Retraites: la belle esbroufe… ?

Déjà mon père en parlait, lui qui n’en a jamais profité… Mais avant toute chose, sommes-nous égaux devant cette fatalité ? A vrai dire non. Voyez le cas d’un individu lambda, majoritaire dans notre pays, qui vient d’atteindre 60 ans. En premier lieu, l’administration se doit de lui envoyer son “bilan professionnel”, pour qu’il puisse se faire une idée de sa situation. Dans bon nombre de cas c’est l’inverse qui se produit et c’est au futur retraité, pressé de toutes parts (conditions de travail, pouvoir d’achat, fatigue accumulée durant ces 40 ans) de se manifester…
Et quand arrive le super CV, il faut être un vrai spécialiste pour tout comprendre ; d’autant si la carrière a été animée. Le fonctionnaire ou “le gars” qui a passé toute sa vie professionnelle dans la même “boutique” aura son calcul facilité… Mais pour l’autre, le commun des mortels qui aura “voyagé” au gré des remises en question et des coups-bas, il faudra beaucoup de mémoire comme de perspicacité pour reconstituer son parcours. Mais surtout d’optimisme, car figurez-vous que l’entité chargée de vous suivre, pas à pas, depuis votre première fiche de paie, peut avoir des oublis, des manquements à ses devoirs. Mais comme toujours pas d’obligation de résultats, alors là commence le parcours du combattant :
_ Mon brave Monsieur, vous étiez où à cette période charnière de votre vie ?
_ Eh là pardi…
_ Il vous faut le prouver.
_ Mais l’entreprise n’existe plus…
_ Et vous n’avez pas gardé l’ensemble de vos fiches de paies ? C’est une grave erreur.
_ Mais votre administration n’est-elle pas chargée de le faire ?
_ Nous, on garde ce que l’on nous confie. Et je n’ai rien de plus en ce qui vous concerne.
_ Heu… Je fais comment ?
_ Cher Monsieur vous êtes un cas d’école… Permettez-moi de vous le dire, vous êtes un tantinet irresponsable de n’avoir pas prévu l’inéluctable : le jour de la retraite.
_ Heu !
_ Pas de documents, pas de retraite et il vous manquera 6 trimestres.
_ A travailler donc…
_ Vous avez tout compris !
_ S’il vous plaît, a bisto dé nàs, vous pouvez me dire ce que je vais toucher par mois à la retraite ?
_ Aujourd’hui, vous n’avez pas de chance car Balladur est passé par là et ce sont les 25 meilleures années qui sont prises en compte au lieu des 10 comme avant.
_ Ha bon ! Et de quoi il se mêle ce cumulard justement de retraites ! Alors combien ?
_ Je ne voudrais pas vous décevoir mais vous n’aurez pas le Smic.
_ Quoi ? Depuis l’âge de 14 ans, j’ai toujours travaillé et cotisé de toutes parts. Pas une heure de chômage et je vais finir ma vie avec moins que le Smic ? Mais où est passé mon pognon, mes cotisations ?
_ Mais Monsieur, vous oubliez la solidarité nationale. Ne manqueriez-vous pas d’un peu de civisme ?
C’est vrai aussi, comme me le rappelle ma concierge, qu’il y a plus malheureux que nous…
Voyez ce fonctionnaire qui se plaint de sa nouvelle condition de futur retraité : «Notre régime de retraite a été aligné sur le régime général depuis 2003 en passant de 37,5 à 40 ans de cotisations. Cependant, nous aurions aimé que l’alignement soit opéré pour tout. En effet, contrairement au secteur privé, nos primes n’ont jamais été prises en compte dans les cotisations retraites et ne le sont pas plus depuis la réforme. Enfin, un enfant compte 2 ans pour le calcul de la retraite dans le secteur privé mais une seule année dans la fonction publique. Equité, justice, alignement ???»…

 

Et s’il y avait plus malheureux que nous ?…

Le cas du moraliste, plus responsable : «Il est bien triste que le seul but poursuivi par la très grande majorité des Français soit d’accéder, le plus tôt possible, à la retraite après une vie de “labeur” jugée à tort, pénible et aliénante. De plus, je ne crois pas que les syndicats soient dans leur rôle quand ils appuient ainsi des revendications relatives à une anticipation de l’âge du départ à la retraite, comme ils le font aujourd’hui. Même s’ils sont poussés par leurs mandants qui la réclament à corps et à cris. Je pense, au contraire, que tous les acteurs sociaux, en dehors de toutes considérations idéologiques, partisanes ou électoralistes devraient, sans tarder, se réunir pour envisager, sereinement, les mesures d’accompagnement les plus appropriées pour favoriser l’évolution d’un phénomène qui, de toute façon, s’avère inéluctable !» Voilà qui est dit…
Le râleur de droite comme de gauche : «Avant de vouloir faire travailler plus ceux qui se lèvent déjà tous les matins pour aller au turbin, faisons travailler ceux qui ne font rien : Rmistes, chômeurs professionnels. Soit, en France : 700.000 emplois qui ne sont pas non honorés… Après on verra!». Pas tout à fait tort !
Un pote de Besancenot : «A ceux qui disent que pour les chômeurs, le fait de passer le temps de travai à 41 ans au lieu de 40, leur fera une année de plus au chômage, je dis que c’est faux et plus sournois qu’ils ne le pensent ! Car d’après Bercy, 1 demandeur d’emploi sur 2 ne touche rien et n’est pas indemnisé par l’assurance chômage». Cela méritait d’être dit…
Celui qui a tout compris : «Moi, je m’interroge sur le fonctionnement des organismes de retraite complémentaires. Quand je vois l’étendue de leur patrimoine immobilier, les adresses où sont situés leurs bureaux, quid des frais de fonctionnement ?» Il est vrai que l’on ne sait pas tout du circuit emprunté par nos cotisations sociales, avant d’être affectées aux retraites.
L’épicurien : «Pouvez-vous me guider ? J’ai 52 ans, je suis en arrêt longue maladie. Et je n’ai aucune intention de retravailler ! Suffisamment de jeunes attendent du boulot, pourquoi ne pas le leur laisser ? Alors pour les 41 ans de cotisations, ça me donne encore au minimum 4 ans à tenir et je n’aurai pas 60 ans… Alors que faire?». Si quelqu’un connaît la réponse…
L’inquiet fataliste : «Nous sommes de la “génération sacrifiée”. Oui, celle des enfants d’après guerre, des années 50. Il nous faut payer pour nos parents partis en retraite entre 53 et 58 ans. Et maintenant on nous demande de payer pour nos propres retraites, sous prétexte que les jeunes, soit n’accèdent pas à l’emploi ou bien y accèdent tard après 25 ans… Il y a quelque chose de pourri au royaume de France !». J’en sais quelque chose…
L’informé qui sait tout : «C’est en plus du passage à 41 ans que le COR estime que des mesures complémentaires de redéploiement seront nécessaires, et ce n’est pas du tout là, la position des syndicats ! Si cotisations supplémentaires il y a, ce n’est pas cela qui améliorera le pouvoir d’achat, ni la prospérité des entreprises. Ce sont les redéploiements de charges existantes qui doivent avoir la priorité, notamment celles qui offensent l’équité ; abondement de la collectivité aux pensions civiles. Sinon, faut-il évacuer le critère de régimes contributifs ? Et quid des régimes obligatoires de droit privé ? Leurs administrateurs vont-ils disparaître au profit de l’Etat ?» Encore une affaire de pros…
Le candidat aux élections prud’homales : «Mme Parisot, pendant que vous y êtes, pourquoi ne pas arrêter de travailler qu’avec la présentation du certificat de décès. Que le MEDEF commence par garder les séniors jusqu’à 60 ans et les retraites seront financées.»… On peut comprendre la révolte non feinte du syndicaliste.
Le cumulard : «Moi comme ancien conducteur de train à la SNCF, je suis parti à 50 ans. Mais comme je m’ennuyais un
peu à la maison, maintenant je conduis toujours des trains, mais sous le label Veolia… Entre nous c’est moins cool qu’avant, car aujourd’hui c’est moi qui accroche les wagons et faire grève c’est mal vu…». A tout âge on peut changer…

 

Pour ma part, après maintes revendications je viens de recevoir mon “pédigrée social”. Un flash back qui au-delà de la prise en compte de mes 60 ans, m’a mis le moral à zéro. Oui, en revoyant le film de ma vie, avec ses années d’insouciance, de bonheurs partagés, de réussite sociale et familiale, les échecs, les combats gagnés et perdus, les coups bas, les traitrises, les injustices, les rencontres, j’ai craqué. Sur plus d’une ligne de lecture du bilan, j’ai retourné le couteau dans la plaie, en envisageant un instant ce qu’aurait pu être ma vie et finalement ce qu’elle est aujourd’hui. Oui on ne m’a jamais fait de cadeaux et comme aujourd’hui on m’a tout fait payé cash.
Mais l’on ne se refait pas, je suis un idéaliste, un humaniste qui en plus à la foi… Vous l’aurez compris que des tares dans un monde d’enfoirés, comme aurait dit Coluche…

André-Gérôme Gallego
Directeur de la Publication
andreg@aol.com
* avec le soutien des lecteurs du Journal Toulousain.


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