Misère, Misère…

Dans une société en crise, où chaque jour un peu plus les repères d’équité, de justice comme de fraternité s’effacent, quel pourrait être notre rôle à jouer ? Question existentialiste, me direz-vous, qui laisse peu de place à l’hésitation et impose d’entrée de jeu une prise de conscience individuelle qui, tôt ou tard, nous interpelle pour savoir s’il n’est pas utopique de penser que nous avons, dans cette société, justement un rôle à jouer ? Si, pour nous les sans grades, notre seule vocation ne serait pas d’accepter définitivement le «Tais-toi et avance…» ? D’autant, soyons lucides, qu’il n’est pas certain que nous ayons les moyens comme les aptitudes à vraiment jouer un rôle ?
Pourtant la question se pose, toujours plus qu’hier, de savoir comment trouver notre place dans le trafic. Trouver notre place dans une société qui devient chaque jour un peu plus injuste, plus inhumaine, de plus en plus difficile à vivre. Une société où l’Homme a toujours plus de difficultés à seulement trouver sa place, son rôle à jouer pour s’élever dignement. Une société qui d’entrée de jeu, ne permettra pas à nos enfants, malgré un bac+x, de trouver un job dont le salaire sera supérieur au Smic. Aujourd’hui, des médecins urgentistes qui sauvent des vies tous les jours, font plus de 70 heures semaine, gagnent moins qu’un chauffeur travaillant au Sénat, ou celui de notre Président de région ou du Conseil général. Voire même un salaire plus bas que celui des conducteurs de benne à ordures qui font infiniment moins d’heures de travail chaque semaine et ne possèdent pas de Bac+10 voire davantage encore ? Le salaire fixé et les conditions de travail qui font le quotidien des chauffeurs, ne sont pas mis en question. Ce qui porte à réflexion c’est simplement qu’une personne qui jusqu’à plus de 30 ans a fait des sacrifices pour atteindre son cursus, ne soit pas récompensée à sa juste valeur.
Que dire aussi de ce monument d’injustice qui veut qu’un agent EDF coupe en toute impunité le courant d’un hôpital et que dans le même temps un conducteur qui aura passé un feu à l’orange aura toutes les misères du monde. Deux poids deux mesures qui à plus d’un titre démontre que la loi du plus fort s’installe de plus en plus dans nos sociétés. Mais entre nous, l’avait-elle quitté un jour, là pourrait être aussi la question ?

 

Lux ex tenebris
 
Alors rien ne nous interdit de considérer cette société comme étant le monde des ténèbres, un lieu d’injustice et de perdition généralisées où l’égoïsme et la facilité, l’usage gran- dissant des médicaments, des drogues et des plaisirs et excitants de toutes natu- res l’emportent sur les valeurs, les épreuves et les devoirs les plus élevés. Oui, la devise qui guide ce monde pourrait être : «Ecraser les autres permettra toujours d’obtenir la meilleure place». Force est de constater que nous sommes dans la société du chacun pour soi où les pires actes l’emportent toujours sur le meilleur.
Alors, dans ce contexte, que doit être notre rôle ?
L’action individuelle ne peut se substituer en permanence à l’action collective puisque ce sont elles et elles seules qui peuvent, doivent et ont surtout le poids pour conduire les actions publiques. A titre d’exemple est-ce vraiment le rôle des associations ou plutôt des seules associations de lutter contre le sida, contre la paupérisation, de créer et financer des soupes populaires voire des dispensaires médicaux gratuits, des centres d’aide aux femmes battues, etc. ? On peut encore longtemps et à loisir esquisser l’univers ténébreux de la société telle qu’on la voit, la pratique ou subit chaque jour. Mais comment pourrait-on retrouver la lumière évoquée, le courage, l’audace qui change tout ?   
Bien évidemment, les ténèbres, c’est aussi le monde des passions humaines, des vertus oubliées, de l’illusion qui règne en maîtresse sur des hommes qui ne pensent qu’à satisfaire leurs pulsions, leur ambition, leur rang social, etc. Autant de raisons et causes qui ne manqueront pas demain, si ce n’est déjà engagé, d’apporter encore plus au désordre, l’injustice sociale, des attentats, celui où la guerre de religion devient un prétexte politique. Un monde où le lendemain est incertain et dans lequel pourtant, on se doit de garder espoir.

 

On reconnaît un arbre à ses fruits

Sauf que nous sommes tous des citoyens à part entière. A un titre ou un autre, tous engagés dans le devenir de la Cité. Oui, des Hommes de notre temps, mais qui n’en sont pas moins devenus des Hommes moins assurés qu’autrefois devant l’évolution accélérée de ce Monde. Conscients que l’idée d’un progrès permanent menant à la Cité idéale leur apparaît, chaque jour toujours plus utopique, même si au fond d’eux ils se rassurent en se disant qu’après la tempête vient le soleil… Sauf que notre société se complaît dans un matérialisme ambiant. Une société du paraître où l’absence de la réflexion spirituelle, la préoccupation seule de l’immédiat reste le moteur permanent.
Une société où ceux qui ont les moyens de mettre en pratique les valeurs supérieures révélées, à savoir la Tolérance, le Respect, l’Écoute des Autres, la Recherche et la Transmission de la Connaissance, le Refus de tout dogme, la Fraternité, sont en permanence aux abonnés absents, pour ne pas dire plus…
Pourtant, comme l’écrivait St Exupéry : «Être Homme… C’est sentir en posant sa pierre que l’on contribue à bâtir le Monde.»
Etre conscient qu’entre les différents courants et les différentes idéologies qui se partagent le Monde, «Matérialisme, Écologie, Libéralisme forcené, montée des sectes, fondamentalismes religieux, individualisme hédoniste ; collectivisme social ou extrémisme», nous avons tous un rôle responsable à jouer pour que ce XXIème siècle, plutôt que d’être religieux ou de ne pas être, soit celui de la Renaissance de l’Humanisme. Que l’Homme soit à nouveau au centre de nos préoccupations. Etre conscient qu’accepter l’Autre n’est ni plus ni moins naturel que de le rejeter. Au fond de nous, être conscients que nous sommes certes, tous racistes, reconnaître que l’Autre que l’on ne connaît pas nous effraye. Sauf que pour la plupart d’entre nous et c’est heureux, nous œuvrons pour le comprendre, l’accepter, pour que réconcilier, réunir, adopter, apprivoiser, pacifier, soient des gestes volontaires, des gestes de civilisation. Bien sûr, ils exigent le don de soi, la lucidité et la persévérance ; pour des gestes qui s’acquièrent, s’enseignent, se cultivent. On le sait, apprendre aux hommes à vivre ensemble est une longue bataille qui n’est et ne sera jamais complètement gagnée. Elle nécessite un travail sur soi, une réflexion sereine, une pédagogie habile, une législation aussi…
Sinon attention danger.

André Gérôme Gallego
Directeur de la publication
andreg@aol.com



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