Le suicide de trop…?

L’actualité nous ramène malheureusement encore une fois à la détresse d’un homme qui n’a eu pour exutoire que l’acte extrême : le suicide.
Le fait qu’il appartienne professionnellement à un fleuron de l’économie française, n’a pas vraiment de grande signification, pour expliquer son geste. Mais surtout, cela ne peut en aucun cas dédouaner une société où, majoritairement, le mal de vivre est de plus en plus grand, tant les facteurs d’injustice, de laissés pour compte sont légion.
En France, on le dit peu, mais chaque année, les suicides font plus de morts* que les accidents de la route. Ainsi, ce sont 200.000 hospitalisations qui sont directement liées à une tentative de suicide. Et 60 % parmi eux, n’hésiteront pas à répéter ce geste… Avec une statistique implacable qui rapporte que 4 à 5 fois plus de femmes sont concernées par ce “meurtre de soi”. Des suicides qui devraient nous interpeller tous, nul n’étant à l’abri d’être touché de près ou de loin par un tel accident ;
Nous interroger sur le comment et le pourquoi, qui vont pousser un être que nous fréquentons tous les jours, avec qui nous partageons des passions, des espoirs, est du jour au lendemain capable de passer à l’acte… Sans que rien, en apparence, ne nous permette de détecter le risque encouru, par lui. Car, ne l’oublions pas, ces femmes, ces hommes, ces enfants, sont toutes des victimes de la vie. Et surtout, elles nous désignent clairement comme seuls responsables de ne pas avoir vu venir l’irréparable ; de ne pas avoir fait en sorte que l’Autre soit simplement autorisé à exister, à vivre… Oui, c’est ce sentiment de “non-existence” pour l’Autre qui va générer l’acte autodestructeur…

 

Comment anticiper ?

Comme toujours, à l’origine de ces suicides, les facteurs sont, en général et majoritairement, de l’ordre familial et affectif. Avec, pour ces victimes de la vie en commun, l’impression d’être incomprises voire rejetées. Les conditions de travail, les difficultés socio-économiques, le manque d’épanouissement proposé par une société seulement avide de gains supérieurs et de rendement, viennent, c’est une évidence reconnue, compléter cette sensation de mal être…
Mais ne nous cachons pas la vérité, depuis quelques décennies, nous participons tous, à un degré ou un autre, à construire une société France, où l’Homme n’est plus au cœur de nos préoccupations. Une société intellectuellement malhonnête et injuste qui n’ose dire ses maux et encore moins les affronter. Ici, c’est connu, on ne pardonne pas la moindre faiblesse. Une injustice chronique que l’on retrouve à tous les échelons de la société française. Ici, un manque de considération, là l’oubli de tolérance envers l’Autre, envers une catégorie de personnes… Ici on favorise l’ami qui partage les mêmes convictions politiques, culturelles voire cultuelles, là pour les mêmes raisons, on condamne, sans se poser de questions…
En fait on se sent peu concerné par le devenir de l’Autre, peu sensible à une évolution harmonieuse de son environnement. Et pourtant que serions-nous sans l’Autre qui n’est, ne l’oublions surtout pas, que le miroir de nous-mêmes.
Une société déformée, incapable de nous refléter, un à un, ce que nous sommes vraiment tant les réserves, vis-à-vis de l’Autre, sont nombreuses… Une société qui ne nous livrera que l’évidence du moment, sans pour autant nous indiquer ni la marche à suivre, ni le chemin pour demain aller vers l’Autre, sans crainte… Une société qui ne suscitera même pas la prise de conscience, le sens de la responsabilité, tant elle est recroquevillée sur elle-même.  
Finalement, quand allons-nous enfin décider de tomber les masques, d’être simplement nous-mêmes ? Aujourd’hui, comment faire table rase sur tant d’incompréhension, de privation, de peines inavouées, de découragements, d’illusions qui ont fixé à jamais le temps loin de la logique attendue. Mais aussi que de fenêtres définitivement fermées sur le présent, sur l’avenir, si l’on ne réagit pas…
Car, là comme ailleurs, comment entrevoir l’avenir ensemble sans avoir réglé le passé avec soi-même, comme avec les autres.
Autant de remises en questions qui cornent le long apprentissage de la vie, le passage obligé pour grandir, pour se rapprocher de l’Autre, pour qu’il ne soit plus le reflet de l’illusion mais celui de la certitude.
L’Autre, n’est-il pas le plus court chemin pour aller à soi ?  Alors pourquoi le refuser, pourquoi refuser l’évidence…

André Gérôme Gallego
Directeur de la Publication
andreg@ol.com

* Les suicides représentent, en moyenne,
plus de 12 000 morts pas an…


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.