Les supporters

Francis Manaud

C’est la fin du printemps et avec lui les phases finales destinées à consacrer les meilleures équipes qui ont bataillé tout au long de l’année pour remporter les récompenses suprêmes.

Bordeaux vainqueur de la coupe de France a fêté dignement son trophée sur les bords de la Garonne tandis que Castres pouvait brandir un bouclier de Brennus fièrement remporté après un combat acharné au préjudice des guerriers toulonnais. Ce sont ainsi quatre villes qui se sont affrontées sportivement devant des supporters enthousiastes, dans une bonne ambiance. Pourtant ces deux sports différents déchaînent des passions que la raison a bien souvent du mal à comprendre. Le rugby sport viril par excellence est accompagné par des supporters que rien n’amène à reproduire dans les tribunes les affrontements guerriers souvent accompagnés par des saignements significatifs. Ils se règlent entre soi et toujours en fin de partie par une poignée de main ferme et amicale. Il faut dire que ce sport est resté sur le plan financier dans des limites raisonnables et que les enjeux demeurent encore aujourd’hui essentiellement sportifs. Il n’en va malheureusement pas de même pour le football dont les enjeux se sont dangereusement déplacés du terrain vers les tribunes et parfois au-delà. On a assisté au cours des années passées à une imbrication quasi fusionnelle entre les clubs et leurs supporters, imbrication encouragée par les dirigeants qui se rendent compte peut-être un peu tard de la dangerosité de cette situation. Il faut bien reconnaitre que dans le football, le public est tout à fait particulier surtout si l’on met en présence certaines équipes qui ont la réputation d’exacerber les passions.

 

Un spectacle navrant

 

Comment comprendre ces masses compactes de jeunes quelquefois torses nus en plein hiver qui sautent à l’unisson en scandant le nom de leur équipe. Il faut dire que la sonorisation de plus en plus bruyante ne fait rien pour modérer leur excitation. Les joueurs eux-mêmes ajoutent à ce phénomène en simulant bien souvent des agressions qui feraient bien sourire leurs homologues rugbymen. Tout cela procède d’une frénésie qui se poursuit hélas dans et en dehors des tribunes. Comment ne pas se souvenir de ce jeune Toulousain tué par des supporters serbes lors d’une rencontre européenne ? Et encore le spectacle navrant pour la France de la célébration du PSG champion de France alors que par comparaison nos voisins allemands et anglais pourtant réputés agressifs se sont comportés le mieux du monde ? Mais le pire des exemples pour la jeunesse, n’est-il pas le comportement du directeur du PSG qui bouscule dans les vestiaires l’arbitre d’un match auquel il reproche une faute ? La cause principale de tous ces maux semble à l’évidence être l’argent avec les sommes considérables mises en jeu qui conditionnent l’avenir des équipes ainsi que les motifs sous jacents de ceux qui les versent. On fait acclamer par des supporters aux petits moyens les vedettes internationales achetées à prix d’or plus pour le prestige que pour la qualité du jeu. Souhaitons que le rugby demeure le plus éloigné possible de ces travers bien que se pointent déjà les recrutements dans la zone australe susceptibles de faire basculer un public pour l’instant bon enfant.

Francis Manaud



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