Révolutions et Internet ?

Les réseaux sociaux et les blogs ont-ils joué un rôle capital dans les manifestations qui ont soulevé le monde arabe ces derniers mois ? C’est la question que se posent bon nombre de communicants, mais surtout de dirigeants de cette planète, particulièrement ceux qui règnent en despotes, depuis des décennies. Ceux qui commencent à comprendre que tout a une fin, même les pires dictatures. Mais pas seulement, car aujourd’hui la question se pose aussi dans les états majors politiques des plus grandes démocraties ou prétendues telles. Comme aux Etats-Unis où la question rebondit avec un projet de loi, très controversé, de sécurité cybernétique qui voudrait mettre entre les mains du président américain un interrupteur du Web “kill switch” afin de contrer, si besoin était, les cyber-attaques provenant de l’étranger, comme de l’intérieur.
Révolution Facebook

Alors, aujourd’hui force est de constater que la “Révolution de jasmin” et la manière dont les jeunes Tunisiens auront su “manier” l’information, à travers des réseaux tels que Facebook ou Twitter, aura servi de déclencheur spontané à une prise de conscience que l’impossible d’hier, devenait d’un coup le rêve de demain.
Le miracle de la liberté était à portée de mains. Il suffisait de bénéficier de l’effet de surprise et de savoir, dans un temps très court, prendre à témoin le monde entier pour enfin pouvoir oser, croire en de meilleurs lendemains.
Oui, Facebook et Twitter ont suscité, pour tout un chacun, l’audace de s’approprier enfin la liberté d’expression à travers des médias que les pouvoirs en place, pris de vitesse, ne pouvaient contrôler. Minute après minute, les réseaux de protestation se sont organisés, ont pris force et vigueur, en fixant les lieux, dates et heures des manifestations. Ils ont joué à cache-cache avec le pouvoir affaibli mais toujours debout. Du jour au lendemain, tous pouvaient devenir les reporters de leur quotidien, du quotidien de la majorité des Tunisiens, pas seulement des témoins oubliés de tous. Engageant même la surenchère en mettant en ligne, spontanément et en direct, l’information, leur information, la vraie, l’incontestable. Des images, des témoignages qui seront vite relayés à travers tous les réseaux et blogs du pays, mais aussi de la planète pour prendre le monde à témoin. Plus, ils seront complétés, à l’instant T, en suscitant la surenchère entre témoins du même lieu ou pas.  
Ainsi, en quelques jours, des gamins ont constitué la plus forte des rédactions et surtout la plus belle efficacité que jamais le plus puissant des médias n’aurait pu se procurer. Du jour au lendemain, des blogs, comme “A Tunisian Girl”, sont devenus les relais incontournables de la plupart des médias internationaux.  
Non, aucun média traditionnel n’aurait pu accomplir techniquement ce miracle de l’information. Et reconnaissons-le, en l’espèce, Facebook ou Twitter, nous ont proposé une démonstration grandeur nature que même le plus optimiste des communicants n’aurait osé envisager.

 

Avec internet on ne peut plus dire “ Je ne savais pas ”
 
Bien entendu, tenter d’expliquer les révolutions tunisiennes ou égyptiennes en les mettant en corrélation avec l’utilisation des techniques de communications les plus modernes, serait des plus réducteurs.
Car en Tunisie ou en Egypte, voire en Lybie, les mouvements sociaux ne datent pas d’hier. Malgré les risques, l’opposition était présente, la revendication démocratique se légitimait naturellement et plus forte de jours en jours. Les élites, les citadins comme les jeunes générations, éduquées, formées aux métiers et techniques nouvelles ne pouvaient se contenter de n’être que les témoins de la vie. Ils voulaient être les acteurs porteurs de richesses pour leur pays comme pour leur famille.  
Et puis les pouvoirs en place ne pouvaient plus manipuler la base populaire avec ses slogans nationalistes et religieux voire même sur la question palestinienne ou nucléaire… D’autant qu’ils présentaient tous la similitude d’un règne sans partage, en phase de “monarchisation” avec l’ambition avouée de passer le relais à un membre de leur propre famille. Comme ils n’étaient pas des parangons de vertus, le chaos était prévisible.
Oui, Internet ou les réseaux sociaux n’ont pas fait la révolution, ils l’ont accompagnée. Les immolations publiques, les manifestations interdites ou l’occupation de la place Tahrir sont les expressions physiques d’un désarroi et d’une contestation populaire qui ont fait pencher la balance en faveur des manifestants. Mais avec Internet, la parole du peuple est devenue davantage audible.  
Avec internet on ne pouvait plus dire, que l’on ne savait pas que la révolte était en marche. On ne pouvait plus croire que la répression était pacifique. 

 

Les Droits de l’Homme…

Toujours est-il que la revendication démocratique des peuples reste la même sous tous les cieux. Les Droits de l’Homme sont les mêmes, universels et indivisibles. Prôner la défense des Droits de l’Homme de manière sélective, à la manière des pays occidentaux n’est point soutenable, ni durable dans le long terme. Les Américains comme les Européens, de droite et de gauche, s’accommodent des dictatures, africaines, arabes, asiatiques et même sud américaines tant que les régimes en place défendent leurs intérêts. Plus, comme de logique, ils sont prêts à retourner leurs vestes diplomatiques au moindre changement de pouvoir. C’est dans la logique des choses, aujourd’hui tous rêves de pouvoir tirer le meilleur parti de relations nouvelles et “propres” avec ces nouveaux pouvoirs émergeants. C’est bien connu les affaires n’ont pas d’odeur, de religion, de patrie, et surtout d’états d’âme. Comme toujours, le premier business sera assuré avec les ONG, qui vont ouvrir le chemin. Demain les états majors politiques prendront le relais et plus tard les lobbies professionnels ou pas arriveront en conquérant.  

 

Internet génèrerait une “ webocratie ”

Sauf qu’il y a une réalité qu’il ne faudra plus perdre de vue. Cette jeunesse qui a su, à merveille, jouer de Facebook ou Twitter, rêve comme toutes les jeunesses du monde de liberté, de vivre comme elle l’entend, sans contrainte ni tabous. Oui, même si tous respectent la tradition de leur peuple, il n’en demeure pas moins qu’ils veulent vivre à l’occidentale ou comme dans les pays arabes ouverts que sont le Maroc, la Tunisie et même la Turquie…
Plus que nous, ils savent que la primauté du religieux sur tous les aspects de la vie politique, sociale, culturelle ne peut qu’aboutir au totalitarisme. Hier, le communisme avec son organisation de type soviétique a échoué. Et même si l’après socialisme n’a pas apporté tout le bonheur escompté aux populations de l’ancien bloc soviétique, il a permis à ces femmes et ces hommes de s’ouvrir sur le reste du monde. Quand la Chine s’éveillera vraiment, il en sera de même…
Se pose alors la question de savoir si la révolution n’est pas une idée qui prend du temps à mûrir dans les esprits ? Mais aussi de comprendre comment concilier cette nécessaire maturation avec l’instantanéité propre aux nouveaux modes de communication, numériques ou pas ? Internet est-il alors le ou l’un des vecteurs de démocratie capable d’apporter et de garantir la démocratie ?  
On le sait, depuis la nuit des temps, toutes les innovations servent ceux qui savent les maîtriser. Les progrès de la science et de la technique ont porté au pouvoir les bourgeois et des industrieux aux dépends des aristocrates. Cela s’est fait par la diffusion “douce” de l’Encyclopédie et déjà, par la rupture “violente” de la Révolution Française.
En ce sens, comme m’a soufflé un spécialiste, internet génèrerait une “webocratie” plus qu’une démocratie. Si la diffusion de l’imprimerie a permis plus de “liberté”, cela a aussi généré de nouvelles formes de censure, comme les autodafés.
Alors “Révolution de jasmin” ? L’avenir dira s’il s’agit d’un feu de paille qui brûle tous les espoirs d’une génération ou d’une véritable transformation durable des consciences.
En attendant, longue vie aux révolutions tunisienne et égyptienne, libyenne et autres à venir !

André Gérôme Gallego
Directeur de la publication
andreg@aol.com


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