Le grand doute

Francis Manaud

Décidément, en ce moment chaque jour amène son lot de surprises. L’assemblée nationale a voté d’une seule voix droite et gauche confondues pour la poursuite de la présence de nos soldats au Mali ; un consensus que l’on souhaiterait pour qu’émergent enfin des solutions qui permettraient à notre économie de retrouver les chemins de la croissance. Contrairement à cela, nous voilà replongés dans une confrontation idéologique qui concerne les homosexuels et la loi qui leur ouvre la possibilité du mariage. Bien sûr cette loi était l’un des engagements au programme du futur président de la République, il était donc logique qu’il veuille la faire passer pour tenir cette promesse. Pour autant, on peut se demander si la précipitation était de mise dans un domaine où il pouvait être urgent d’attendre. Certes la population homosexuelle souhaitait ardemment que l’on s’intéresse à sa juste demande d’apporter une solution légale et pérenne à sa revendication sur le mariage. Dans le contexte économique actuel qui la touche aussi bien sinon plus que les autres catégories de la population, elle aurait pu accepter d’attendre encore quelque temps que les affaires du pays se stabilisent. Au lieu de cela, la précipitation risque d’avoir ouvert une boîte de Pandore dont le pays n’a nullement besoin. La discussion légitime qui a traîné en longueur à l’assemblée, n’a fait que faire naître les exaspérations, et conforter les opposants au projet dans leur détermination à voir le président de la République renoncer à faire voter une loi comme le président Mitterrand l’avait fait en son temps au sujet de l’école libre.

 

Un choix risqué

 

Mais renoncer aurait eu deux conséquences fâcheuses pour le pouvoir. D’une part trahir la promesse faite à une partie de son électorat déjà fortement traumatisé par la fermeture des usines sidérurgiques et d’autre part, se trouver en face d’une opposition triomphante devant le recul du pouvoir. La loi est maintenant votée et ce que l’on peut craindre, c’est la détermination sans faille des opposants qui continuent malgré tout à manifester dans les rues au risque d’amalgamer des groupes d’extrémistes dont les motivations sont loin de celles des manifestants pacifiques. Qui peut prédire sans se tromper que les choses ne dépasseront pas largement le cadre strict de la loi et que le vaste mouvement engagé ne débouchera pas sur une homophobie généralisée ? Il est certain qu’avoir voulu trop prouver et sans attendre, les tensions vont s’exacerber et risquent d’engendrer des victimes de part et d’autres des affrontements. Des voix que l’on peut qualifier de modérées avaient suggéré de recourir à un référendum, ce qui compte tenu du caractère profondément sociétal du problème aurait permis au pouvoir en place de se défausser sur la majorité populaire sans perdre la face. Il n’est pas douteux que la réponse à la simple question « acceptez-vous le mariage pour tous ?» dépouillée de toute autre considération aurait été « oui ». Les questions d’adoption auraient pu être traitées ultérieurement. En ne prenant pas cette voie, le pouvoir a fait un choix risqué sur la cohésion sociale en ces temps de crise. Le doute est légitimement permis.

 

Francis Manaud



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