Tapie au tapis ?

Francis Manaud

Depuis quelques mois déjà, les « affaires » font la une de tous les médias et il faut bien convenir qu’elles encombrent notre quotidien qui aurait pourtant bien besoin que l’on s’intéresse à des choses plus proches des soucis nombreux des citoyens. A une affaire de gauche succède une affaire de droite comme pour ne pas déséquilibrer un paysage politique bien marqué et convenu. Chacun est renvoyé dans son coin et peut ainsi brandir fièrement la faiblesse de l’adversaire. En province, on regarde sans toujours bien comprendre ces duels parisiens qui mettent en œuvre des ressors montrant bien que s’est instauré en France un système de chapelles dans lesquelles on se réfugie au gré de ses aspirations pour mieux se protéger de celles des autres. Inutile de voir là un quelconque intérêt commun au pays, il n’intéresse pas ce monde-là. La dernière affaire qui promet des rebondissements juteux pour les amateurs de sensations en tous genres, c’est l’affaire Tapie Crédit Lyonnais qui met en scène l’homme médiatique et des membres de l’ancienne majorité qui auraient convenu contre toute attente d’une médiation pour mettre fin à un conflit durant depuis des années et ainsi favoriser Bernard Tapie. Dès que le nom de Tapie apparaît, on est sûr d’avoir du spectacle et des rebondissements inattendus qui ne manqueront pas de nous tenir en haleine. Les médias qualifient Bernard Tapie d’homme d’affaires. Peut-être serait-il plus juste de le qualifier d’aventurier parti dans les affaires ? Les années 80 le firent s’intéresser à la reprise d’entreprises défaillantes. Manufrance, La vie claire, Terraillon, Testut, Wonder, Donnay et pour finir Adidas furent ses cibles privilégiées. Grâce à sa force de persuasion et à la complicité du système, il parvint à acquérir ces entreprises pour le franc symbolique contre la promesse de conserver les emplois.

 

Du mal à rebondir ?

 

Très vite il licencia, redressa ce qui put l’être puis il les revendit avec de substantiels bénéfices. Pour pouvoir devenir ministre, il fut obligé de vendre Adidas avec là aussi un important bénéfice, mais il s’estima grugé par le Crédit Lyonnais, son mandataire qui avait acheté cette affaire en sous main pour la revendre encore plus cher. Le procès qui les opposa devait durer des années et pour y mettre fin l’Etat et ses représentants acceptèrent d’abandonner la voie judiciaire normale pour avoir recours à l’arbitrage favorable à Bernard Tapie.  L’homme perçut les sommes que l’on connaît notamment au titre du préjudice moral très important, hors de proportion avec ce qui est habituellement attribué par les tribunaux ordinaires. La question est désormais de savoir s’il n’a pas bénéficié d’un avantage lié à ses interventions diverses et variées auprès des décideurs au plus haut niveau de l’Etat pour profiter d’un arbitrage alors que sa cause par la voie ordinaire était loin d’être gagnée. Il n’est pas douteux que la solution de l’arbitrage lui a permis non seulement de solder un passif important mais aussi de se relancer dans le monde des affaires puisqu’il n’aura pas été long pour réinvestir les sommes qui lui restaient. Si tout ceci devait être remis en question, il aurait certainement du mal à rebondir. Mais sait-on jamais, jongler avec les millions est pour lui une seconde nature. Seulement ici, ce n’est plus lui qui a les cartes en main et ses dons incontestables de comédien risquent de ne pas être suffisants. Alors Tapie Ko ?

 

Francis Manaud



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.