Sport business : Hors-jeu ?…

Particulièrement avec le fameux DIC “Droit à l’Image Collective” qui pourrait être remis en question. En effet, à quelques jours de la reprise du championnat de France de football et de rugby, un récent rapport de la Cour des Comptes pourrait jouer les trouble-fêtes et mettre hors-jeu quelques pratiques.
Démontrant que ce dispositif reste plutôt juteux pour les sportifs professionnels les mieux payés : en fait moins de 1 500 bénéficiaires en 2008. Sportifs de haut niveau parmi lesquels on relève en majorité des footballeurs, soit 50 % d’entre eux, mais pas seulement. Sauf que ce système qui se voulait concentrer un peu plus de talents français dans l’Hexagone, se trouve être un gouffre pour les finances publiques et sans aucune contrepartie crédible.
C’est d’ailleurs, dans son traditionnel rapport annuel que la Cour des comptes va fustiger cette exonération de charges qui à elle seule a coûté à l’Etat 32 millions d’euros en 2008. Soit un budget global supérieur de 9 millions d’Euros de plus que l’ensemble des aides versées au monde sportif amateur. Plus important aussi que l’enveloppe consacrée à la lutte contre le dopage, additionnée à la reconversion des sportifs de haut niveau.
En effet il serait ainsi tout simplement démontré que l’exonération de charges sociales dont bénéficient les gros salaires du sport français doit être supprimée. Car, cinq ans après sa mise en place, ce mécanisme fiscal, bien particulier, ne freine en rien l’exode vers l’étranger de nos sportifs de renom. Le cas Benzema est là pour nous le rappeler mais il n’est pas le seul. Après les Ribery, Nasri et consorts, voici le cas du TFC et de son international espoir Moussa Sissoko pour lequel le club Anglais de Tottenham propose, pour s’attacher ses services et dès cette saison, la bagatelle de 13 M €?

 


Une mesure totalement inefficace

Mais le côté pervers de cette loi ne s’arrête pas là. En effet, grâce à l’arrêté Bosman c’est l’ensemble des joueurs professionnels jouant sur notre territoire qui va de fait bénéficier de ces dispositions. Ce qui va encourager la dérive et faire venir chez nous plus facilement des joueurs étrangers moins gourmands. Mais surtout mettre sur la touche les joueurs français en devenir, voire en pousser à la retraite plus prématurément d’autres, comme l’ancien stadiste international Nicolas Jeanjean. On aura compris que dans ce pays, on marche sur la tête.
Le plus grave en soi, c’est que la mesure est totalement inefficace. Tout simplement car elle ne dissuade en rien les “stars” françaises du sport business de s’expatrier à l’étranger. Sauf qu’à l’origine, son objectif n°1 était justement de l’éviter. En fait, il y a cinq ans, l’idée était de s’inspirer du régime des “artistes-interprètes”. Concrètement, elle prévoyait une exonération totale des cotisations sociales patronales et salariales sur 30 % de la rémunération brute des sportifs. Ladite exonération était ensuite compensée par des aides de l’Etat. Ce qui en principe aurait dû permettre aux clubs professionnels d’offrir des salaires plus avantageux à leurs joueurs et donc de les retenir.
Mais c’est là que le bât blesse. En dépit de cette disposition unique, les gros salaires du monde sportif continuent à émigrer en masse. Car même à salaire égal, dans une carrière, il sera toujours plus valorisant de jouer dans un championnat Anglais ou Espagnol… D’autant que l’attractivité des grands clubs étrangers se fonde aussi sur des ressources globales qui prennent en compte billetterie, droits dérivés, droits télévisés… Soit des ressources nettement plus importantes qu’en France et qui vont permettre aux dirigeants des championnats étrangers les plus huppés d’offrir aux joueurs des rémunérations largement plus élevées. C’est dire si le gouffre abyssal qui sépare toujours la France de ses rivaux, n’est pas prêt de se résorber.
En fait le coup de pouce fiscal que confère le DIC français ne change donc rien à la donne. Il est résiduel. La compétitivité des clubs français dépasse manifestement la seule question des charges sociales. Mais surtout, les finances publiques n’ont de toute façon pas vocation à combler ces écarts de rémunération, d’autant si l’on sait d’entrée de jeu que le coût du système ne sera pas maîtrisé.
Un système pervers qui se fondait en grande partie et selon une logique inflationniste incontrôlable, sur les recettes du sport professionnel. Ainsi plus elles augmentent les rémunérations des joueurs, plus elles vont s’accroître en conséquence et plus l’Etat, c’est-à-dire nous, les contribuables, devront supporter une charge accrue au titre de l’exonération des fameuses charges sociales.
Là comme ailleurs, le Français de base aura bien du mal à accepter que son impôt aille garantir le mieux vivre de sportifs aussi gâtés que nos footballeurs voire nos rugbymen aujourd’hui.
Aussi comme la Cour des comptes le plaidait voilà peu, il serait souhaitable que dans une économie mondiale aussi incertaine pour le commun des mortels, la suppression pure et simple de ce mécanisme, injustifié par bien des côtés, soit revu et corrigé voire tout simplement supprimé.
D’autant qu’il serait plus honnête et plus responsable d’allouer ces crédits à la promotion de la pratique sportive de masse, séniors compris, et pas seulement à l’attention de la jeunesse, comme d’autres le préconisent aujourd’hui.

André Gérôme Gallego
Directeur de la publication
andreg@aol.com


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