Thomas Simonian
Thomas
Simonian

L’œuf de Christophe Colomb

Francis Manaud

Toulouse va se doter dans peu de jours d’un tram moderne qui va transporter des passagers de Blagnac jusqu’à notre palais de justice pour provisoirement s’arrêter au beau milieu des allées Jules Guesde. Si l’on peut convenir qu’une ville moderne ne doive pas s’endormir sur son passé, on peut néanmoins regretter le destin que les municipalités successives ont réservé aux allées de cette ville dont on pouvait dire qu’elles constituaient un parti urbanistique désormais révolu. Cela a commencé avec les allées Jean Jaurès qui s’élançaient vers le Canal du Midi sacrifiées comme les magnifiques trottoirs des boulevards à la gourmandise des automobiles auxquelles il fallait faire de la place pour circuler et pour stationner. Heureusement, on a pu échapper à cette idée totalement folle qui avait envisagé la couverture du Canal du Midi pour fluidifier la circulation. C’était l’époque où la voiture était reine et où il fallait tout faire pour lui permettre de circuler librement.

Maintenant ce seront les allées Jules Guesde sur lesquelles les Toulousains ne se promèneront plus sans la crainte de se voir bousculés par un cycliste trop pressé. C’est un peu comme la prolifération des sangliers qui menaceraient d’envahir la ville de façon irréversible. Haro sur les voitures et vive les vélos, métro et autres tramways chargés de réduire à néant la bête nuisible. Mais elle résiste et tous les moyens destinés à la chasser ne font qu’aggraver son emprise pour à terme provoquer une asphyxie programmée.

 

Chassée désormais du centre-ville qu’elle doit contourner, voilà qu’on lui vole une partie de ses voies de circulation au profit d’un tram dont l’appétit dans ce domaine semble ne pas avoir de limite. Et l’on va assister sans aucun doute possible à ce paradoxe d’un long ruban de verdure inutile parcouru lentement par un engin plus ou moins vide encadré par des files de voitures bourrées d’automobilistes tempêtant et vociférant sur le sort qui leur est fait. Et n’envisageons même pas la survenance d’un accident qui portera la chose à son paroxysme. De quoi faire revivre la description par Boileau des embouteillages de Paris en 1660. En somme, rien de nouveau. Plus on veut faire de la place et plus il en arrive de partout. Les immatriculations d’autres départements sont légion et viennent s’ajouter à celles déjà pléthoriques de celles qui nous sont propres. Et comme toujours dans notre beau pays de France pour ne vexer personne, on gêne tout le monde. Alors puisqu’il est acquis que l’on ne veut plus de voitures, instaurons l’octroi électronique qui pénalisera tout véhicule qui passera les limites interdites. Une sorte d’écotaxe des villes qui nous permettra de manifester à notre tour contre un impôt supplémentaire avec la gêne qui s’ensuivra. Comme l’œuf de Christophe Colomb, il suffisait d’y penser et en matière de taxes, notre imagination nationale est sans limite.

Francis Manaud


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