Pénurie de chefs

Francis Manaud

Il y a deux façons pour faire émerger un chef, la façon naturelle par laquelle un individu s’impose de lui-même à la collectivité qui l’entoure, et le suffrage qui l’emmène à commander les autres à la suite d’un vote qui lui donne la majorité ; lequel par un effet mécanique met à jour une minorité qui le rejette. L’histoire est émaillée de l’avènement des premiers souvent issus de conditions particulières dans lesquelles les peuples se trouvent confrontés à des situations extrêmes. Ce fut le cas pour Winston Churchill en Grande Bretagne ou encore Charles De Gaulle en France, l’un et l’autre plébiscités quand leurs pays étaient dans la peine, mais très vite désavoués dans les urnes dès que le danger fut passé. Il faut en déduire que la crise que l’on est entrain de vivre en France, ne nécessite pas l’émergence de tels personnages puisqu’au contraire c’est plutôt dans la médiocrité et la connivence qu’évoluent nos hommes et nos femmes politiques (parité oblige). Les femmes d’abord avec le parti socialiste qui nous a gratifié d’un crêpage de chignons d’où est sorti vainqueur Martine Aubry à l’issue d’un scrutin qualifié de douteux. Mais entre camarades, tout s’arrange même si les rancœurs demeurent prêtes à resurgir à la moindre occasion. La palme de la bêtise revient sans nul doute possible au tandem Fillon-Copé qui a inventé un nouveau cycle qui consiste à pédaler l’un à l’envers de l’autre sur un engin appelé UMP dont on comprend pourquoi il ne peut avancer. Et d’ailleurs une élection à cinquante/cinquante, ne peut être qu’une élection sans vainqueur ; le résultat devant être de toute façon contesté.

 

Qui va à la chasse…

 

La refaire serait inutile parce que les mêmes causes reproduisent les mêmes effets qui ne feraient qu’amplifier une déroute déjà consommée de protagonistes qui n’ont pas su l’un et l’autre s’élever au-dessus de la mêlée.

Il faut savoir parfois faire semblant de battre en retraite pour mieux revenir dans le combat. Il n’est pour s’en persuader qu’à relire Horace ; ce que nos deux adversaires ont dû faire sans en comprendre le sens. Quoiqu’il en soit, ils laissent derrière eux des patriotes désabusés que les médias, qui ne manquent pas d’imagination, distribuent généreusement dans tel camp ou dans tel autre pour imaginer une recomposition politique sans tenir compte bien souvent de leur passé de militants. Et pourtant qui pourra croire que des partisans d’une Europe fédérale puissent rejoindre les rangs du Front national sans avaler des convictions bien ancrées dans leur esprit ? A bien y réfléchir, on doit admettre une fois de plus qu’un chef quel qu’il soit ne doit pas partir en laissant une entreprise sans avenir. Le président sortant n’a pas voulu durant son mandat assurer sa succession à la présidence de son parti dans l’espoir peut-être de revenir un jour ? Mais c’est bien connu : qui va à la chasse perd sa place, et pour l’heure les remplaçants pressentis sont loin d’avoir des visées justes. Les électeurs, leur gibier, auront tôt fait de prendre la clef des champs.

 

Francis Manaud



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