Pourquoi ?

Francis Manaud

Ce début d’année 2014 a été riche en événements de tous ordres. La conférence de presse du Président, les révélations de Closer, en passant par le feuilleton judiciaire de ce que l’on peut appeler l’affaire Dieudonné. Celui dont le qualificatif habituellement utilisé est celui d’humoriste, a tout à coup occupé la scène médiatique dans des proportions jusque-là jamais atteintes. En cause les propos antisémites homophobes et xénophobes qui émaillent son spectacle selon le ministre de l’Intérieur qui s’est acharné à faire interdire ses apparitions dans plusieurs villes de provinces. La chose est étonnante car depuis le fameux slogan des années soixante-huit « il est interdit d’interdire », un laxisme général a atteint notre société parfois jusqu’à l’absurde. Donc tout est désormais autorisé sans exclusive même lorsque de célèbres rappeurs à qui l’on donne de façon abusive le nom d’artistes traitent la France de tous les noms sans que quiconque daigne s’en émouvoir. Il n’en est pas moins vrai que nier la Shoa et la souffrance de tout un peuple doit être poursuivi et sanctionné avec toute la rigueur de la loi. La ligne rouge à ne jamais franchir est donc constituée par la négation de toutes les tentatives de génocides qui ont émaillé l’histoire du monde depuis la nuit des temps. Dès lors on peut à juste titre s’étonner de l’acharnement avec lequel Dieudonné s’attaque dans ses propos à cette tragédie de notre époque moderne. Peut-être y trouve-t-on son origine dans le fait qu’il soit né d’une mère française et d’un père camerounais ? Dans cette dualité de cultures, il faut bien un jour choisir laquelle la mieux défendre. On comprend alors qu’il veuille opposer à l’Holocauste la tragédie subie par le peuple noir tout au long de l’histoire de l’esclavage et dont il est juste de constater qu’il a été moins mis en avant que la misère du peuple juif. Pour en être moins spectaculaire, il n’en fut pas moins douloureux et destructeur et l’on se doit de les unir dans un même concert de la barbarie propre à certains hommes et à certaines époques. Pour autant, la méthode utilisée par le ministre de l’Intérieur est-elle critiquable ? Les a priori ne sont jamais bons, et saisir le tribunal administratif sur des prédisposés n’était pas judicieux. Ce fut d’ailleurs sanctionné de la sorte en première instance. La saisine en référé du conseil d’Etat dans un délai qui défie tous les entendements, a hélas démontré que le pouvoir politique n’était pas tout à fait indépendant de l’autorité judiciaire. A cet effet, ne faut-il pas craindre qu’ayant affaire à un référé, le juge du fond saisi ne rende un arrêt qui aille à l’encontre de la décision prise et condamne l’Etat à indemniser l’artiste. La meilleure façon de faire eut été sans aucun doute possible de laisser l’artiste se produire, enregistrer ses manquements sur le plan de l’éthique et le sanctionner lourdement financièrement dans le cas de non-exécution. Qui trop embrasse mal étreint !

 



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