Le bon sens…

En permanence et quelque soit le domaine abordé, l’on nous demande d’avoir du bon sens. Le bon sens, cet intermédiaire entre l’ignorance et la connaissance. Entre la sphère théorique où l’on s’entend rarement sur le sens d’un mot ou d’une idée et la sphère pratique où l’on doit agir, le plus souvent sans être assuré de pouvoir le faire en toute connaissance de cause. Tout en imaginant le risque du grand vide, que seul le bon sens peut et doit combler, effacer d’un revers de main.

 

Oui, ce bon sens que l’on demande à nos dirigeants politiques, ceux que l’on a choisis pour qu’ils aient, le moment venu la saine et droite raison. Cette lumière qui dépasse le sens commun de l’intelligence avec laquelle naît la plupart des personnes. Une capacité à bien juger, sans se laisser aller à la passion, celle qui jamais, on le sait, ne permet de résoudre les problèmes présents ou à venir.

On ne le dit pas assez, on ne l’accepte pas assez, mais le bon sens est l’une des principales conditions de la liberté de pensée et de ses hautes et inutiles voltiges, comme le filet sera la condition des prouesses du saltimbanque. On peut toujours, avec un minimum de risques, laisser les théoriciens se contredire, sur les raisons de faire ceci ou cela, mais à la condition que l’on ait l’assurance que le bon sens prévaudra au moment inéluctable d’agir… et de choisir pour agir.

Sauf qu’aujourd’hui la France du bon sens semble un peu trop fréquemment en déroute et que surtout le pire qui reste à craindre serait que l’on s’habitue justement à cette déroute.

 

Un pas de plus vers l’illusion

 

À l’occasion de ces Présidentielles, devant le spectacle offert par les candidats au devoir suprême, force est de constater que la France du bon sens, que les autres nous enviaient naguère, semble vouloir laisser place à un brouillard d’illusions, qui nous proposeraient des promesses de lendemains quelque peu incertains. Car si au temps des Descartes et consorts, le bon sens était la chose la mieux partagée au monde, aujourd’hui, l’on se doit de se tempérer car les mentalités ont bien changé. Et comme dirait ma concierge dont le Littré est le livre de chevet, «Oui tout doit tendre au bon sens, mais attention, pour y parvenir, de ne pas oublier que le chemin est glissant et l’équilibre pénible à tenir. Plus, pour peu que l’on s’en écarte et aussitôt la menace arrive du risque de s’éliminer tout seul d’un jeu devenu subitement trop grand pour soi.» On sera prévenu…

 

Savoir oublier pour mieux construire…

 

Le bon sens consiste aussi à savoir se souvenir, mais encore et probablement plus et surtout, à savoir oublier. Le bon sens est l’effort d’un esprit qui s’adapte et se réadapte sans cesse, changeant d’idée quand il change d’objet, de situation, d’interlocuteur, de défi à relever. C’est une mobilité de l’intelligence qui se règle exactement sur la mobilité des choses. C’est la continuité mouvante de notre attention à la vie, de cette impression de ne pas être là par hasard mais pour construire, donner un sens supérieur aux choses. C’est Don Quichotte qui part en guerre, contre des géants, contre des moulins à vent, imprimant de fait au bon sens, une notion de risque et d’insouciance. Celle qui permet de passer les plus beaux torrents de difficultés, tout en restant digne, debout et libre.

Le bon sens, cette chose du monde la mieux partagée, car tout un chacun pense, avec raison, en être pourvu. Avec en défi personnel, proposé à chacun de nous et qui serait d’être à même de bien juger pour savoir distinguer le vrai du faux et ainsi se rapprocher un peu plus de la raison. Comprendre qu’il est naturel que la diversité de nos opinions ne vient pas de ce que les uns sont plus raisonnables que les autres, mais seulement de ce que nous conduisons nos pensées par diverses voies, et ne considérons pas aux choses, aux actes les mêmes importances. Car ce n’est pas assez d’avoir l’esprit bon, mais le principal est de savoir à bon escient. Sans oublier que les plus grandes âmes sont capables des plus grands vices aussi bien que des plus grandes vertus. Que ceux qui ne marchent que fort lentement peuvent avancer beaucoup plus vite, s’ils suivent toujours le droit chemin, que ne font ceux qui courent et qui s’en éloignent.»
comme nous le rappelle Descartes. C’est naturel, les jeunes sont les plus rapides et pensent pouvoir s’offrir facilement la victoire. Sauf que c’est trop vite oublier que les anciens connaissent les raccourcis et peuvent encore les surprendre, comme le relève le bon sens.

Aujourd’hui, en France et quelque soit le domaine abordé, le lieu fréquenté, la critique est facile. En fait «il semble difficile d’accepter d’être content de quelqu’un», pour rappeler cette sévère parole de La Bruyère.

Pourtant le bon sens veut que chacun s’adapte aux conditions réelles de la vie en société que l’on n’a pas le droit de condamner l’Autre, pour peu qu’il amène dans le discours une autre vision, une autre approche du problème. De se garder en permanence de considérer l’Autre comme si j’étais un spectateur qui a payé sa place et qui veut qu’on lui plaise, qu’il en ait pour son argent… Prétendre, en permanence modeler les choses, et exclusivement, sur l’idée ou l’intérêt que l’on a, comme trop de marchands de sommeil veulent nous le faire admettre, nous mènerait droit dans le mur. Alors que la vérité, l’intérêt de tous voudraient que l’on adapte ses idées sur la réalité des choses, la vérité du quotidien et pour le meilleur du plus grand nombre.

Reste à chacun à faire son examen de conscience et de savoir s’il n’est pas un tantinet responsable, à son niveau, sur ce mal être qui habite chacun de nous.

Qu’on se le dise !…

 

André Gallego

Directeur de l’Information

 

 



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