Récompense

Francis Manaud

François et Henri sont heureux, ils viennent d’être choisis pour conduire la nouvelle voiture radar qui va circuler désormais sur les routes et autoroutes du département. Cette désignation ne doit rien au hasard. En effet nos deux pilotes sélectionnés le doivent à la conscience avec laquelle ils ont dressé le plus grand nombre de procès verbaux dans les endroits les plus improbables qu’ils ont sélectionnés pour atteindre le résultat escompté. Car dans ce domaine rien n’est dû à l’improvisation. D’abord les ordres de la hiérarchie qui souhaite que les installations coûteuses des radars fixes ne soient pas une charge pour les contribuables. Il faut les faire payer par les automobilistes indisciplinés qui oublient les limitations de vitesse que l’on fait parfois varier à dessein sur le bord des routes sans raison valable, sinon pour le plus grand bien des finances publiques. Mais tout le monde sait bien que rien ne peut remplacer l’homme, surtout pas la machine, et c’est pourquoi François et Henri sont bien là pour compléter un dispositif destiné à ne laisser passer aucun délinquant de la route, fusse à mettre en place quelques pièges bien sentis. Car il ne faut pas croire que l’on obtient de bons résultats en ne sélectionnant pas correctement les endroits propices à verbalisations. Le succès tient compte essentiellement de l’endroit choisi comme peuvent le faire les chasseurs ou les pécheurs en quête de prises de choix.

 

Tout est devenu inhumain

 

C’est donc grâce à leur sagacité et à leur sens du camouflage que nos deux compères vont bénéficier de ce que la technique fait de mieux en matière de radar. Ils vont désormais pouvoir circuler où bon leur semblera à la ville ou à la campagne, respecter les vitesses requises et se contenter de se laisser dépasser pour enregistrer les excès de tous ordres que les contrevenants recevront sous forme d’amendes. Anonymes parmi la foule des conducteurs, un véritable plaisir. Plaisir d’autant plus appréciable qu’ils n’oublient pas de penser à ceux de leurs collègues bien plus mal lotis qu’eux. Comment ne pas penser à ceux qui de plus en plus ont à affronter les insultes, les menaces et les quolibets de tous ordres souvent d’ailleurs lorsqu’ils interviennent pour le bien de leurs concitoyens. La police n’est plus respectée et de plus en plus elle risque sa vie quand elle n’a pas à subir les grimaces des délinquants arrêtés la veille et relâchés le lendemain. Alors elle s’est transformée, elle n’est plus à même d’accepter le dialogue qui permettait autrefois au contrevenant d’éviter l’amende. Plus question d’appeler un ami pour faire sauter un excès de vitesse. Tout est automatisé, tout est mécanisé, tout est devenu inhumain. Et tant pis si les points s’envolent au risque de faire basculer de braves et bons citoyens dans la fosse du chômage, la justice qui déjà était aveugle devient sourde à tout sentiment qui ne prend plus en compte l’excuse de l’erreur. Soyez tranquilles, amis de la route, les radars veillent sur vous !

 

Francis Manaud



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