Les élections italiennes

Francis Manaud

L’Italie ces derniers jours ne cesse de faire parler d’elle. En tout premier lieu avec la renonciation papale à poursuivre sa mission divine pour des raisons dont lui seul détient la clef mais que des rumeurs insistantes n’attribuent pas toujours aux causes annoncées. Et puis plus terre à terre, les récentes élections qui provoquent un profond séisme non seulement dans le pays mais aussi dans l’Europe entière ; preuve en est, la chute constatée sur toutes les places boursières européennes. Quand on analyse les résultats de ces élections, on constate qu’elles ne permettent pas à l’un ou l’autre des partis en présence d’avoir une majorité suffisante, mais encore qu’il va falloir pour constituer cette majorité que des compromis soient trouvés entre des formations dont les projets sont très éloignés les uns des autres. Cet état de fait nous rappelle étrangement ce que fut notre quatrième république très souvent paralysée par des divergences qui faisaient chuter les gouvernements. De façon très claire, les Italiens refusent les diktats de Bruxelles et la politique d’austérité de Gustavo Prodi qui jette tous les pays du sud de l’Europe dans une spirale de chômage sans précédent. Les Italiens tout comme les Français attendent de leur gouvernement le relâchement de l’étreinte fiscale qui leur est imposée pour réduire un déficit qui s’est creusé au fil des années. C’est bien là que l’on constate la différence de comportement de chacun des pays de la zone euro dont beaucoup ne supportent pas la rigueur imposée par les pays du nord qui ont horreur de voir filer les déficits de l’Etat sans pouvoir les compenser par une dévaluation monétaire interdite par la Banque Centrale Européenne.

 

Résistera-t-il au chant des sirènes ?

 

Mais ce qui interpelle le plus, c’est sans aucun doute le score réalisé par Beppe Grillo, ce comédien qui se place en troisième position et qui pourrait être une variable d’appoint incontournable. La question que l’on est en droit de se poser, c’est de comprendre pourquoi et comment cet homme étranger au monde politique a pu engranger autant de suffrages ? En fait son succès correspond à la défiance grandissante que l’on ressent également en France des hommes politiques dont les discours divergent, mais dont les résultats demeurent identiques. Il n’est donc absolument pas étonnant que Beppe Grillo ait totalement exclu de s’associer pour gouverner avec l’un ou l’autre des partis en présence. Le faire serait pour son électorat en totale contradiction avec ses promesses électorales. Mais résistera-t-il au chant des sirènes qui ne manquera pas de se faire entendre, accompagné sans nul doute par des avantages substantiels ? Les voix qui se sont portées sur son nom sont sans nul doute des voix protestataires comme l’auraient été celles qui se seraient portées sur Coluche si ce dernier n’avait pas renoncé fort à propos au dernier moment. Cette façon de s’exprimer en dehors de toute connaissance politique est sûrement plus efficace que l’abstention et le vote nul qui ne sont jamais pris en compte. Que deviendront les rapports entre l’Italie et Bruxelles ? Il est à parier qu’ils ne vont pas s’améliorer.

 

Françis Manaud



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