Politiques, le mensonge permanent ?

Dans quelques jours les Elections Européennes, et déjà bon nombre de pseudo experts qui se penchent au chevet des électeurs tentés de s’abstenir. Ceux-là même qui, ce fameux 7 juin, n’auront pas envie de participer à la mascarade et préfèreront s’évader à la pêche plutôt que de remplir leur rôle d’intermittents de la politique… Lassés qu’ils sont, pour une grande majorité, de se rendre compte élection après élection et quelque soit le résultat et les hommes qu’ils auront portés au pouvoir, qu’ils ne seront jamais entendus, compris… Conscients qu’ils sont là pour tenir un rôle de faire-valoir le temps d’un week-end d’élection et vite oubliés ensuite… Et tant pis si par leur comportement, ils vont donner raison à certains experts politiques ou économiques, tel Fritz Scharpf, qui estiment que la légitimité par l’élection peut nuire au résultat, puisque le peuple n’est pas un expert, qu’il est versatile et émotif. Et l’on aura compris que c’est donc, pour leur éviter de commettre des erreurs nuisant à l’intérêt du peuple lui-même, que les élites proposent, en fait depuis toujours, d’ériger la gouvernance, par les seuls experts encadrés par les élites économiques et politiques. Certains vont même plus loin en tentant de privilégier une gouvernance fondée surtout sur les outputs, c’est-à-dire la légitimité par le résultat notamment économique, plutôt qu’une légitimité issue de l’élection par les peuples. Et tant pis si c’est justement en s’appuyant sur ce type d’argument, fondé sur la légitimité par le résultat, que se sont appuyés les régimes autoritaires pour justifier leur autoritarisme.

Pour Nietzsche, le discours est un peu le même, la démocratie est un fléau pour l’humanité, car elle inaugure le pouvoir de la masse, du peuple ignorant. Quant à Spencer, un contemporain de Darwin, il considérait que la loi du plus fort était une loi naturelle, qui devait s’appliquer aussi aux sociétés humaines. Pour lui, ne favoriser que les élites est préférable pour le développement de l’humanité, car c’est le sens de l’évolution naturelle, la sélection naturelle du plus fort sur le plus faible. Par conséquent,  l’aide sociale, les services sociaux, l’école publique, seraient nuisibles à l’humanité, car ils viennent gaspiller des ressources nécessaires pour développer les qualités des élites. Si l’on ajoute à cet état de fait, qui ne s’avoue pas et que les plus faibles subissent chaque jour ; que la puissance ne repose pas seulement sur la capacité financière, mais plutôt sur des réseaux sociaux, qu’ils soient économiques, politiques, professionnels, culturels voire religieux. Bien souvent, le tout additionné à un capital de privilèges socioculturels qui ont été transmis par des dynasties familiales. Un aspect dynastique qui n’est pas sans rappeler les pratiques de la noblesse et de la royauté, pas tout à fait d’un autre temps comme on  voudrait nous le faire croire. Et tant pis si tout ceci n’est jamais vraiment avoué au grand jour.

Ont-ils vraiment tort de nous soupçonner d’incompétence ?

C’est Fernand Braudel qui a montré que, depuis les origines de l’humanité, se sont édifiés progressivement trois étages de l’économie, auxquels correspondent trois étages de la société. Les trois étages de l’économie se sont constitués à travers un processus d’éloignement. Au rez-de-chaussée, l’étage de fondement, où se développe une économie non monétaire, de survie, de subsistance familiale, celui de la majorité des Français, qui pratiquent les règles du jeu de la solidarité. Au premier étage, est pratiquée l’économie d’échange local, c’est officiellement l’étage de la régulation légale, mais où commence déjà à se jouer un vrai corporatisme. L’étage supérieur, étant celui de l’économie mondiale, celui de l’accumulation des ressources et de la puissance, mais aussi de la distance, de l’opacité… A cet étage, les acteurs font le contraire de ce qu’ils veulent bien nous faire croire. Ils incitent à la pratique des règles du marché, mais grâce à leur puissance et leur éloignement de l’opinion publique, ils cherchent constamment à constituer et à conforter leurs monopoles.
Et comme de logique, le même schéma se retrouve au niveau politique. Au rez-de-chaussée il y a le clan et la famille. Au premier étage, on donne le change, l’impression d’accepter le débat public, la démocratie locale et à l’étage supérieur on trouve la macro politique qui pratique elle le double langage. Ainsi, au 3ème étage de la pyramide, lorsque l’on appartient au groupe des élites, ou de la même classe sociale, on peut être tenté de se considérer comme supérieur, au-dessus des lois. Certains estimant même, qu’étant membres de l’élite, ils n’ont pas à fonctionner comme les autres, et qu’à la limite, s’ils le faisaient ce serait mauvais pour eux et pour l’intérêt général tel qu’ils le conçoivent. Ainsi, certains comme Rockefeller, se prononcent contre la démocratie car elle conduit à laisser le pouvoir à des ignorants et cela ne permet pas de prendre de bonnes décisions. Pour lui, ce sont les experts qui doivent décider. Bon nombre parmi ces élites estiment, par exemple, que les référendums, tel celui sur le traité constitutionnel européen, sont préjudiciables à l’intérêt général, car les électeurs ne disposent pas de connaissances suffisantes pour voter en connaissance de cause. Ont-ils vraiment tort de le penser ?
Sauf que la démocratie suppose le respect de la légalité, c’est-à-dire de l’Etat de droit, mais aussi, de la transparence, de la légitimité des représentants, de la participation, etc. Sauf que depuis toujours, la mondialisation éloigne les citoyens des lieux de décisions. Les citoyens français l’observent avec l’Union Européenne tandis qu’au plan international, le G8 impose son modèle politique dans le monde, au travers du FMI, de la Banque Mondiale et de l’OMC en particulier ?
Au sein de ces différentes organisations, sous couvert d’un discours sur la “bonne gouvernance”, les dirigeants libéraux privatisent les instances démocratiques en privilégiant le dialogue avec les entreprises au détriment des peuples, de leurs représentants, des ONG et en jouant bien souvent la “société civile” contre les Etats.
Et tant pis, si les pouvoirs publics tiennent leur légitimité de l’élection par le suffrage populaire et doivent donc être présents, pour garantir les intérêts du peuple dans les décisions qui le concernent. Les pouvoirs publics disposent de la plus forte légitimité pour décider des règles, normes et lois, à portée générale, qui relèvent du droit positif.
Mais c’est bien connu, l’Homme n’est que l’Homme et une fois au pouvoir…

André Gérôme Gallego
Directeur de la publication
andreg@aol.com


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