La règle 20/80 Et l’Assemblée Nationale

Si l’on vous parle de la règle 20/80… À quoi pensez-vous ?

Évidemment, si vous ne connaissez pas cette loi des 20/80, à rien ! Mais pour ceux pour qui cela évoque quelque chose, je parie fort que le nom de Pareto va vous revenir très vite à l’esprit…

Bref, que vous connaissiez ou non ce principe des 20/80 ou 80/20, son explication reste des plus simples. Vilfredo Pareto est ce sociologue et économiste italien du début du XXe siècle, qui parmi ces nombreuses activités, sociologie, politique, économie, statistiques, nous révèle l’observation qui va le rendre célèbre : 20% de la population mondiale possède 80% des richesses de la planète.

Une observation que d’autres vont généraliser par la suite, notamment Joseph Juran (1954) sous le nom de «distribution de Pareto», pour l’étendre finalement à d’autres domaines, pour ne pas dire tous, sous le terme de «loi de Pareto». Certes une loi empirique, diront les spécialistes de l’analyse, mais dont pourtant nul ne peut expliquer la résonance quasi fatidique sur le comportement humain.

Pour ma part, incidemment, depuis quelques mois, je pense souvent à me replonger un peu dans cette loi de Pareto pour mieux appréhender voire expliquer le spectacle peu réjouissant que nous offre notre société. Car en fait de nombreux phénomènes, quasi universels, obéissent à la loi des 20/80. Si vous ne me croyez pas, expérimentez- la, autour de vous et généralement vous constaterez que 20% des causes produisent 80% des effets ou que 20% des facteurs influencent 80% de l’objectif. Et comme relevait le maître : «Dans tout groupe de choses contribuant à un effet commun, la majeure partie de l’effet est attribuable à un nombre relativement faible de ces choses.»

 

Ce principe des 20/80 s’applique bien entendu à la sociologie, mais pas seulement : au niveau de l’entreprise, en marketing, aux ressources humaines, et bien entendu aussi en politique. Ainsi c’est contrôlable : 20% des clients représentent 80% du chiffre d’affaires ; 20% des clients sont aussi à l’origine de 80% des réclamations. C’est bien connu, 20% des élèves d’une classe demandent 80% de l’énergie d’un enseignant ; 20% de la population paient 80% des impôts. Mais surtout, 20% des hommes ou femmes politiques détiennent 80% de l’espace débat ; comme 20% des entreprises réalisent 80% du PIB ; alors que 20% des pays émettent 80% des gaz à effet de serre… etc…

Mais au-delà de ces statistiques fondamentales, Vilfredo Pareto relève que les humains se disputent les avantages de l’existence en essayant de légitimer leur soif pour affaiblir les rivaux. Avec une lucidité des plus rares, il souligne aussi que toute population sociale est composée de deux couches : une couche inférieure qui comprend tous ceux qui ne réussissent que médiocrement dans la vie et une couche supérieure, l’élite, qui comprend tous ceux qui réussissent, dans quelque domaine que ce soit, tout en se divisant aussi en deux forces complémentaires : l’élite non-gouvernementale et l’élite gouvernementale.

C’est aussi dans le même esprit et surtout en dehors de toute considération morale et dans le ton de la provocation, mais avec beaucoup de lucidité, d’expérience de la vie qu’il va attribuer aux membres de l’élite de très bonnes notes, de 1 à 10, mais de la manière suivante : «A l’habile escroc qui trompe les gens et sait échapper aux peines du code pénal, je lui attribue 8, 9 ou 10, suivant le nombre de dupes qu’il aura su prendre dans ses filets et l’argent qu’il aura su leur soutirer. Au petit escroc qui dérobe un service de table à son traiteur et se fait prendre comme un idiot par les gendarmes, je lui donne 1» ; ou encore «A la femme journaliste, qui a su capter les bonnes grâces d’un homme puissant, et qui joue un rôle dans le gouvernement qu’il exerce de la chose publique, elle méritera une note telle que 8 ou 9. A la gourgandine qui ne fait que satisfaire les sens de ces hommes, et n’a aucune action sur la chose publique, elle ne vaut pas plus de 0

Ne voyons là aucune allusion au rappel du comportement de telle ou telle personnalité connue ou supposée telle. Mais quand même cela porte à réflexion.

Tout est conséquence de force ou de ruse

Pour Pareto, toute société est caractérisée par la nature de son élite gouvernementale, 20% qui s’imposent soit par la force, soit par la ruse, comme dirigeante de la couche inférieure, 80%. Car pour lui, il est dit que toute élite politique est soit lionne soit renarde, lutte pour sa vie ; la révolution juste étant une illusion.

L’histoire des sociétés, nous dit-il, est celle de la succession de minorités privilégiées qui se forment, qui luttent, qui arrivent au pouvoir, en profitent et tombent en décadence, pour être remplacées par d’autres minorités. Les élites se détruisent elles-mêmes par la guerre, ou s’amollissent dans la paix. Les renards, les rusés, succèdent alors aux lions, les forts, puis finissent par succomber eux-mêmes à l’assaut des lions ennemis. Alors, si l’élite gouvernementale est, déjà, contrôlée par les vieux renards, ceux-ci, par crainte des jeunes lions de la couche inférieure, feront tout pour les éliminer, jusqu’au moment où, ne pouvant plus résister à la pression, ce sont eux qui seront alors éliminés. Cela ne vous rappelle-t-il rien ?

Donc, nous dit-il, si l’élite gouvernementale est encore assez forte, son intérêt sera d’intégrer, par la mobilité sociale, les lions de la couche inférieure : c’est, selon Pareto, ce que fait intelligemment, depuis des siècles, l’Establishment britannique…

Pour ma part, c’est promis je vais devenir Lion…

 

Mais entre nous, en ce moment je réfléchis déjà à Murphy… Oui, la loi de Murphy, cela vous dit quelque chose ? Non ? Elle est aussi connue comme la Loi de «l’Emmerdement Maximum», ou Loi de la «tartine beurrée»… En fait la Loi de Murphy est, avec le chaos, la relativité et la mécanique quantique, l’une des plus grandes découvertes du siècle passé, rien que ça, faite par le Capitaine Edward A. Murphy Jr. Celui qui a dit : «S’il existe deux ou plusieurs manières de faire quelque chose et si l’une de ces manières est susceptible de se solder par une catastrophe, on peut être certain que quelqu’un se débrouillera pour la choisir».

Cela nous pend au nez, vous êtes prévenus…

André-Gérôme Gallego

Directeur de la rédaction

andreg@aol.com

 



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Le temps imparti est dépassé. Merci de saisir de nouveau le CAPTCHA.