Le renoncement

Francis Manaud

Jérôme Cahuzac vient de jeter l’éponge. Il ne se présentera pas à la prochaine élection partielle de Villeneuve sur Lot. Il faut bien dire que l’ensemble de sa démarche a paru bien étrange après ses aveux de tricherie un temps couverts par le mensonge. Incontestablement habité par le virus de la politique, il lui a fallu un long moment de réflexion pour ce résoudre à conclure que sa popularité acquise auprès de ses électeurs ne résisterait pas à la morale populaire fortement ancrée dans ce milieu rural pétri de tradition familiale. Il aurait pu dans un premier temps ne pas renoncer à son siège de député comme la loi l’y autorisait après sa démission du gouvernement. Son éviction du parti socialiste l’aurait mis dans une situation inconfortable en le reléguant sur les bancs des non inscrits, sans parler de l’accueil qu’il aurait reçu auprès de ses collègues toutes sensibilités confondues, pour s’être montré parjure à leur égard. Après tout il lui restait à reconquérir son honneur auprès d’un électorat dont il pouvait penser que sa faute ne vaudrait pas face à une action sur le terrain qui lui valait l’estime et la reconnaissance de tous.

 

Faculté de l’oubli

 

Il faut bien dire que les gens du peuple sont si éloignés de toutes ces questions d’évasion fiscale qu’il aurait pu penser qu’elles n’auraient aucune incidence comparée à l’efficacité dont il avait fait preuve tout au long de sa carrière politique tournée vers le service de la collectivité. S’être brûlé les ailes dans le microcosme parisien ne vaudrait pas nécessairement dire aussi sur les terres lotoises. Et puis comme toujours, il y a eu les inévitables sondages sans lesquels les hommes et les partis politiques ne peuvent respirer ! Curieusement celui initié par le parti socialiste ne le créditait que de 11% des voix, de quoi l’inciter à renoncer, tandis que le sondage concurrent le créditait de 20% des voix et lui donnait l’espoir d’une possible victoire. Donner raison au peuple eut été une incontestable victoire sur l’adversité, c’était un pari risqué dont le gain eut été à la hauteur du risque. Mais en cas de défaite, il perdait non seulement tout espoir de revenir en politique, mais encore il risquait de faire perdre le siège au parti socialiste, ce qui à coup sûr lui fermait à tout jamais la porte d’un retour en grâce toujours possible une fois ses ennuis judiciaires passés. Reste désormais à savoir s’il a bien dit toute la vérité ou si l’évasion fiscale dont il a confessé l’existence ne se résume pas uniquement en un désir d’éviter des économies d’impôts, ce qui est hélas le cas de beaucoup de ceux qui procèdent de la sorte. Quoiqu’il en soit la brigade financière n’aura de cesse que de mettre à plat l’ensemble du dossier et de remonter tout le parcours des fonds de l’origine à la conclusion. Alors et alors seulement, Jérôme Cahuzac pourra prétendre à renouer avec ses amis, avec Villeneuve et avec un monde politique dont la faculté de l’oubli est une qualité première.

 

Francis Manaud



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