Thomas Simonian
Thomas
Simonian

Le tram à Toulouse

Francis Manaud

Ceux qui sont nés après les années cinquante n’ont pas pu connaître le tram à Toulouse car ce dernier a disparu de nos rues au début des années soixante. Le dernier à avoir circulé partait de la place Lafourcade pour aller jusqu’aux Ponts Jumeaux et traversait donc Toulouse le long des boulevards et d’une partie du Canal. Après de très longues discussions sur la pertinence de mettre fin à ses services, il lui fut préféré l’autobus qui engendrait moins de bouchons dans l’attente de la montée et de la descente les voyageurs. La circulation centrale dans les rues mettait donc fin à une présence qui gênait la voiture de plus en plus présente et dévoreuse d’espace. « Dommage » disaient les nostalgiques de cette époque que la présence mécanique de ce jouet à taille humaine n’arrêtait pas de ravir. Alimenté en électricité par une flèche terminée par une roulette que les soubresauts faisaient parfois sortir du câble d’alimentation, il fallait alors que la préposée à la remorque remette tout en place en tirant sur la corde prévue à cet effet non sans efforts. Tout cela sous le regard amusé des badauds et de leurs commentaires plus ou moins courtois. On pouvait ainsi parcourir Toulouse,  toutes ses rues magnifiques surtout l’été en profitant de la douceur du climat. Il arrivait parfois qu’attiré par un chanteur à voix à la terrasse du grand café des Américains, le public n’empiète sur les rails.

 

Les autos vont devoir se serrer la ceinture

 

Alors comme une marque de respect, le tram s’arrêtait pour permettre au ténor de pousser la note finale puis repartait comme si de rien n’était. Nous voilà aujourd’hui cinquante ans après tandis que le tram va refaire son entrée dans la ville. Oui, mais ce tram-là n’a rien à voir avec celui que les anciens ont connu. Celui-là circulera en site quasiment propre et ne croisera les automobiles qu’à de très rares exceptions. Mais alors sa priorité sera absolue, ce qui promet sans aucun doute de spectaculaires accidents. Il n’aura rien à voir avec les antiques machines, sa forme profilée rappellera opportunément les trains à grande vitesse mais sûrement pas pour les mêmes performances. Les sièges seront confortables, mais les cabines totalement fermées ne permettront pas de respirer l’air frais du printemps. Les conducteurs prisonniers de leur cabine seront assis quand leurs glorieux anciens conduisaient debout ; de quoi provoquer aujourd’hui une grève syndicale quasiment illimitée. Enfin et surtout pour lui tracer son parcours, beaucoup de sacrifices au détriment des allées et autres avenues autrefois si propices à la promenade en famille. Les autos vont devoir se serrer la ceinture, désormais privées d’un bitume si durement conquis. Reléguées au pourtour de la ville, à quoi bientôt servira d’en acquérir si ce n’est pour maintenir une industrie plus ou moins moribonde et des autoroutes qui profitent aux sociétés du CAC 40 ? Il faut donc espérer que cette initiative sera bénéfique pour notre ville, sans quoi comme cinquante ans en arrière, il faudra y renoncer après avoir tant souffert pour le voir arriver !

 

Francis Manaud


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