L’extrémisme

Francis Manaud

La récente élection partielle de Villeneuve sur Lot qui a vu la victoire du candidat de l’UMP sur celui du Front national est intéressante à plusieurs titres. En tout premier lieu elle a montré par l’élimination du candidat socialiste, d’une part le comportement inadmissible du député sortant, mais aussi le rapport étroit qu’il faut faire entre la politique nationale et la politique locale bien que cette dernière doive plus au député de terrain qu’aux difficultés nées d’un contexte général. A cet égard il est tout à fait dommage que les états-majors misent plus sur l’étiquette que sur la valeur réelle du candidat présenté. Bien qu’il soit un sens commun que la valeur n’attend pas le nombre des années, la jeunesse du candidat frontiste n’a certainement pas facilité sa tâche, et l’on a bien le sentiment qu’il a servi de faire-valoir pour une cause à laquelle visiblement il était étranger. Quoiqu’il en soit c’est le Front national qui a damé le pion au candidat socialiste et tout aussitôt ce dernier a demandé à ses électeurs de mettre en œuvre un front républicain pour faire barrage au candidat frontiste. Certes on a le droit de ne pas aimer un candidat ou le parti qu’il représente mais de là à encourager ses électeurs à prendre un virage à 180°, paraît totalement irréaliste et procède de la démagogie la plus primaire. D’ailleurs l’analyse des résultats tend largement à prouver que les électeurs socialistes n’ont pas suivi ce mot d’ordre et on peut les comprendre dans la mesure où personne n’est propriétaire des voix d’autrui. A vouloir de toute force faire barrage à un parti, il se peut qu’à terme, ce soit l’inverse qui se produise.

 

Une France de plus en plus désabusée

 

La seule façon valable et pour tout dire démocratique, est de raisonner tout simplement sur les programmes qui sont proposés et ce en toute lucidité. Lorsque que l’on se penche sur les programmes des partis extrêmes, on s’aperçoit sans trop de difficultés qu’ils s’efforcent de répondre tout simplement aux aspirations des gens qui les écoutent et qui les croient, alors même que les moyens à mettre en œuvre pour y parvenir sont totalement irréalistes. Penser que le Front national au pouvoir renoncerait ex abrupto à l’Euro est une parfaite utopie, tandis que croire que le Front de gauche pourrait augmenter la dette des finances publiques en multipliant par trois le salaire minimum est aussi une pure folie. Alors il faut bien en convenir : les votes extrêmes ne sont ni plus ni moins que des votes de protestation qu’il convient d’interpréter selon leur orientation et leur pourcentage comme des souhaits d’électeurs frustrés dans leur vie quotidienne. Restent donc les deux partis dominants : les socialistes avec leurs divers courants et l’UMP dont on constate aujourd’hui les nombreuses fractures internes attisées par des appétits surdimensionnés. Contrairement à ce que souhaitait le fondateur de la cinquième république l’effritement des partis politiques n’a jamais été aussi important et la difficulté d’une ligne claire et efficace de gouvernement aussi forte. Il ne reste donc que le choix de changer de république ou de se ressaisir pour retrouver une force politique capable de conduire une France de plus en plus désabusée.

 

Francis Manaud



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