Londres 2012

Francis Manaud

La grande fête du sport vient de se terminer dans une explosion de chants et de couleurs. Les athlètes qui sont redevenus de grands enfants émerveillés et insouciants, brandissent leurs trophées pour les uns tandis que les autres pensent déjà à 2016 qui sera à n’en pas douter l’année de leur revanche. La tradition a bien été respectée. Des cris de joie, des larmes de souffrance,des années perdues, une réussite inattendue, des suspenses insupportables… On a tout vécu, tout supporté avec eux et partagé leurs succès comme maudire leurs échecs. Mais au-delà de cette confrontation inévitable pour une jeunesse avide de performances, que faut-il penser de l’événement en soi, et de la façon dont il est organisé dans cette période difficile pour toutes les économies du monde ? La dépense totale aura coûté plus du double que celle prévue à l’origine et l’on est en droit de se demander si la noblesse de l’événement vaut qu’on lui consacre une telle dépense. Le comité international olympique devrait se pencher sérieusement sur cette question qui pourrait à terme devenir rédhibitoire et freiner l’enthousiasme des pays potentiellement organisateurs. On sait que la Grèce confrontée par ailleurs à une crise économique sans précédent n’a toujours pas récupéré son investissement bien que sa prestation ne soit en rien comparable à ce qui s’est fait à Londres.

Le génie de ce peuple insulaire

Car il faut bien en convenir : les jeux organisés dans la capitale britannique ont dépassé tout ce qui a pu être réalisé dans le genre. Compte tenu de l’instabilité du monde, on aurait pu tout d’abord craindre pour la sécurité des athlètes et des spectateurs. Dans ce pays où la discipline prend le pas sur toute autre considération, tout s’est passé sans la moindre menace ; tout au moins qui ait été portée à la connaissance de public et des médias. La cérémonie d’ouverture aussi bien que celle de clôture furent des modèles d’imagination et de symboles qui montrèrent au monde le génie de ce peuple insulaire que rien ni personne n’a réussi à mettre totalement à genoux. En voyant avec quel acharnement ils ont tenu leur rang face aux géants des autres continents, on comprend pourquoi et comment l’Allemagne nazie n’a pu que l’effleurer sans l’atteindre vraiment. On n’a pu qu’admirer la finesse avec laquelle elle s’est présentée au monde toute en contraste. Avec sa majesté la reine qui annonce l’ouverture des jeux avec toute la solennité qui sied à l’événement, puis qui laisse à son plus jeune petit-fils le soin de livrer à la liesse un monde qui n’est pas le sien mais qu’elle a su unir dans le plus grand des contrastes, l’Angleterre symbole de la monarchie la plus conservatrice mais qui dans le même temps a pu produire les plus purs chefs d’œuvre de la musique moderne. La fierté l’aura emporté sur le calcul économique, toutefois le peuple pourra t il le pardonner ? Les nations pauvres qui pour autant n’ont pas démérité dans les conquêtes suprêmes auront elles le moyen de s’offrir un jour le même triomphe et le même faste ? Il faut le souhaiter pour que les jeux olympiques soient vraiment l’apanage de tous.

Francis Manaud



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