Les Privilégiés de la république…

André Gallego

Depuis 1981,la Franceabriterait-elle une nouvelle noblesse d’Etat ?

A quelques semaines du premier tour des Législatives et alors que se déroule la passation de pouvoir à l’Elysée, se pose la question quasi existentielle du traitement des privilégiés dela République.Quasiune caste qui, quoiqu’il se passe à l’Elysée ou au Parlement, vaille que vaille, d’année en année bonifie ses avantages en tous genres…

Plus de deux siècles se sont écoulés depuis la nuit du 4 août 1789, lorsque nobles et ecclésiastiques renonçaient aux privilèges liés à leur ordre pour devenir des citoyens comme les autres. Sauf que quasi dans le même tempsla Républiquefaisait naître sa propre noblesse : les hauts-fonctionnaires. Aujourd’hui ils sont 17.000 super privilégiés et pour leur plus grande majorité, tous issus des grands corps de l’administration. Pourquoi et comment cette noblesse d’Etat s’est-elle arrogée, au fil du temps, au fil des siècles même, des privilèges que l’on croyait d’un autre temps, d’une autre époque ? Oui, comment expliquer les salaires astronomiques et les avantages concoctées à l’attention d’une seule catégorie de Français ?

Ils ne sont pas les seuls ?

Mais me direz-vous, toutes les professions ou presque ont leurs privilèges et privilégiés. Voyez le statut des journalistes, des enseignants, des employés EDF et autres, des mairies de grandes villes, le train de vie et émoluments des Présidents des Départements, des Régions, des CCI, sans oublier les Elus et même quelques privilégiés à EADS, Airbus voire Air France… etc. Faudrait-il tous les supprimer ? Non, car ils ont la plupart du temps leur justification et sont aussi, ne l’oublions la résonnance légale d’élections comme d’avantages acquis justifiés. Non, il n’est pas question de supprimer tous les supposés privilégiés de l’Etat.

Sauf que si aujourd’hui, sans prévaloir sur les décisions et volontés de François Hollande, on demande aux Français de faire toujours plus d’efforts, il serait illogique et injuste que cela concerne toujours les mêmes, à savoir nous, la majorité silencieuse. C’est une question d’exemplarité, de justice. Sauf que loin des discours de circonstance et de campagne électorale la pratique semble moins appliquée à une justice de traitement entre tous les Français. Surtout si l’on sait qu’un employé modèle qui a travaillé et cotisé 40 années durant, et même plus, qui aura honoré toutes les difficultés, charges et figures imposées par l’Etat, se verra attribuer au moment de la dite retraite une mensualité de seulement 1300 euros.

Sans oublier que depuis plus de 20 ans, notre pouvoir d’achat est en nette baisse et sans aucune contre partie de mieux vivre ou de sécurité.

Ainsi, sait-on, à titre d’exemple, que parmi ces «intouchables» certains, sans avoir risqué le moindre centime pour créer un emploi, vont cumuler des retraites d’ex-PDG, avec celles d’anciens inspecteurs, par exemple des Finances. Le tout se trouvant, la plupart du temps, complété avec d’autres retraites déguisées, suite à l’occupation passagère de hauts postes et qui leurs sont rétribués sous forme d’indemnités. Sans oublier les fameuses stock-options qui ont été garanties, à certains, sans aucune obligation de résultat et qui sont toujours validées quoiqu’on puisse, ici et là le prétendre.

Avouons que tout ceci a de quoi choquer profondément, les petits fonctionnaires, comme d’ailleurs les artisans et les dirigeants des PME-PMI qui n’ont pas l’équivalence de salaires, pas de garantie d’horaires, pas d’avantages en tous genres. Même s’ils ont sacrifié leur vie familiale et engagés dans la bataille tout leur patrimoine…  Et même si on ne veut le dire, ce sont eux qui aujourd’hui permettent, encore plus qu’hier, à l’Etat France de résister

En fait qui sont ces privilégiés de la République ?

Ce sont majoritairement des hauts fonctionnaires diplômés en quasi totalité de l’ENA, polytechnique ou Normale Sup’. C’est à dire le top des tops de la fonction publique.

Comme il se doit, on les retrouve parmi les mieux payés, avec en début de carrière des salaires qui avoisinent les 6.000 euros et peuvent atteindre rapidement les 45.000 euros/mois. Des émoluments qui font rêver et auxquels il faut pourtant ajouter une kyrielle d’avantages : de la voiture, à l’appartement de fonction, en passant par toute une série de primes. Oui, ils ont des salaires d’un autre monde, des privilèges à la limite de la décence…

Alors quela Nationest en difficulté que les déficits sont annoncés partout, eux semblent faire partie d’une caste, d’un réseau d’intouchables, sans que rien ne puisse vraiment justifier une telle différence de traitement entre ces «privilégiés» dela Républiqueet le commun des mortels. C’est-à-dire vous et moi…

Certains initiés vous confieront qu’ils héritent en fait de charges, comme seule l’histoire de France a su et sait les concocter ! Prenons l’exemple de l’Inspection des Finances, c’est-à-dire l’élite de l’élite. Cette belle entité est constituée de 400 hauts fonctionnaires qui trustent les meilleurs postes à l’Elysée comme à Matignon. Bien souvent, quand l’intérêt supérieur le commande, on les retrouve en disponibilité, jusqu’à 12 ans de suite dans le privé. Bien entendu quand ils se plantent comme on l’a vu, à la tête de grandes banques, alors ils rejoignent leur administration d’origine.

Mais ce que l’on sait moins, c’est que ce mélange de l’élite «public-privé» a commencé en fait au début du XIXe siècle. Précisément, lors de la création des grands corps administratifs qui se sont constitués sous la monarchie constitutionnelle. Un corps qui trustait déjà les hauts postes dans l’administration et la banque. Un mélange des genres qui n’a pas changé. Oui, nous vivons toujours en monarchie, mais elle s’est donnée une étiquette voire un label républicain.

Les autres privilégiés de l’Etat…

 

Ils sont au Senat et on y compte pas moins de 350 hauts fonctionnaires et 870 dits petits fonctionnaires. Sauf qu’au nom de la séparation des pouvoirs entre l’exécutif, le président dela Républiqueet le Premier ministre, et le Parlement que représentent le «Sénat et l’Assemblée Nationale», personne ne peut mettre son nez justement dans les comptes du Sénat. Ni même, petite parenthèse, dans ceux du Président de la belle entité, une harmonie des genres qui va coûter, à nous contribuables, la bagatelle de plus de 300 millions d’euros par an. Résultat : le Sénat est une bonne maison, où l’Etat jette l’argent par les fenêtres avec une frénésie qui ne se dément pas. Ici vous ne pouvez pas travailler plus de 32 heures par semaines. A votre embauche, la garantie d’être payé au minimum 2300 euros par mois et sans aucun diplôme, mais avec un beau piston. Attention, ici les primes de nuit doublent votre salaire dès 19h, le double du double dès minuit et le triple à quatre heures du matin, alors que vous dormez. Il faut savoir aussi que parmi les 350 hauts fonctionnaires, 28 vont bénéficier d’appartements de fonctions, de 120 à 290 m2 ; ceux qui, standing oblige, donnent bien entendu directement sur le jardin du Luxembourg. Ces privilégiés dela Républiquevont payer un loyer immuable et imbattable de 600 euros par mois, parking et charges comprises ! Ici, pour l’anecdote, vous pouvez consommer le whisky le moins cher de France, 50 centimes d’euros le verre. Mais ce n’est pas la seule denrée qui ne connaît pas la crise des surtaxes… Non, ce n’est pas un hasard si certains voudraient mettre leur nez dans les comptes du Sénat !

Mais ils ne sont pas les seuls ?

Ainsi à l’Education Nationale les privilégiés, sans obligation de résultats, pourraient avoir pour fonction «Proviseurs des grands lycées», particulièrement parisiens. En effet ces derniers, au-delà de salaires importants, peuvent bénéficier eux aussi d’appartements de fonction gratuits, net d’impôts, allant jusqu’à 390m2. Ils ne sont pas les seuls dans ce cas, voyez les Conseillers d’Etat qui disent le droit, les Conseillers à la Cour des Comptes qui doivent traquer l’utilisation anormale de l’argent de l’Etat. Sauf, pour ces derniers avec une petite nuance que leur rappelle la République : l’obligation de résultat. Mais franchement, là comme ailleurs, qui peut garantir que l’optimisation de résultats est la règle incontournable ?

Un statut purement gaulois ?

 

A l’inverse de ce que certains voudraient nous faire croire, aucune équivalence de privilèges, n’existe dans aucun autre pays au monde. Seule la France a su créer ce «mal franco-français» qui pourrait se doubler d’une autre injustice, celle de voir ces hauts fonctionnaires devenir Sénateurs ou Députés. Car dans ce beau pays qui est le nôtre le mélange des genres existe et là pas de distinction de «Droite ou de Gauche». Ump/PS, même solidarité…

André Gallego

Directeur de l’information



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