Les quartiers difficiles

Francis Manaud

La cité d’Amiens, jusque-là célèbre pour sa cathédrale, a connu une série d’émeutes sans précédent. Une centaine de jeunes ont passé une soirée à tout saccager autour d’eux. Avec au total plus d’un million d’Euros de dégâts parmi lesquels une école primaire détruite en totalité et qui n’ouvrira pas à la prochaine rentrée. Bien sûr les forces de l’ordre sont intervenues pour mettre fin à ce carnage en règle, mais on peut toutefois s’étonner d’apprendre que seulement deux individus aient été interpelés, tandis que les véritables meneurs passaient une fois de plus entre les mailles du filet. On ne peut hélas que constater l’impuissance de la force publique à ramener l’ordre dans certains quartiers où se développent des bandes si bien organisées qu’elles échappent à tout contrôle et à toutes sanctions. Il est vrai que les forces de l’ordre sont soumises à rude épreuve quand on sait que des armes de guerre circulent dans les quartiers et que ces émeutes deviennent de véritables guérillas dans lesquelles nos policiers risquent leur vie. Dès lors que peut-on faire pour mettre fin à une escalade qui à terme risque de mettre à mal la stabilité d’une société de plus en plus inquiète face à la violence qui ne sait pas trouver de solutions conformes aux droits de l’homme ? La précarité de la vie dans certaines de nos cités et l’impossibilité de la société à y faire face autrement que par l’escalade de la violence, devient un problème majeur. Malheureusement la réponse à cette précarité, c’est l’organisation d’un circuit économique souterrain alimenté principalement par l’exploitation et la vente de la drogue.

Un pari audacieux

 

Il est certain que pour éviter des tensions encore plus fortes, l’Etat ne s’implique que très timidement dans la lutte contre ce fléau qui peu à peu gangrène une jeunesse qui se laisse entraîner dans un enfer d’où elle ne peut plus sortir. La faiblesse de parents trop pauvres les amène à capituler quand leurs enfants entraînés dans la spirale de ce commerce diabolique leur amènent les quelques revenus supplémentaires qui leur permettent de leur rendre la vie moins pénible. Le commerce de la drogue alimente les cités. Elles y trouvent leur force mais cela concourt à leur faiblesse. Les parents, la famille ne maîtrisent pas leurs enfants et la première autorité qui soit ne joue plus le rôle de modérateur pour lequel elle est conçue. En abaissant progressivement l’âge de la majorité, la société a peu à peu abandonné une responsabilité majeure, celle des parents. Alors désormais, il faut lutter contre la drogue et casser ce courant économique qui se nourrit de nos faiblesses. Comment faire pour y parvenir ? Et pourquoi ne pas avoir l’audace d’un Etat qui deviendrait lui-même pourvoyeur à des prix si bas qu’ils casseraient pour toujours les circuits établis ? De plus, ce faisant, cela permettrait le recensement de cette population fragile que l’on pourrait ainsi soulager et guérir une bonne fois pour toute. Un pari politique audacieux qui devrait être accepté par tous. Alors un peu de courage, il en va de l’avenir de notre société, de nos enfants, et qui plus est de la tranquillité de nos cités.

 

Francis Manaud



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