Le compromis

Francis Manaud

Le gouvernement avait donné trois mois aux partenaires sociaux pour se mettre d’accord sur les nouveaux rapports destinés à gérer les rapports patrons et salariés compte tenu de l’aggravation du chômage avec des perspectives des plus pessimistes pour l’année 2013. Le challenge consistait à favoriser la flexibilité de l’emploi et dans le même temps conforter la situation des emplois les plus précaires. Si un accord a été conclu, faut-il s’en réjouir pour autant ? En premier lieu, il convient de remarquer que les deux principales centrales ouvrières la CGT et FO n’ont pas signé cet accord. Cela augure dans les semaines et les mois à venir de conflits sociaux qui mettront dans la rue les salariés menacés de licenciements dans les grandes entreprises françaises. En second lieu, l’accord trouvé l’a été en quelque sorte sous la contrainte d’un gouvernement qui de toute façon avait décidé quoiqu’il arrive de légiférer en cas d’échec des négociations. Dans un tel contexte, il paraît évident qu’il fallait coûte que coûte trouver un compromis entre parties prenantes, sous peine de voir le gouvernement accoucher d’un compromis qui n’aurait satisfait personne et aggravé encore plus un climat déjà très tendu. Il n’en est pas moins vrai que le mal français dans ce domaine est beaucoup plus profond qu’il n’y paraît car il est dû à la structure même de nos entreprises et de leur répartition sur le territoire. En effet, comment imaginer un seul instant qu’une entreprise multinationale puisse être gérée comme une simple entreprise artisanale ?

 

Ce sacrosaint code du travail

Et pourtant notre sacrosainte manie de l’égalité nous oblige à respecter la loi écrite sur ce non moins sacrosaint code du travail dont l’épaisseur fait aussi peur que la complexité des feuilles de payes. Et cette loi est identique qu’il s’agisse de Total ou bien de l’épicier du coin. La France a toujours eu peur des simplifications et a sans cesse voulu traiter des cas particuliers dans un contexte général de peur d’avoir à se déjuger. Il en résulte les difficultés à ce que les jeunes hésitent à s’engager dans la création des entreprises et si toutefois ils y parviennent, ils se trouvent pris dans un carcan dont bien souvent ils ne peuvent sortir que par l’abandon de leurs ambitions. On croit rêver quand on se souvient de ces employés de Lehman Brothers leur carton d’effets sous le bras partir sans se retourner vers le chômage et la recherche d’un autre emploi. Certes l’image était dure mais elle montrait aussi la volonté de s’assumer quoiqu’il arrive sans avoir recours à la sempiternelle contestation qui paralyse nos entreprises françaises. Bien sûr, trop c’est trop mais trouver un moyen terme serait tout à fait possible sans s’accrocher aux incontournables avantages acquis. C’est en donnant de la respiration aux choses qu’on les fait vivre et non en les étouffant. Il y a dans notre pays trop de différences de tailles dans les entreprises pour qu’elles soient soumises aux mêmes régimes. Soyons fermes et structurés pour les grandes et souples et conciliants avec les petites en sachant que c’est leur multiplicité qui est à la fois notre force et notre souplesse. L’accord trouvé ne tient pas assez compte de tout cela, l’avenir nous l’apprendra.

 

Francis Manaud



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