ailleurs, les solutions qui pourraient demain redonner un élan de bonheur et de sérénité à l’entreprise France. Une entreprise dont il serait peut-être temps de revoir l’objet social, de refonder son statut pour être simplement plus en harmonie avec les aspirations personnelles et légitimes de chacun. Repenser une éthique où l’Homme serait au cœur de nos préoccupations. Un cadre de vie qui prendraient en compte tous les paramètres qui font la vie ensemble et pour le meilleur de tous. Réécrire les us et coutumes qui feront les règles du mieux vivre de demain qu’il soit économique ou social. Sans revenir sur les fondements même qui ont fait l’Europe Unie, ne pas hésiter pourtant à réactualiser les modes de partenariats, tous domaines confondus, avec nos voisins européens comme avec le reste du monde. Avoir cette force du rêve supérieur pour faire seulement de la France à nouveau, le modèle à copier.
Alors qui aura le talent, le courage, la force de persuasion pour nous concocter les valeurs et devoirs d’une 6ème République ? Reposer les bases d’une Nation France où, comme je l’écris trop souvent, «Liberté, Egalité, Fraternité» ne seraient plus seulement là que pour se donner bonne conscience. Notre avenir s’écrit aujourd’hui.

André-Gérôme GALLEGO
Directeur de la publication
andreg@aol.com


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