Ne touche pas à mes profits ?

A en croire certains experts, de droite comme de gauche, et même des journaux dits officiellement de gauche, les salariés comme les petits patrons n’auraient aucune raison de réclamer plus à l’Etat pour passer la crise.
Sauf que devant la montée du mécontentement général et en vue de la grève de ce 19 mars soutenue par les ¾ de la population, Nicolas Sarkozy et sa cohorte de conseillers ont dû reconnaître que le pouvoir d’achat des Français n’était pas une question accessoire. Alors, comme un grand magicien, voilà qu’il nous annonce, pour les familles ayant un revenu déclaré inférieur à 11 673 euros par an et pour 2009, la suppression des deuxième et troisième tiers provisionnels. Il préconise aussi le relèvement immédiat de l’indemnisation du chômage partiel et même une prime surprise de 500 euros pour les chômeurs ayant travaillé moins de quatre mois au cours de l’année 2008. Un geste toujours bon à prendre, diront les plus démunis, mais après que se passe-t-il vraiment ? Comment éradiquer cette descente quasi aux enfers, qui gagne chaque jour un peu plus, bon nombre de nos contemporains ? Car aujourd’hui comme hier et c’est toujours d’actualité : il vaut mieux avoir le savoir de la pêche si l’on a envie de manger à sa faim, du poisson.
Alors ce coup de pouce nous fait penser à un coup médiatique lancé, entre deux rendez-vous, par un Président agacé par ce pessimisme ambiant qui commence même à gagner ses proches. Certains prétendront et de source faussement sûre, qu’au moment de cette annonce précipitée, il avait à cœur de ne pas arriver en retard au match PSG/OM… Sauf que là aussi, signe du destin, comme un petit aparté “scoumounesque”, la déconvenue le guettait avec un 3 à 1 face à l’ennemi juré : Marseille… de son récent pote Tapie. Elle n’est pas belle la vie ?
… Oui, une fois touchés les 500 euros, qui la plupart du temps serviront à payer l’arriéré des dettes déjà engagées, les jeunes précaires qui n’ont pas le droit à l’équivalent du RMI comme les quinquagénaires oubliés de tous, se retrouveront toujours aussi démunis, sans aucun espoir de renouveau à l’horizon. Idem pour les 2 millions de contribuables qui ne paieront pas d’impôts sur le revenu et dont les gains varieront entre 25 euros pour un célibataire et 250 euros pour une famille de cinq personnes ; une aumône, pas vraiment de quoi faire des folies.
Sauf que ces primes gadgets, si elles représentent au total une somme non négligeable, particulièrement en temps de crise, d’environ 3 milliards d’Euros ; si on les compare au “paquet” comme au “bouclier” fiscal qui eux représentent un manque à gagner pour l’Etat de 78 milliards d’euros, font un peu chiche… D’autant que prochainement va s’ajouter, à ce manque de déficit de recettes, la suppression de la taxe professionnelle, soit 11 milliards d’euros. Sans oublier l’exonération des cotisations servant pour les allocations familiales, 30 milliards d’euros, autant de dons qui, ne l’oublions pas, seront compensés par une hausse des impôts pour tous. Et là encore les revenus modestes comme les petits patrons, les artisans, les professions libérales vont encore trinquer…

Un mai 2009 s’annoncerait à l’horizon ?

… Pour rien, car avec de telles mesures, l’on ne s’attaque toujours pas au mal qui nous ronge depuis toujours : l’égalité des chances comme de traitement entre les Français. Egalité devant la formation, l’éducation, l’emploi, le logement, les transports, l’impôt, les aides et soutiens en tous genres.
Alors et comme toujours, on nous fait croire à un éventuel partage des profits grâce notamment à un intéressement exonéré de cotisations sociales. Mais l’on ne parlera jamais, d’un rééquilibrage du partage des richesses créées, ce que les experts appellent communément : la valeur ajoutée.
Sait-on qu’en 1970, la part des salaires représentaient 69,7 % de la valeur ajoutée brute ? Qu’elle sera de 74,1 % en 1982 ? Mais qu’elle chutera, avec le plan d’austérité mis en place par la gauche, dès 1983 pour atteindre les 63,5 % en 1998, avant de remonter très légèrement à 65,1 % en 2007, idem en 2008. Encore faut-il ne pas oublier que ces données INSEE comprennent les gros salaires des hauts dirigeants d’entreprises. Les fameux pantouflards de la république qui n’ont jamais mis en caution leurs patrimoines et dont les revenus et avantages en tous genres ont plus vite augmenté que le salaire du Français moyen.
En fait sait-on que même en remontant à l’année 1960, la part actuelle des salaires demeure en dessous du niveau de l’époque ? Ce sont les acquis de mai-juin 1968 qui feront de la période “1970-1980” les années références pour le redressement du pouvoir d’achat des Français. Oui, il aura fallu le fameux mai 68, pour que l’effet conjugué d’un rapport de forces, politique et social, plus favorable au mouvement populaire, détermine la prise en compte des classes dites moyennes comme une priorité.
L’histoire aime à se répéter. Faut-il envisager un mai 2009 pour qu’enfin nous soyons entendus ?  

André-Gérôme Gallego
Directeur de la publication
andreg@aol.com


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