L’esclavage

Francis Manaud

C’est en 2006 et le 10 mai que la France a décrété une journée nationale des mémoires de la traite négrière, de l’esclavage et de leur abolition. Ce fut l’occasion pour le président de la république de rappeler solennellement cette date célèbre par ailleurs pour le parti socialiste. Comme toujours en pareille circonstance, se pose la question de la repentance à laquelle s’ajoute l’inéluctable interrogation sur une éventuelle réparation matérielle du préjudice subi. Il est une évidence que l’esclavage a bénéficié aussi bien au continent américain qu’au continent européen, ils en ont retiré tout deux une richesse qui a fait leur prospérité durant plusieurs siècles. Cependant, il ne faut pas non plus sous-estimer l’apport que le sacrifice des hommes et des femmes qui ont eu à le subir, a apporté à l’émancipation des générations qui leur ont succédé. L’esclavage est à y bien réfléchir un phénomène indissociable de la nature humaine qui a toujours eu tendance à profiter des autres pour asseoir sa propre richesse. Il est bien évident que le travail d’un seul individu ne peut suffire à le rendre riche alors que celui d’un plus grand nombre petitement ou pas rémunéré pourra sans aucun doute accroître considérablement son profit. On peut donc tant que l’on voudra célébrer la mémoire de l’esclavage, celui-ci perdurera autant que les hommes et leur appétit à profiter de leurs semblables pourra accroître leur richesse à bon compte. Car bien sûr l’esclavage n’a jamais disparu de nos civilisations même s’il revêt aujourd’hui d’autres visages que ceux que nous avons connus du temps des romains ou du temps de la traite négrière.

 

Le récent scandale du Bengladesh

 

 

On a beau dire que la prostitution a échappé en grande partie à l’emprise des souteneurs, il n’en est pas moins vrai que les réseaux mafieux qui s’en sont emparés propagent leurs victimes dans le monde entier en profitant des facilités offertes par les moyens de communications modernes. Si pendant longtemps nos industriels de tous poils sont allés chercher de la main d’œuvre bon marché dans les pays pauvres, ce sont maintenant les industries qui se délocalisent pour permettre de produire moins cher mais aussi pour accroître les profits. Le dernier et tout récent scandale du Bengladesh est la parfaite illustration de l’esclavage moderne. Désormais on ne va plus extraire les gens de leur environnement, on les utilise sur place avec la complicité de leurs coreligionnaires qui les entassent dans des bâtiments si vétustes qu’ils finissent par s’écrouler en tuant des milliers d’hommes et de femmes. La découverte dans cet immense cimetière humain de la marque des donneurs d’ordre nous rappelle à notre responsabilité pour être les clients de ces entreprises guidées par la seule notion de profit. Et ce n’est pas leur déclaration à participer à une indemnisation qui nous empêchera de penser qu’il s’agit plus de préserver leur image de marque que d’une démarche humanitaire ou d’une quelconque repentance. Non, décidemment l’esclavage ne sera définitivement aboli que lorsque les hommes auront pris conscience de l’universalité de l’espèce et du respect qu’elle impose.

 

Francis Manaud



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