Trop c’est trop !

 

Francis Manaud

Le maître-mot de notre économie moderne, c’est à n’en pas douter aller vers tout ce qui est le moins cher. Pour avoir trop dépensé sans compter, il nous faut désormais dépenser en comptant. Cela ne signifie pas pour autant qu’il faille faire tout et n’importe quoi. A cet égard on ne peut qu’être étonné de l’avis donné par l’autorité de la consommation qui préconise la vente des médicaments non remboursés dans les grandes surfaces. Il n’a pas fallu attendre longtemps pour voir apparaître sur nos écrans de télévision le visage réjoui de Michel Leclerc, le Zorro moderne de la consommation qui rêve depuis des années déjà de mettre dans son escarcelle les pharmacies pour soi-disant faire baisser les prix dans ce secteur. Qui sera dupe cependant de penser que la boulimie de cette homme à vouloir mettre la main sur tout ce qui bouge, n’a d’autre visée philanthropique que de faire baisser les prix sans que cela ne lui soit un seul instant profitable ? La réalité est tout autre. Il est nécessaire pour faire prospérer les affaires des grandes surfaces que leur chiffre d’affaires augmente puisque toute leur philosophie est de faire de petits bénéfices sur des quantités de ventes de plus en plus importantes. Pour cela, elles n’hésitent pas à pratiquer une espèce de « terre brûlée » du commerce qui se déroule en deux phases.

 

 

Les médicaments ne sont pas des consommables comme les autres

 

Dans un premier temps, référencer les fournisseurs moyennant des prix préférentiels en contrepartie d’achats massifs, pour à terme rendre leur clientèle incontournable, ce qui les fragilise dangereusement. Dans un deuxième temps, ils ruinent inexorablement tous les petits commerces de proximité qui doivent fermer en entraînant derrière eux un phénomène de désertification progressive qui fragilise tout aussi dangereusement nos équilibres territoriaux. C’est ainsi que leur dumping pratiqué sur les prix des carburants a conduit à la fermeture de milliers de stations-service et à la disparition de la main d’œuvre correspondante. Sans compter évidemment que les clients pour rejoindre ces centres commerciaux, perdent à la fois du temps et de l’argent d’autant plus qu’il paraît improbable qu’ils soient en mesure de connaître les économies faites sur les autres produits achetés. En voulant accaparer les produits pharmaceutiques, les grandes surfaces fragiliseront sans aucun doute financièrement les laboratoires pharmaceutiques dont on sait bien que des sommes importantes doivent être consacrées à la recherche de molécules nouvelles. Elles feront disparaître un grand nombre de pharmacies dont les marges sont de plus en plus réduites et dont seule la vente de produits non remboursés peut encore leur garantir une marge de survie. Il faut que les consommateurs prennent conscience que les services ont un prix et que dès lors que ce prix est acceptable, il est intolérable de ne pas protéger un système qui a fait largement ses preuves pour le bien de la communauté. Enfin les médicaments ne sont pas des consommables comme les autres, leur association mal faite sans le contrôle rigoureux d’un professionnel peut s’avérer extrêmement dangereux. La ministre de la santé se donne le temps de la réflexion. A la vue de ce qui précède, nul doute que son choix sera celui de la raison.



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