Moche

Francis Manaud

On peut légitimement se demander ce qui s’est passé dans la tète de Jérôme Cahuzac lorsque très solennellement, il a affirmé devant la représentation nationale qu’il n’avait jamais eu de compte en Suisse. Il aurait dû savoir à son niveau, que lorsque la brigade financière s’intéresse à un dossier, il n’y a que peu de chance qu’elle n’aboutisse dans ses investigations. Peut-être croyait-il que sa position pourrait lui épargner des recherches trop poussées ? A moins que conscient d’une fin inéluctable, il n’ait voulu prolonger le plus longtemps possible sa présence dans l’hémicycle persuadé qu’il était de ne plus jamais y paraître. Il eut sans aucun doute quitté son ministère avec plus de panache si au lieu d’avouer son forfait dans le sombre cabinet d’un juge d’instruction, il l’eut fait avec courage en pleine lumière devant la représentation nationale à laquelle il avait si honteusement menti. Quoiqu’il en soit, le triste visage donné au peuple à l’occasion de cet événement peu glorieux ne pouvait rester sans lendemain. Mais comme toujours, le remède proposé est sans commune mesure avec la nature du mal. En France, si la terre tremble dans les Pyrénées, c’est à Nantes que l’on construit des maisons anti sismiques ! Au lieu de réfléchir calmement aux mesures qu’il convenait de prendre, le pouvoir a étendu la suspicion à toute la classe politique qui n’avait sûrement pas besoin de cela. Il conviendrait dorénavant que les ministres dans un premier temps puis tous les élus fassent publication de leur patrimoine.

 

Diktat ridicule

 

Outre que cette mesure n’empêche en rien une éventuelle dissimulation, on comprend mal le lien qui peut être fait entre la possession d’un patrimoine et la capacité d’un individu à mettre à profit ses valeurs intellectuelles pour le bien de son pays. D’ailleurs il est à penser que s’il n’avait pas été découvert, Jérôme Cahuzac fort de ses connaissances en la matière aurait fait merveille dans la traque des fraudeurs. Voilà nos ministres exposés à un voyeurisme insupportable qui n’apporte rien de plus à l’opinion que les Français ont de leur classe politique qui s’accroche contre vents et marées à des privilèges qui n’ont rien à voir avec la valeur de leur patrimoine. Logements de fonction, voitures avec chauffeurs, utilisation des avions du Glam et autres avantages qui les plongent dans une vie de milliardaires qu’ils ont du mal à quitter. Où est donc passé notre esprit de révolte lorsque que l’on a vu certains d’entre eux se précipiter pour être les premiers à satisfaire le prince en énumérant pour la plupart un pitoyable inventaire à la Prévert ! Pas un seul pour dire que dans ces conditions, il préférait renoncer à la fonction plutôt que de se soumettre à ce diktat ridicule. Non décidément, il nous faut bien nous rendre à l’évidence : si notre pays en est là où il en est, c’est bien parce que notre personnel politique n’a aucune envergure. Qu’il doit bien se frotter les mains notre Depardieu national quand il observe la France de sa lointaine datcha. C’est à son tour de penser que tout cela est bien moche.

 

Francis Manaud



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