L’Homme de la Rue…

Voilà quelques jours, une étrange manifestation se déroulait à Paris devant un Monument aux Morts. Un groupe de personnes responsables des “Restos du Cœur” de la capitale déclamaient le nom des 150 “sans abris” qui venaient de décéder dans les rues de Paris, ces derniers mois.
Une manière comme une autre d’attirer l’attention des pouvoirs publics sur un scénario de descente aux enfers que pas une seule de ces âmes ne méritait, dans le pays qui se prétend défendre les Droits de l’Homme. Des femmes et des hommes aux parcours certes différents, mais qui pour tous avaient connu, comme tout un chacun, leurs heures de gloire. Un scénario où pas un seul parmi nous ne peut prétendre d’avance qu’un jour ou l’autre, il en sera épargné. La perte d’emploi, la maladie, la rupture familiale, la chute de l’entreprise dans laquelle on avait fondé tous ses espoirs au point de tout engager… Mais aussi et le plus souvent, le prix à payer pour avoir eu l’audace d’entreprendre, de croire en demain, d’aller au bout de son rêve, de ses idées, dans un pays où l’acte d’indépendance, d’autonomie, de différence, sont toujours suspects.
Oui, une société française qui ne dit pas ses maux, mais dont le système va pourtant générer nombre d’injustices, d’occasions de perdre pied, pour peu qu’on ait eu l’audace, qu’on ait seulement osé un jour “maudit” emprunter des chemins de traverse que la logique sociétale interdisait.

Des Femmes, des Hommes qui ne plaidaient pas l’anonymat

Voilà le destin qui liait ces 150 malheureux et les milliers d’autres répartis sur l’Hexagone et dont les jours sont comptés. Ils n’étaient pas des associables, des marginaux et encore moins des chômeurs volontaires vivant au crochet de la société. Ils n’étaient pas non plus de ces squatteurs de villes, de ces rôdeurs qui déambulent dans nos rues, chiens en laisse ou pas, canette de bière en main, un tantinet provocateurs, mais bien conscients, eux, des avantages à tirer d’une société laxiste. Non, ils n’étaient pas de ceux qui ont organisé leur insolvabilité et bénéficient de tout un arsenal d’allocations en tous genres, d’un toit gratuit et chauffé. Car ils n’étaient simplement pas conseillés et suivis par des assistantes sociales particulièrement bienveillantes. Non, ils n’étaient que les oubliés, les rejets de la société made in France. Des misérables qui n’intéressaient plus personne, car même pas au fait de leurs droits. Des laissés pour comp-tes qui pourtant, durant un temps de leur vie, avaient participé à la grandeur de notre pays, cotisé chaque mois, payé leurs impôts, mais qui n’avaient pas, marqué en eux, la différence qui fait le groupe, qui fait l’intérêt de considération voire de valorisation.
Seulement des marginaux, peu au fait de la législation sociale, pas informés, sans personne pour les guider. Car, on le sait peu, mais en France, même si tu n’as jamais travaillé, jamais cotisé, même si tu n’es pas Français, si tes revenus annuels déclarés sont inférieurs à 8 000 € pour une personne ou à 14 000 € pour un couple, tu as droit à des aides qui sont d’au moins 700 €/mois pour une personne, 1 300 €/mois pour un couple. Finalement, de quoi donner l’espoir à ces malheureux, une planche de salut qui leur aurait évité la descente aux enfers. Mais qui aura pris le temps d’expliquer, de les suivre, de les sortir de la rue en engageant avec eux la reconquête de la vie sociale normale ?

 

Ils ne votaient pas…

Oui des Femmes et des Hommes de la rue malheureusement victimes de cette machine infernale que, dès lors où elle s’emballe, plus rien ne peut arrêter. D’autant si elle n’est plus, à un moment donné, entre les mains de l’humain mais de l’ordinateur qui aura été programmé pour diligenter lui-même les représailles, et ce sans discernement.
Oui, des Femmes et des Hommes, et parfois même leurs enfants, qui se retrouvent par ces nuits froides aux quatre vents, sans adresse, sans chauffage, sous des piles de cartons, à chercher à se chauffer les uns contre les autres. Tous, la foi au ventre, en attente du miracle de la vie, celui qu’on leur avait promis. Mais quand le miracle n’est plus de mise, que reste-t-il de l’espoir de reconquête, si ce n’est de franchir la porte de l’oubli éternel ?
Et pendant ce temps, ceux qui étaient censés penser une société plus humaine, plus responsable, plus juste, dorment sur leurs deux oreilles, la panse bien remplie.
Ces 150 âmes ne votaient plus, et depuis longtemps. Elles ne représentaient aucun groupe de pression et ne pouvaient de fait, être d’un intérêt quelconque pour nos grands donneurs d’ordres.

André Gérôme Gallego
Directeur de la Publication
andreg@aol.com


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