Le mur de la honte

Francis Manaud

C’est en 1981 que le parlement français a aboli la peine de mort. Certains se sont réjouis, d’autres auraient voulu conserver ce châtiment suprême dont il est vrai que son application n’a jamais fait la preuve de la moindre dissuasion pour prévenir les crimes. Lorsqu’un retour à quelques années en arrière nous permet de nous interroger sur la mise en œuvre de son application, on pense immanquablement aux réquisitions du procureur amené à réclamer la tête d’un accusé au vue d’un ou des actes commis. On doit imaginer ce magistrat, confronté aux éléments du dossier qui en son âme et conscience en s’appuyant sur les textes de loi et au terme d’un réquisitoire circonstancié et lourd de conséquence, demander aux jurés la peine de mort. Certes il reste entre lui et cette peine de mort le jury et le président de la république, mais il n’en est pas moins vrai qu’il demeure le déclencheur, celui que l’on doit suivre ou ne pas suivre. Juger est difficile, condamner l’est tout autant et pour ce faire, il faut former des hommes et des femmes capables de faire une totale abstraction de leurs sentiments personnels pour ne s’en tenir qu’aux faits, uniquement aux faits. Jusqu’en 1974, ces sentiments personnels ne transparurent jamais, l’obligation de réserve s’imposant de lui-même à une profession qui se devait être totalement neutre vis-à-vis d’un penchant politique quelconque.

 

Basse vengeance

 

L’union syndicale de la magistrature et le syndicat des magistrats devaient mettre fin à cette neutralité pour que soit mise au grand jour la tendance politique des magistrats bien que par définition les syndicalistes clament ne pas appartenir à un mouvement politique. A partir de là l’indépendance des magistrats vis-à-vis des partis politique et par là même du pouvoir, pouvait être sujette à caution, chacun se trouvant plus ou moins étiqueté de droite ou de gauche suivant son appartenance à tel ou tel autre syndicat. C’est ainsi que les affaires politiquement sensibles qui de temps à autres secouent l’exécutif, voient leurs orientations judiciaires se faire en fonction d’intérêts qui n’ont rien à faire avec la justice elle-même. C’est la découverte du « mur des cons » au syndicat de la magistrature qui a mis en exergue ce phénomène des a priori et l’esprit mal sain qui préside à l’intérieur de cette institution. On se croirait dans un bureau de la police judiciaire avec la photo d’individus recherchés pour un quelconque délit. Comment porter dès lors crédit à des hommes et des femmes formés et éduqués à respecter une bienveillante neutralité ? Pire encore, oser faire figurer sur ce mur les portraits de pères dont les enfants furent assassinés par des récidivistes remis en liberté par une justice incapable de discerner leur dangerosité. Basse vengeance inadmissible de professionnels qui refusent de se remettre en question. Dommage que ce mur ne soit pas une glace dans laquelle ces syndicalistes auraient pu voir leur propre tête et souhaitons que le conseil supérieur de la magistrature applique une sanction à la hauteur de cette honteuse plaisanterie.

 

Francis Manaud



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