Le fait religieux à l’Ecole ?

Pourquoi pas, si nous nous rappelons que nous sommes… «Tous semblables à des nains assis sur des épaules de géants. Que si nous voyons davantage de choses que les anciens, et de plus lointaines, ça n’est point grâce à l’acuité de notre vue ou à la hauteur de notre taille. C’est parce qu’ils nous portent et nous haussent de leur hauteur gigantesque» Bernard de Chartres – Epistola XCII (XIIème siècle)

Oui, l’Ecole doit-elle mieux prendre en compte, dans ses classes et dès le plus jeune âge : le fait religieux ? C’est la question que se posent, de plus en plus, bon nombre d’enseignants qui sont confrontés au quotidien à cette demande bien spécifique. Mais c’est aussi le cas de chercheurs voire de spécialistes des faits de sociétés qui tentent d’imaginer nos lendemains. Sans oublier les modestes parents que nous sommes, probablement même les plus informés, les plus au fait des enjeux qui se jouent, se trament même dans les cours de récréation et surtout au dehors. Conscients aussi qu’à force de trop réfléchir, de ne pas vouloir froisser les susceptibilités des uns et des autres, de ne pas regarder la vérité en face, on laissera passer le train. On finira par donner raison à Albert Einstein qui disait : «Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les regardent sans rien faire».
Et pourtant, nous savons tous que si demain l’Ecole n’intègre pas dans son cursus, le fait religieux, ce sont les religions qui s’occuperont de nos écoles. Naguère justement dans nos écoles, chaque jour commençait pas un cours d’instruction civique, pour apprendre à connaître l’Autre, mesurer ce qu’on lui doit comme ce qu’il nous doit. Rappeler que l’on ne peut grandir bien qu’ensemble. Alors pourquoi ne pas enseigner dans nos écoles la science et l’histoire des religions dans une branche spécifique, bien définie ?
Il est idiot de faire croire, hier comme aujourd’hui, que les religions ne sont pas centrales dans l’histoire des sociétés. Pourquoi minimiser le fait que ses fondamentaux peuvent et doivent toujours plus s’appuyer sur la recherche académique ? Ne risque-t-on pas alors, en ne faisant rien, d’en laisser une vision incohérente ou minimisée ? Plus grave, d’offrir à d’autres l’opportunité d’en faire un champ d’action où seule la bonne parole d’un clan servira de conduite à tenir et surtout à imposer aux autres ?
Bien entendu, cet enseignement se doit de ne pas être confessionnel et sans but prosélyte. Car, il s’agit d’étudier les religions en les regardant “de l’extérieur”, comme des produits de la culture humaine. Bien entendu, les élèves rechigneront à aborder des notions plus fondamentales comme le rite, le sacrifice ou le mythe. A contrario, d’autres plus informés, plus pratiquants, peineront parfois à entrer dans une démarche plus critique. Autre question et non des moindres, comment prendre de la distance par rapport au modèle-judéo-chrétien, comment se référer suffisamment à l’islam ?  
Dans notre culture européenne, doit-on ou pas accorder une priorité voire faire une plus large part au christianisme ? Car, consciemment ou non, il est quand même le point de référence de la majorité des élèves, du fait de la culture dans laquelle nous avons grandi, dans laquelle nous vivons. 

 

Peut-on rester neutre ?
 
Je pense que oui, dès l’instant où l’on peut analyser le fonctionnement d’un phénomène religieux et tenter de se mettre à la place du croyant, sans le juger. Même si cela ne conduit pas à légitimer des valeurs auxquelles on n’adhère pas ou que l’on réprouve, comme l’inégalité des sexes. Il ne s’agit pas de nier ses références, mais de prendre conscience particulièrement dans les trois religions monothéistes qu’à travers des siècles elles se sont nourries et continuent à se nourrir les unes des autres. L’islam, la dernière, est là pour parachever l’œuvre et non pas pour créer la division.
Pour conclure, qu’on le veuille ou non, les questions religieuses se posent et se sont toujours posées à l’école via les élèves et leurs questionnements. Si l’école ne répond pas, l’élève ira chercher ailleurs. Et tôt ou tard, on prendra le risque que ces questions reviennent à l’école mais sous forme de réponses, que l’on peut supposer radicales et définitives. A-t-on le droit de courir le risque, même si l’on se doit de se garder tout à la fois de stigmatiser comme d’être naïf ?

André Gérôme Gallego
Directeur de la publication
andreg@aol.com


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