Qui, pour sauver le soldat DSK ?

Oui, qui, pour penser un instant que cet homme au destin déjà bien rempli, capable de décrocher le graal en 2012, pourrait être tombé dans le plus cruel des guets-apens ? Piégé dans le plus nul des scenarii, lui que l’on présentait comme le plus intelligent, le plus malin, le plus rusé de sa génération. Qui ? Pour croire aujourd’hui qu’une “soubrette” d’hôtel a pu le déstabiliser, au point de lui faire commettre l’irréparable, alors qu’il a, à ses côtés, la plus belle femme, la plus intelligente, la plus riche et la plus courtisée de France. Mais surtout la femme la plus courageuse, la plus respectable qui soit et qui n’a pas honte, aujourd’hui plus qu’hier, de porter contre vents et marées son nom.
Qui ? Pour penser que celui à qui, dans bien des affaires, on n’avait déjà pas fait de cadeaux, même cru éliminer définitivement, serait assez fou pour se laisser piéger à nouveau ? Et puis si DSK avait vraiment commis ce crime, pourquoi n’a-t-il pas préparé sa fuite, appelé immédiatement ses avocats, joué justement l’immunité internationale due à son rang ? Qui ? Pour croire l’homme assez imbécile, connaissant les charges qui pesaient sur lui, pour s’interroger sur le devenir de l’un de ses portables ? Il était en partance pour l’Europe, déjà dans l’avion pour un voyage programmé de longue date… Rien, qui pouvait faire croire qu’il était en fuite…
A contrario, quelle mouche l’aurait piqué pour l’endormir au point de ne même pas lutter, de ne même pas contester quand les policiers sont venus l’arrêter à l’aéroport comme on aurait interpellé un voleur à la tire ? Pas la moindre réserve due à son rang, à son titre d’homme capable, à la tête du FMI de sauver la planète et surtout l’Europe d’une faillite qui la menace encore plus aujourd’hui, qu’il n’est plus aux affaires.
Que s’est-il passé dans sa tête durant ses irrespirables minutes ?…

Les dessous d’une géopolitique à la Hitchcock

Il voulait rééquilibrer les choses, ne plus voir les pays du sud maintenus dans leurs errances par les grands frères du nord. Comme n’être plus abusés par leurs dirigeants toujours plus enclins à les maintenir dans l’ignorance et à la servilité pour mieux les exploiter. Il voulait aussi rappeler aux Américains et à leur Président Barack Obama qu’ils n’étaient pas les maîtres du monde et qu’il allait falloir montrer l’exemple, le bon exemple. Bien avant d’autres il menaçait, de placer la note souveraine des Etats-Unis en surveillance négative, si le plafond de son endettement n’était pas relevé. Voire même d’entériner au sommet du G8 à Deauville, le 26 mai dernier, s’il avait été présent, que le dollar cesse d’être la monnaie de référence sur fond d’imminente cessation de paiement du gouvernement fédéral des États-Unis.
De fait, sous sa coupe, le FMI reprenait toute son indépendance et jouait enfin son rôle en imposant à Washington de renoncer au financement de son hyper-puissance militaire par la dette, pour ne se consacrer exclusivement qu’à sa restructuration interne. Une volonté soutenue par les parlementaires républicains, qui exigeaient, eux-aussi, une réduction considérable des dépenses publiques. Alors que de leur côté, un tantinet agacés, les démocrates et leur Président jugeaient inacceptable cette mise en demeure. En s’attaquant au plus grand, il rappelait aussi à tous qu’il était temps de redevenir responsable et sérieux, car sinon on se dirigeait droit à la catastrophe, à l’anarchie économique, en annonce d’une troisième guerre mondiale.  
Et puis, dans l’affaire qui nous préoccupe et selon la loi américaine, Dominique Strauss-Kahn qui est domicilié à Washington et n’a pas d’antécédents judiciaires, n’aurait jamais dû être placé en détention préventive. Sauf que neutralisé, le FMI ne pouvait plus appliquer la politique économique voulue par son Directeur Général. D’ailleurs, ce n’est pas un hasard s’il a suffi qu’il démissionne pour que l’on trouve immédiatement un nouveau juge qui accepte de le libérer sous caution. Bizarre, non ?… 

 

Où est la vérité ?

Oui, où est la vérité ? La connaîtrons-nous même un jour ? Car comment expliquer voire même justifier que dans cette affaire, à peine après avoir entendu les aveux de ladite victime, comme par hasard francophone, les policiers se précipitent à l’aéroport pour arrêter sans ménagement le prétendu coupable, le menotter sans même l’informer de ses droits ? De simples policiers qui paraît-il ne savaient rien du statut du prévenu ? Sauf que les Starsky et Hutch de services, qui auraient pu diligenter la police des frontières et des airs déjà sur place, ont préféré agir eux-mêmes, mais sur les ordres de qui ? Plus, pour éviter que DSK ne soit prévenu de leur arrivée, ils vont demander aux plus hautes instances judiciaires du pays que sur la zone de l’aéroport, les ondes des téléphones portables soient brouillées. Une compétence de pouvoir ne relevant pas d’une brigade de quartier, mais bien plus sûrement de la décision de la plus haute sécurité nationale, démontrant de fait que la Maison Blanche était au courant des difficultés du patron du FMI… Et probablement pas la seule…
Dans la foulée et en opposition avec le droit international, ils vont même saisir l’ensemble du matériel professionnel comme les documents privés, qu’avait en sa possession le Directeur Général du FMI. Des éléments confidentiels qui sont la propriété d’une instance internationale, dont les employés comme les biens ont justement l’immunité internationale. Cela veut dire que tout document de travail, que ce soit des dossiers, mallettes, téléphone… relatifs au FMI ne pouvaient donc pas être saisis et être mis dans n’importe quelles mains profanes. En France, rien que cette faute annulerait toutes les charges, contre le prévenu.
Quand on mesure aujourd’hui, avec le recul nécessaire que DSK se rendait en Europe, rappelons-le, pour une réunion avec la chancelière Angela Merkel et dans la foulée devait, paraît-il, prendre attache avec le Colonel Kadhafi, on comprend un peu plus les enjeux supérieurs qui se sont joués au-delà du fait divers qui a retenu et retient toujours l’attention. Au point de se demander où se trouve la manipulation et pour quels intérêts ?
Etions-nous à la veille d’une guerre financière d’une ampleur jamais égalée, comme certains initiés le prétendent ? D’autant que la chute de DSK, pourrait avoir permis d’éviter aux Etats-Unis, en présence d’une situation économique des plus préoccupantes, que le dollar ne devienne rapidement une monnaie de singe.
Ce qui pose de fait la question de savoir qui sont aujourd’hui les gagnants de ce coup de poker menteur ?
Et s’il apparaissait demain que le Lybie devait jouer un rôle clef, dans cette nouvelle approche économique mondiale, on comprendrait un peu mieux, une géopolitique à plusieurs miroirs… aux alouettes !

DSK, l’empêcheur de tourner en rond

Depuis quelques mois, l’homme qui en France montait dans les sondages, sans même avoir livré ses intentions de candidature à la Présidence à la République, agaçait à droite comme à gauche. Ne disait-on pas qu’il avait une revanche à prendre sur le sort qui l’avait injustement écarté, en 2007, de la “finale” face à Nicolas Sarkozy… La rumeur prétendait même que les Américains, avaient déjà joué un rôle obscur, pour l’écarter au profit de Ségolène Royal. A gauche et au parti socialiste en particulier, certains demandaient de l’exclure du mouvement au même titre qu’un certain Pascal Lamy, directeur général de l’OMC. Sous le prétexte que l’on ne peut pas être de gauche, militant du Parti socialiste et diriger deux piliers de l’ordre néolibéral mondial. À la veille des primaires au PS, la question était posée à Martine Aubry et sur internet circulait un appel pour exiger son exclusion.
Et puis, on ne peut comprendre la chute de Dominique Strauss-Kahn sans la replacer dans le contexte du projet qu’il incarnait de création d’une nouvelle monnaie de réserve internationale. Un acte économique et politique majeur attendu par l’ensemble des États émergents tout autant que par la finance dite apatride. Une position frontale face à la puissance états-unienne où de fait l’honneur d’un homme aura peu de prix.

 

A la tête du FMI, il était devenu un autre homme…

Et puis et surtout, à la tête du FMI, et peut-être pour la première fois de sa vie, Dominique Strauss-Kahn allait se sentir un socialiste vrai dans l’âme et dans les actes. Le plus justement fidèle à la déclaration de principe du Parti Socialiste français, oubliée par la plupart de ceux qui s’en réclament pourtant aujourd’hui. Un Socialisme qui plonge ses racines dans la tradition de l’Humanisme et dans la philosophie des Lumières. Un Socialisme qui fait siennes les valeurs de Liberté, d’Egalité, de Fraternité et de Laïcité, proclamées par la Révolution française. Un Socialisme révélé de la rencontre entre une pensée critique, riche et diverse, et l’action d’un mouvement ouvrier qui, pendant deux siècles, ont porté une contestation de l’organisation sociale façonnée par le capitalisme pour défendre le projet d’une société solidaire dont tous les membres jouiraient des mêmes libertés et des mêmes droits.

Qui pour sauver D. Strauss-Kahn ?

Alors oui, qui aujourd’hui est assez responsable, assez courageux, assez épris de la justice la plus élémentaire pour aller tenter de sauver Dominique Strauss-Kahn ? Qui en France et au plus haut niveau de l’Etat est assez indigné, révolté même, par le sort réservé à l’un des Français les plus importants pour aller demander des comptes aux Américains et au premier d’entre eux, Monsieur Barack Obama ?
Qui ? Pour manifester devant l’Ambassade américaine en France, pour faire tomber les masques de l’hypocrisie et de l’injustice ?
Qui ? Pour poser les bonnes questions à une justice américaine, en la circonstance aveugle et sourde ? Si on a intérêt à ce que les choses n’en restent pas là et que DSK ne soit pas définitivement éliminé.
Qui ? Pour nous aider à étayer la thèse du complot qui pourrait bien trouver quelques similitudes avec l’élimination d’un certain JFK…
Sauf à vouloir, comme en d’autres circonstances, condamner définitivement celui qui aura peut-être trop payé son indépendance, son franc parler et probablement aujourd’hui son attachement à ses origines juives. Celui qui a déclaré voilà peu, ce n’est pas une coïncidence, et en opposition avec le Président américain : «Que Jérusalem ne pouvait être la capitale que d’un seul pays : Israël»… Comment pourrait-il en être autrement d’ailleurs ?

Pourra-t-on encore parler demain de justice ?

La question mérite d’être posée et d’avoir une réponse positive rapide et massive. C’est notre combat à tous, que de penser que la Justice est un bien trop précieux pour l’Homme et trop fragile à la fois, pour ne pas la laisser dans les mains de n’importe qui. Car si avec une telle facilité on peut éliminer un grand homme comme Dominique Strauss-Kahn, qu’en est-il aujourd’hui du devenir du commun des mortels ; vous, moi et d’autres encore plus faibles ? Les éternels oubliés de la planète car trop loin des yeux et surtout pas susceptibles de faire monter l’audimat…
Sans Justice, la dictature n’est pas loin… Il est temps de prendre conscience du monde dans lequel nous dirigeons, dans lequel nous entraînons nos enfants ; demain il sera trop tard…

André Gérôme Gallego
Directeur de la Publication
andreg@aol.com



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