Nécessaires frontières

Francis Manaud

Lorsque l’on veut bien s’en donner la peine, on s’aperçoit que nous sommes entourés de frontières. Les murs de notre maison qui empêchent les intrusions étrangères, notre peau qui nous protège des maladies, ou encore  la couche d’ozone, sans laquelle la vie sur terre se ferait sans nous. Les Etats se sont construits bien souvent à l’abri de frontières naturelles ou encore par des conquêtes guerrières qui ont su faire germer des sentiments d’appartenance à un même groupe d’intérêts. Il est une évidence que le morcellement rend fragile, et un dicton bien connu que l’union fait la force. C’est ce qui a, sans aucun doute possible, prévalu dans la construction de l’Union Européenne face aux grands blocs que constituent les Etats-Unis d’Amérique, la Russie et maintenant la Chine et l’Inde sans oublier les pays en voie de développement qui veulent que leurs peuples prennent leur place dans le partage des richesses de notre globe. Cependant, cette construction née d’une longue et souvent tragique histoire de guerres et de conquêtes se trouve confrontée à une difficulté majeure, la multitude des langues qui rendent difficiles les rapports entre ces nations qui aspirent à une unité qui risque de prendre, à cause de cela et de bien d’autres choses, de longues années pour ne pas parler de siècles. Robert Schumann, père de cette grande idée prophétisait en disant : « L’Europe se fera par des réalisations concrètes créant d’abord une solidarité de fait ». A cet égard Ariane et Airbus sont les exemples parfaits de sa pensée, les nations qui y sont associées parlent une même langue scientifique qui amène à gommer les autres différences qui hélas sont nombreuses.

Outre les langues, les cultures, les économies et bien d’autres choses encore sont autant d’obstacles et de freins à une intégration de cette mosaïque de peuples qui constituent l’Europe et qui ont décidé d’un avenir commun. La création et l’adoption de l’Euro comme monnaie commune n’a pas réussi à créer la force de cohésion escomptée, mais tout au contraire a provoqué un relâchement dont beaucoup ont du mal à se redresser sans compter sur un repli sur soi qui va à l’encontre du but recherché. Enfin les accords de Schengen et la libre circulation des marchandises et des hommes ont amorcé des courants migratoires entre nations des plus pauvres vers les plus riches sans tenir compte des possibilités des dernières à améliorer substantiellement la condition des premières. A contrario pour abaisser leurs coûts de production par une main d’œuvre moins chère, les industriels ont déserté les pays riches en les tirant vers le bas, créant ainsi un chômage de masse de plus en plus difficile à résorber. On se trouve donc avec une Europe affaiblie par l’abolition des frontières protectrices à l’intérieur et par ailleurs confrontée à la faiblesse de ses frontières extérieures que les pays concernés sont incapables de protéger d’une immigration de plus en plus pressante. Il est grand temps de mettre de l’ordre dans tout cela si l’on ne veut pas que le désordre créé n’entraîne l’Europe dans un irrémédiable chaos.

 Francis Manaud



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