Nous avons besoin de la Tunisie…

Oui, nous avons besoin d’une Tunisie forte et démocratique où chaque Tunisien puisse, dès sa naissance, prétendre à vivre heureux et en harmonie avec ses racines, ses convictions, ses rêves, ses espoirs, ses valeurs de communion comme de partage avec ses voisins des deux côtés de la Méditerranée.
Oui, nous avons besoin d’une Tunisie sereine et bien ancrée dans ce 21ème siècle pour simplement être encore nous-mêmes. Car si chaos il y avait demain, nous en ressentirions les effets ici même, sous nos fenêtres.
Oui, avec la Tunisie, avec les pays du Maghreb, comme avec toute l’Afrique, nos destins sont liés, pour le meilleur comme pour le pire. Ne nous trompons pas de stratégie, ne nous trompons pas d’adversaire, nous ne pouvons gagner qu’ensemble. Une Tunisie où, à mon sens, il ne serait pas raisonnable, pas responsable de tout condamner du pouvoir passé. Ne pas tout remettre en question pour faire mine de donner raison à l’opinion publique, donner raison à la rue. Souffler dans le sens du vent, pour se donner bonne conscience comme trop d’élus, de gauche et de droite, semblent, en France, vouloir le faire aujourd’hui.
D’ailleurs, ce sont les mêmes qui hier vantaient les mérites du Président Ben Ali, «une main de fer dans un gant de velours» disaient-ils… Au lieu simplement de reconnaître qu’ils ne pouvaient pas tout connaître des dessous de la vie politique tunisienne ; qu’ils ne pouvaient pas tout apprécier des dérives orchestrées par les proches du pouvoir et quelques complices des deux côtés de la Méditerranée et surtout d’ailleurs… Oui, nos élus ne savaient pas tout et ne pouvaient pas prévoir cette dérive financière, d’autant si l’on sait que la moindre ingérence dans cet Etat souverain, aurait été fustigée et présentée comme un retour au colonialisme voire plus.
Je pense surtout et à l’inverse de tout ce qui est dit et écrit aujourd’hui, probablement même que la présence française en nombre et de qualité aura incité le pouvoir en place, à plus de réserve quant à ses excès et plus sûrement à prendre conscience des difficultés de son peuple à simplement manger à sa faim… Comme ce virage qu’avait annoncé, voilà quelque mois, le premier ministre Mohamed Ghannouchi, lors des rencontres de l’euro-Méditerranée qui se sont déroulées à Tunis.

 


Ici, mieux qu’en Tunisie ?

Ne nous leurrons pas, malgré les apparences, ici en France nous ne sommes pas mieux lotis que de l’autre côté de la Méditerranée. Plus, à droite comme à gauche, dans une période de grands troubles, trop vouloir trop prétendre détenir seuls la vérité, pourrait nous faire penser que nous ne sommes pas loin du grand chaos…  
Car aujourd’hui quelque soit le pays, celui-ci a à répondre aux mêmes défis, aux mêmes contraintes qu’elles soient d’ordre économique ou social. La compétition est mondiale et exige une compétitivité de tous les instants pour simplement espérer maintenir ce fameux taux de croissance suffisant… Oui, ce taux de croissance qui sert notamment à assurer, on l’espère, une réduction du chômage en général et en particulier chez les jeunes diplômés qui arrivent chaque année de plus en plus nombreux sur le marché de l’emploi. Ce n’est pas un hasard si chaque Etat responsable aspire à une croissance pour l’emploi : intelligente, durable et inclusive… La Tunisie était dans cette voie avec notamment la création de neuf pôles de compétitivités…
Oui, avec l’aide de l’Europe, la Tunisie était inscrite de fait dans ce schéma d’industrialisation qui se rapproche de celui adopté par l’Union Européenne, elle-même, au début des années 2000 avec les accords dits de Lisbonne… Une stratégie que l’on retrouvait, ces derniers mois, dans les aspirations et orientations de la vie politique tunisienne. Portée par une croissance +5, la Tunisie avait la volonté de répondre aux nouveaux défis de la mondialisation par une économie du savoir et de l’innovation. 

 


Des dirigeants déconnectés du terrain

Mais ce réveil sonne trop tard, car nombreux sont les dirigeants aveuglés par le pouvoir. D’autant que dans la plupart des cas ils sont entourés d’une cour qui ne leur montre que ce qu’ils veulent bien voir. Une cour qui se sert au passage et fait à son tour ses petits commerces. Croyez-vous qu’il en soit vraiment différent ici dans l’hexagone ? L’actualité nous démontre l’inverse chaque jour…
Et puis, c’est bien connu, avec le temps, les mauvaises habitudes se renforcent. Les bonnes résolutions, mais jugées trop contraignantes ou impopulaires, sont reportées de jour en jour… Et les changements annoncés ne se voient jamais. Il en est de même ici en France et particulièrement en Midi-Pyrénées, où ce sont toujours les mêmes qui font la pluie et le beau temps. Oui en France où aucune justice sociale ne règne vraiment. Voyez les avantages acquis dans quelques corporations et juste à côté les oubliés des luttes ouvrières car peu nombreux et trop loin des lobbies sociaux. Voyez les grutiers des ports français, aux avantages hors normes et qui par leurs grèves à répétition sont en train de mettre à l’eau justement cette économie avec des donneurs d’ordres qui préfèrent désormais éviter nos ports.
Reste pourtant une donnée décisive : dans le temps présent, aucun pouvoir ne peut réussir à satisfaire tout le monde. Sauf s’il est capable d’expliquer preuve à l’appui ce qu’est vraiment sa stratégie, pour quels bienfaits et dans quelle durée… Mais surtout s’il est lui-même capable de montrer “en bon père de famille” qu’il est le premier à faire les sacrifices, à montrer l’exemple.
C’est probablement là que le clan Ben Ali a péché. Car, ici comme ailleurs, la nature humaine n’est que ce qu’elle est… D’autant si l’opposition, l’opinion publique sont muselées comme c’était le cas en Tunisie. Quant à dire que la chute était annoncée, c’est un peu comme la crise financière. Dans un monde qui crée des bulles, on sait qu’elle est inéluctable, mais on ne sait pas quand le phénomène se produira.

André Gérôme Gallego
Directeur de la publication
andreg@aol.com


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