Le bijoutier de Nice

Francis Manaud

Ce fait divers qui vient de secouer la France est l’exemple même de la différence qui existe entre la loi et le sentiment populaire. Dans son intervention après la fin de la garde-à-vue du commerçant, le procureur de la république a parfaitement défini la position de la justice par rapport aux faits tels qu’ils s’étaient déroulés tout en tenant compte de l’émotion soulevée dans la population en le libérant sous conditions. La difficulté dans ce genre d’affaire, est de comprendre l’émotion et la peur ressentie par ce commerçant qui vient d’être menacé avec une arme, qui vient de perdre une partie de son bien et qui pour se protéger a une arme près de lui. La détention d’armes n’est autorisée en France qu’à des conditions très strictes et il semble que sur ce point, il ait été en défaut. Victime d’un réflexe que l’on peut tout à fait comprendre, il a tiré et tué l’un des voleurs qui s’enfuyait alors qu’à ce moment très précis, il ne semblait pas être menacé et donc n’était pas en état de légitime défense. Le voilà donc sous le coup d’un homicide volontaire, et de victime, il devient désormais accusé. Oui on peut comprendre ce raisonnement fait dans la tranquillité d’un cabinet d’un juge d’instruction, il en va différemment quand on est dans l’action, la peur et l’angoisse de perdre une fois de plus le fruit de son travail et se résoudre au combat toujours difficile avec son assurance. D’ailleurs à ce propos, il est une obligation de tout faire pour éviter un sinistre, vouloir récupérer son bien en voulant arrêter le voleur va bien dans ce sens. Et puis, que fait la société pour protéger dans pareil cas ses citoyens ?

 

L’ambiguïté de notre société

 

Peu ou pas de choses quand l’on apprend que le voleur est déjà titulaire d’une multitude de condamnations qui rendent incompréhensible sa liberté. Si l’auto-défense est interdite, alors il faut que la société répare matériellement le préjudice subi, mais cela bien sûr n’est pas prévu dans des textes de loi. Il reste donc l’indignation qui s’exprime largement par le soutien dont cet homme a bénéficié de la part d’une société qui en a assez de se faire voler par des individus sans scrupules. Dans un autre ordre d’idée, si l’on peut comprendre la douleur éprouvée par la famille de la victime, on est en droit de s’interroger sur sa responsabilité. N’a-t-elle pas laissé dériver cet enfant dans la délinquance ? Vouloir lui donner la parole est pour tout dire irréel, l’humilité devrait être de mise. Mais tout cela sera bien entendu mis en avant lors du procès qui ne manquera pas de se tenir. Si la légitime défense n’est pas reconnue, il est vraisemblable qu’il y aura un procès d’assises où l’on voit mal qu’un jury populaire puisse entrer en condamnation. Si au contraire c’est en correctionnelle que le commerçant est jugé, alors les magistrats ne pourront qu’appliquer la loi et condamneront non plus en fonction du climat mais en fonction des textes et de la loi. C’est là toute l’ambigüité de notre société qui doit admettre que le peuple est souvent en contradiction avec les lois votées par ses représentants.

 

Francis Manaud



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