Le difficile Métier…

… D’enseignant, trop souvent critiqué, jamais égalé et pourtant pourquoi ne pas l’écrire…
C’est une certitude : les problèmes de l’Education nationale ne se résument probablement pas à la réforme du bac. Voire même à l’aménagement d’horaires, ou encore à l’introduction ou pas d’une dose de contrôle continu.
Mais plus sûrement à ce péché inavoué qui concerne simplement celui des ressources humaines de ce grand service public. Faiblesse principale qui devrait susciter toutes les attentions et même l’exclusive sollicitude d’une Nation responsable. Sauf à accepter que cette immense communauté de plus d’un million de fonctionnaires, soit la seule à pouvoir se passer de la notion de gestion des ressources humaines, au point qu’elle n’ait pas droit de cité dans le débat.
En fait quels sont les thèmes, les sujets les plus souvent abordés, les plus souvent sources d’oppositions entre les différents partenaires ? Ceux qui concernent, toujours plus d’obtentions de moyens supplémentaires aussi bien humains que budgétaires*. Une principale revendication qui revient chaque année comme un leitmotiv, probablement pour gommer tous les manquements constatés ici et là. Comme si l’image de l’Education Nationale ne reposait, ne pouvait se résumer qu’à des exigences financières et sans obligation de résultats.
Prétextes stratégiques portés à tour de rôles par les forces syndicales aussi bien côté enseignants, étudiants, élèves, que de la part de parents d’élèves le plus souvent solidaires. Toujours en opposition aux ministres qui, quelque soient leurs étiquettes, se sont succédé rue de Grenelle. Ces derniers, de leurs côtés, se sont toujours réjouis d’avoir offert toujours plus de moyens.
En fait, un langage de sourds, offert comme une fin en soi, d’avoir obtenu des progressions de budgets qui, cumulées sur une ou deux décennies, sont tout à fait impressionnants. Et tant pis si la vox populi ne cesse de répondre en écho que «ce n’est pas assez !»
Mais personne pour oser dire que le vrai problème de l’Education Nationale pourrait ne pas être quantitatif mais plutôt qualitatif ? Car là comme ailleurs, et osons même dire plus qu’ailleurs, la logique constatée en bien des domaines, devrait ici s’appliquer. Une organisation, quelle qu’elle soit et y compris dans le service public, ne vaut que par la qualité des hommes et des femmes qui la composent. Certes, nos enseignants sont pour la plupart d’une très grande qualité et l’enseignement proposé dans nos écoles est parmi les plus reconnus au monde. Pourtant quelles certitudes ou faiblesses coupables, nous interdisent de poser les questions qui pourraient déranger ? Sommes-nous aussi sûrs de nos valeurs pérennes pour ne pas oser briser les tabous ? Pourquoi, en permanence, repousser d’un revers de manche, une remise en question permanente, légitimée par une recherche quasi constante de la qualité en tous domaines. En fait comment y croire, comment y parvenir si l’atout essentiel, la gestion des ressources humaines, n’est pas la priorité de notre Education nationale.

Le devenir de nos enfants…

Car même en soulevant concrètement la question de la qualité, comme certains Ministre, Claude Allègre en tête, l’ont tenté, l’on ne résout rien, si l’on se contente de se limiter à ce seul constat. Voire même, en jouant sur l’effet d’une annonce médiatique du type «dégraisser le Mammouth» et en agressant toute une catégorie de personnes de prendre le risque de compliquer d’avantage encore la situation. Bien sûr, l’on a fait des progrès en améliorant la formation, initiale et continue des IUFM (Instituts Universitaires de Formation des Maîtres), confortée dans son nouveau statut avec le rapprochement des Universités. Une idée-force qui commence aujourd’hui à porter ses fruits. Mais reste à ne pas limiter l’apprentissage du métier d’enseignant, dans sa dimension tant théorique que pratique, car là aussi apprendre les “ficelles du métier” est aussi important que de maîtriser parfaitement la discipline enseignée. Un simple constat, ou volonté qui pourrait conduire à réfléchir d’autorité à l’allongement probable de la durée de la période de formation professionnelle stricto sensu. Sans oublier qu’il reste essentiel de renforcer la formation tout au long de sa carrière, tant il est vrai que, dans tous les métiers, la mise à jour périodique des connaissances et des méthodes est une nécessité.   Autre point d’importance, avec la récompense au mérite, à la valeur, à l’engagement professionnel. Certes l’avancement au choix est là, mais beaucoup d’enseignants n’ont-ils pas l’impression que ceux d’entre eux qui s’investissent à fond dans leur métier, et ils sont la très grande majorité, sont au total à peu près traités comme les autres ? Voire parfois, moins bien pour peu qu’ils ne soient pas du bon côté syndical.
La qualité, c’est la motivation, la responsabilisation, l’incitation au travail en équipe. Autant de “signes distinctifs” qui ne sont pas tous entrés dans les moeurs. La faute à qui ?
Je crois qu’on se donnerait de meilleures chances d’atteindre ces objectifs si la “gestion” des hommes et des femmes de l’Education nationale était plus proche du terrain. C’est-à-dire, j’ose le mot : plus décentralisée. Et pas seulement au niveau de l’Académie, mais carrément au niveau de l’établissement. Ainsi, le chef d’établissement devrait avoir les moyens administratifs et même financiers de jouer vraiment le rôle de chef d’orchestre au milieu de son équipe éducative. J’ai conscience que ces propositions ne vont pas dans le sens du poil syndical. Mais il en va du devenir de nos enfants. Ca vaut la peine d’y penser et surtout d’agir.
A nous de faire évoluer le débat…

André-Gérôme Gallego
Directeur de la Publication


* Ce qui est parfois vrai, notamment dans l’enseignement supérieur où la Nation dépense «ou investit» sensiblement moins, par tête d’étudiant, que dans les grands pays développés.



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