Pour qui le « bonnet d’âne » ?

Nos facs sont bloquées depuis des mois et probablement que l’on aura beaucoup de mal à y organiser décemment des examens…
Alors, c’est vrai que pour la majorité d’entre nous, les profs et même les instits sont les derniers enfants gâtés de la République. Nous trouvons anormal qu’ils se rebellent quand on touche à leurs privilèges, qui sont, il est vrai, nombreux. Même s’ils sont moins nombreux d’ailleurs que ceux de l’EDF ou Gaz de France…
Avec bien entendu beaucoup de choses à redire à leur fameuse “liberté pédagogique”. Pour un principe qui voudrait qu’en son nom des milliers de profs préparent à la même minute le même cours pour des élèves soi-disant de même niveau. Une hérésie monumentale…
Beaucoup à dire quand on se rend compte que dans les facs, les chatouilleux profs, n’hésitent pas, bien souvent, à concéder des passe-droits à leurs enfants ou à ceux de quelques notables de la région, toutes disciplines confondues.
Beaucoup à dire aussi quand certains parmi eux, refusent de nous recevoir pour parler de notre enfant sous prétexte qu’il est majeur et qu’il devrait savoir se défendre tout seul… Et surtout, difficile de savoir, quand ils décident enfin à se mettre autour de la table pour débattre de l’avenir, s’ils ont la casquette du prof, du syndicaliste ou de l’opposant politique, tellement tout semble bien confus.  
Sauf qu’aujourd’hui quelque soit le niveau de classe et surtout dans les études supérieures nous en sommes arrivés au point de rupture avec plus de 40 % des élèves dont la formation ne correspond en rien à la demande professionnelle. Et ce ne sont pas les fameux 80 % de reçus au Bac qui changeront la donne finale, tellement ce diplôme est déprécié…
Alors, il serait tentant de dire aux membres de cette catégorie professionnelle, d’accepter enfin de se remettre en question, de se soumettre à une autre organisation, ou de se démettre de leurs fonctions. Oui, face à ce divorce constant avec les pouvoirs publics comme avec les Français, c’est vrai que nous serions facilement tentés de leur répéter à tue-tête que si leur métier est si dur, s’il ne leur laisse que peu de temps de libre, s’ils ne supportent plus les relations avec les élèves et leurs parents et s’ils se sentent aussi mal traités que prétendu qu’ils DEMISSIONNENT !
Car, entre nous, c’est vrai que le privé c’est le pied : plein de congés payés, des salaires mirobolants, de supers relations avec les petits chefs, pas d’horaires fixes et surtout pas de pression ; le paradis quoi… Et je ne vous dis pas quand vous devenez votre petit patron et encore moins quand vous décidez de créer un média à Toulouse ; c’est la vie en rose…

Pourtant attention danger
 
Sauf qu’à y regarder d’un peu plus près, on peut raisonnablement se demander où sont, en effet, les fameux privilèges tellement dénoncés, ici et là. Celui par exemple de devoir gérer et éduquer une moyenne de 35 petits diables par classe ? Quand ils se substituent aux parents et deviennent de plus en plus souvent, à la fois, assistante sociale, éducateur spécialisé et même gestionnaire comptable ? Ou encore celui d’être condamnable au pénal pour défaut de surveillance des élèves dans la cour de l’école ? Celui de retrouver sa voiture taguée ou les pneus crevés par ces chers chérubins contrariés par leurs remarques en cours ?
Celui de devoir en plus de l’éducation des élèves assurer celle de leurs parents ? Celui de devoir faire les frais de projets de gestion de l’éducation nationale identiques à ceux d’une entreprise privée. Je veux parler des fameux LOLF, G8, OCDE… Le tout avec en prime l’obligation d’assurer à limite des 3 ans, non pas des bénéfices éducatifs, mais une rentabilité financière ? Comme si la rentabilité d’un élève pouvait se mesurer à 3 ans…
Bien entendu, d’une année sur l’autre, les enseignants refont toujours la même chose, les programmes changent peu, ils ont toujours les mêmes types d’élèves et donc les mêmes difficultés. Et même certains profs de facs se contentent d’avoir commis un “bouquin”, vendu à leurs élèves pour assurer leur show…
Sans oublier, force est de le reconnaître, qu’une partie significative du “corps enseignant” prête le flanc à l’entreprise de démolition. Alors, consciemment ou non, cette institution a fini par tomber malade de complaisances infantiles d’une partie de ses membres. Comportement critiquable qui se traduit souvent par une démission de son objectif républicain, qui est de distribuer également partout une instruction de qualité et de former à l’esprit critique.
Il faut aussi, pour être honnête, préciser que la hiérarchie y aura puissamment contribué par ses méthodes, notamment de recrutement et de formation. Sans même parler de noyautage…
Un constat, qui se renforce d’autant plus chez les profs que la plupart des inspecteurs et recteurs d’Académie n’agissent plus en responsables de l’Education Nationale, mais en simples chefs du personnel, car en fait peu responsabilisés de la qualité ou de l’efficacité de l’enseignement dispensé, et encore moins du fonctionnement de l’institution.  
Quant aux privilèges, dénoncés si souvent, pour cette catégorie professionnelle comme pour d’autres d’ailleurs, n’est-ce pas un travers typiquement français ? Un malentendu qui en période de difficulté, de crise a tendance justement à s’exaspérer. C’est une évidence, il est tellement de bon ton, aujourd’hui, pour dissimuler nos propres carences, de culpabiliser les “autres”, au nom de la différence de salaire, du niveau d’étude, de la couleur et même en fonction de la religion, du quartier, de la région, du pays d’origine ou de la culture, du prétendu réseau… Plus de 25 % de Français se disent chaque année victimes de ces formes de racisme…
Car il est plus difficile de s’engager et surtout de tout faire pour tirer justement vers le haut, la majorité d’entre nous, que de tirer à boulets rouges, sur toutes celles et ceux qui un jour, ont décidé de sortir de la différence, de l’indifférence, ont eu l’audace de tenter de réaliser leur rêve d’avance à partager.
Plus facile d’être de ces minables qui chaque jour entretiennent la théorie du complot plutôt que de se remettre en question.

André Gérôme Gallego
Directeur de la publication
andreg@aol.com


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