Philippe Douste-Blazy Interview exclusive ! ; «Oui, je soutiens François Bayrou»…

«Voilà dix ans, je contribuais avec d’autres à la création de l’Union en Mouvement au congrès de Toulouse, devenue l’UMP. Voilà cinq ans que je regarde ce mouvement grandir en prenant des orientations qui ne me conviennent pas. Voilà deux ans que je m’interroge sur ma place à l’UMP face au tournant droitier désormais assumé par l’état-major du mouvement».
En fait Philippe Douste-Blazy, comme il nous le confiait voilà peu, n’est plus en accord avec les valeurs prônées par bon nombre de cadres de l’UMP au point de s’interroger s’il est toujours le grand parti de centre droit, humaniste et libéral que défendait un certain Jacques Chirac. «C’est parce que telle n’est plus ma conviction qu’il est temps pour moi de rompre le silence. D’appeler à une union nationale autour de François Bayrou, candidat à l’élection présidentielle, plus en accord avec mes valeurs.»

 
Philippe Douste-Blazy, vous venez d’annoncer votre ralliement à la candidature de François Bayrou. Un retour à la case départ ?
Pas vraiment, j’ai été pendant de nombreuses années Compagnon de route de François Bayrou, avant que l’un comme l’autre, nous ne prenions un autre chemin. Mais vous avouerez, pas si éloigné que ça. Aujourd’hui ma réflexion m’engage aussi à me questionner sur la meilleure façon de servir mon pays.

Sans l’UMP ?
Oui, ma décision va surprendre car je n’ai pas l’habitude de faire des éclats. Dans le passé, j’ai même laissé ma place, pourtant légitime, et sans discuter, pour jouer l’intérêt supérieur de mon propre camp. Sauf qu’alors les idées qui étaient portées par mes amis étaient autres. En 2001, plus rien ne séparait les partis gaullistes, comme les libéraux ou les centristes, de l’essentiel : le meilleur pour la France et les Français. Jacques Chirac et les Gaullistes avaient achevé leur mue européenne. Il était enfin possible de ressouder le couple franco-allemand, moteur d’une Europe forte. Dans des domaines aussi importants que l’économie, le social et même d’ordre sociétal, nous nous étions enfin retrouvés. Il y a dix ans le parti gaulliste, ayant survécu au charisme d’un héros rassembleur issu des heures sombres de la guerre et le Parti socialiste, marqué par une culture marxiste désespérante, semblaient engluer notre pays dans un bipartisme, dont les Français seraient tôt ou tard les victimes. On le voit bien aujourd’hui.

De vraies raisons de croire en ce nouveau défi ?
Oui car alors nous avions l’ambition de tout faire pour faciliter une vie politique française apaisée, plus moderne et plus attentive au sort de chacun et notamment des plus faibles. S’il est un fait inéluctable, que la Ve République condamne le Centre à n’être qu’un supplétif des deux grands partis de droite ou de gauche, l’UMP pouvait et devait bouger les lignes. Et puis à l’UDF, les guerres de chapelles existaient notamment entre les libéraux et les démocrates-chrétiens…

Sans François Bayrou ?
Non tout devait se faire avec lui et se construire sur la base de nos idées et de nos valeurs. Il n’y a pas cru, pensant qu’au contraire l’alliance des centres et des droites au sein de l’UMP ne feraient que vassaliser une fois de plus les centristes. Le temps et certains leaders de l’UMP par leurs comportements d’aujourd’hui lui ont donné raison. Mais je vous rappelle que dans sa «Charte des valeurs», l’UMP s’engageait à donner à la politique française un «souffle nouveau» et à enrayer «la montée de la méfiance des Français à l’égard de la politique». Ses mots d’ordre étaient : «écouter les citoyens, agir avec eux et pour eux». Tout ce que nous défendions alors avec François Bayrou, mais avec l’UMP nous osions aller plus loin, même si ça n’est plus le cas.

L’UMP : un leurre politique ?
Non pas du tout. J’ai été le Premier secrétaire général de l’UMP au côté d’un homme aussi exceptionnel que l’est Alain Juppé comme président. Un vrai homme d’Etat exemplaire de courage et de conviction, notre relation était équilibrée. Avec lui, nous voulions un mouvement populaire rejetant les systèmes qui étouffent la liberté économique en cherchant à tout encadrer. Le travail, le mérite et l’innovation devaient être encouragés, afin de mener la France vers la reprise de la croissance et la baisse du chômage. Promouvoir un État solidaire qui serait là pour garantir la protection sociale à laquelle les Français sont légitimement attachés. Tout en rappelant que la solidarité se doit de «respecter l’individu» et de ne pas tout transformer en assistanat systématique. Enfin, l’UMP affirmait sa fierté pour la Nation française, tout en définissant son horizon dans la construction européenne, synonyme de «paix» comme d’ambition de mieux vivre.  

Ce n’est vraiment plus le cas ?
Je prends acte que l’UMP, depuis 2007, a pris ses distances avec ce que nous avions créé. Si ce parti existe encore pour rassembler et construire des destins, je ne retrouve pas la volonté de créer un idéal dans la même idée collective que celle de 2001. Pour moi l’UMP d’aujourd’hui s’est perdue dans sa course permanente à l’urgence, à la surenchère, dans la poursuite du fait divers. Elle a laissé dans sa poche sa boussole principale : la personne humaine. C’est tout l’inverse de l’action que je mène depuis 2007 en tant que secrétaire général adjoint de l’ONU en charge des financements innovants pour les pays en développement. Ou comme président d’Unitaid, l’agence internationale dédiée à la collecte des contributions de solidarité sur les billets d’avion pour lutter contre les risques sanitaires dans les pays en développement, tout particulièrement en Afrique. Avec des dirigeants mondiaux, tels Bill Clinton, Bill Gates, Lula ou Michèle Bachelet, nous sommes en charge au quotidien de la mondialisation de la solidarité. Pour autant, je ne me suis jamais désintéressé de l’avenir de mon pays.

Qu’attendez-vous en retour de votre coup d’éclat ?
Rien du tout. Vous le savez aujourd’hui, la vie politique nationale est derrière moi. Je ne demande rien, je n’attends rien. Ni poste ni circonscription, si ce n’est un engagement fort de celui qui sera élu en mai dans la mise en place d’une solidarité mondialisée, alors que nous traversons une des pires crises mondiales de l’histoire.

Vous n’avez pas peur de fragiliser votre camp ?
Non au contraire, je crois pouvoir le renforcer en adoptant la démarche de clarté qui est celle qui a toujours animé mon engagement politique. En reconnaissant à Nicolas Sarkozy sa stature et son courage, je veux réaffirmer mes idées humanistes et européennes, ma croyance en l’économie sociale de marché, ma préférence pour la solidarité et la justice. C’est pourquoi, je voterai pour François Bayrou et j’invite tous les Français qui se reconnaissent dans ces valeurs, à le rejoindre.

Serez-vous de nouveau un jour à Toulouse ?
Je n’ai jamais quitté Toulouse…



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