L’Abbé Pierre nous l’avait soufflé…

Oui, l’Abbé Pierre avec sa lucidité légendaire, son expérience terrain, nous l’avait suggéré voilà quelques années, lors de ses prises de positions légendaires. Alors, que le Saint Homme nous avait tout dit : «Toute société qui n’emploie pas ce qu’elle produit à améliorer le sort des déshérités, mais à augmenter le bien-être de ceux qui sont déjà heureux, est condamnée au déclin et à la mort. Ouvrez les yeux sur ce qui se passe ici même, autour de vous. Osez regarder et agissez». La crise financière comme la crise de confiance qui s’installe aujourd’hui, me la rappelle encore plus vive, plus actuelle ; m’incite à vous la faire partager comme à m’interroger avec bon nombre de questions qui toutes ont du mal à livrer des réponses cohérentes, responsables.
Alors, c’est vrai que quand on y pense, pour sauver quelques banquiers imprudents et légers, les seuls Etats Américains et Européens ont réussi à trouver en quelques jours trois mille milliards de dollars. Pourtant, depuis l’an 2000, ces mêmes Etats, à quelques exceptions près, ont refusé l’aide promise aux pays pauvres ; aide qui ne s’élevait pourtant, si j’ose dire, qu’à quelque 150 millions de dollars. Une somme qu’ils s’étaient pourtant tous engagés, dans le cadre du programme de l’ONU “Objectifs du Millénaire”, à apporter chaque année dans un tronc commun. Un programme, un défi à relever qui devait permettre, d’ici 2015, de sauver les pays pauvres de la famine, des grandes pandémies comme le Sida, le Paludisme, la Tuberculose, l’illettrisme et bon nombre de discriminations dont sont, toujours plus, victimes les femmes. Permettre à nous, les nantis, d’enfin pouvoir se regarder en face.

1 seul milliard sauverait 10 millions d’âmes…

Alors aujourd’hui, où en sommes-nous ? Pas utile d’attendre le énième bilan sur le sujet de l’ONU, comme des associations caritatives sur le terrain. La faim dans le monde continue, en valeur absolue, à croître. Sait-on que plus de 1 000 millions de personnes se couchent tous les soirs la faim au ventre et se meurent lentement ? Les décès des enfants de moins de cinq ans sont toujours considérables. La moitié de la population mondiale n’a toujours pas accès à l’eau. Alors qu’il suffirait d’un seul milliard de dollars. Oui, un seul milliard de dollars pour inverser la tendance et permettre, d’ici à 2015, de sauver les vies de plus de 10 millions de mères et leurs enfants.  
Bien entendu, la crise financière actuelle doit impérativement être enrayée. Mais pourquoi ne pas la considérer comme une opportunité exceptionnelle qui devrait nous inciter à repenser le Monde, repenser particulièrement les équilibres Nord/Sud ?
Tenez, comme un clin d’œil, un rappel : sait-on que le mot “crise” trouve son origine dans le mot grec Krisis, qui signifie “décision”. Plus, en chinois, le même mot “crise”, est composé de deux idéogrammes l’un signifiant “danger” et l’autre “opportunité de changement”. Alors oui, dans un cas comme dans l’autre, la “crise” représente le moment opportun pour prendre la décision, c’est le temps du choix.
On le sait, comme moyen d’action, le capital n’est ni bon, ni mauvais. Il dépend avant tout des êtres humains qui le servent et de leurs consciences, à en faire une énergie de solidarité et d’équité !
Cette crise mondiale est l’occasion pour les Hommes de dépasser leur “moi particulier”. De cesser leur égocentrique chronique, de cesser de répondre aux pulsions de l’utilitarisme restreint et immédiat, pour accéder à un “moi universel” seul capable d’adopter et de garantir une perspective plus vaste et plus globale. Oui, il faut savoir faire de la solidarité, du partage, l’essence même de l’humanité.
Ne nous illusionnons pas : la crise présente est profonde, bien plus incontrôlable que ne nous le donnent à voir les soubresauts du système financier. Mais quel qu’en soit le prix à payer, peut-être est-il finalement heureux qu’il ne puisse être envisagé d’autre issue qu’une refonte véritable et sincère de la perspective humaine. Qu’enfin l’on se décide à privilégier l’être plutôt que l’avoir, l’union plutôt que la division, l’amour de son prochain plutôt que la haine.

André-Gérôme Gallego
Directeur de la Publication
andreg@aol.com


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