Paradoxal

Francis Manaud

Pendant une bonne période de l’année dernière, nous avons suivi la bataille du mariage pour tous. Elle s’est terminée par une loi qui autorise dorénavant l’union civile entre deux individus du même sexe. Cette promesse faite par le candidat président a donc été tenue en priorité quand d’autres qui auraient pu paraître plus urgentes comme la réforme de la fiscalité qui impacte la vie de la totalité de nos concitoyens, sont encore dans les cartons. Au total, il y aurait eu sept mille mariages et ce phénomène aura mis dans la rue des milliers de gens partisans ou adversaires. Le mariage civil n’est donc plus sacralisé puisque les époux demeurent seulement unis par un pacte civil ; ce qui sans aucun doute le fragilisera encore plus qu’auparavant. En effet force est de constater que de plus en plus de couples divorcent comme si le mariage était devenu comme beaucoup de choses un bien de consommation courante dont on peut se débarrasser à la moindre difficulté pour se tourner  vers d’autres aventures. Et si la sacralisation pouvait dans certains cas mettre un frein au phénomène, ce ne sera plus autant le cas s’agissant du mariage civil. Il semble que de plus en plus l’égoïsme l’emporte face à la responsabilité des parents vis-à-vis des enfants qui sont le plus souvent dans les cas de divorce mis dans des situations pour lesquelles ils ne sont pas préparés ; ce qui engendre des traumatismes difficilement quantifiables.

Les divorces moins accessibles

On remarque bien souvent lors de procès criminels à l’évocation de l’enfance des délinquants, que la séparation des parents a sans nul doute influencé leur comportement. Mais rien n’est fait par les pouvoirs publics pour mettre l’accent sur la gravité de l’engagement que constitue le mariage et pourtant avec le nombre incalculable de psychologues de tous poils qui sont formés dans nos facultés, on pourrait à l’instar du permis de conduire faire passer des tests d’aptitude au mariage entre deux individus pour augmenter les chances de le voir perdurer. Cependant si l’on en croit la tendance actuelle, c’est plutôt le contraire qui est à l’étude puisque la ministre de la justice envisage de ne plus confier les divorces par consentements mutuels à un juge mais à un greffier. Tout ceci procède bien entendu de la volonté de diminuer les coûts de la justice en désencombrant les cabinets des juges pour qu’ils se consacrent à des dossiers plus sensibles. Or ce n’est pas parce que les partis se déclarent séparément favorables à une procédure amiable que leur conviction individuelle est totalement affirmée. Seul un juge formé à la confrontation puis à l’analyse individuelle des  motivations est à même de dire si oui ou non il y a lieu d’accorder le divorce surtout si l’avenir des enfants du couple n’est pas clairement établi. Si une telle décision devait voir le jour, il conviendrait de former un corps spécial de greffiers pour assurer leur formation, ce qui réduirait à néant l’économie souhaitée. Décidemment, il est certain qu’il a été plus facile d’étendre le champ des mariages que de rendre plus accessibles les divorces.

 

 



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