La nature a horreur du vide…

Les Français sont-ils malades d’un pessimisme chronique ? Sommes-nous un peuple incapable d’optimisme, seulement conditionné pour se plaindre en permanence de tout et de rien ? Seulement intéressé à ne voir dans le quotidien que la matière à nous faire râler en permanence ?
Plus, dans le même esprit, faut-il croire la rumeur étrangère qui pourtant nous dédie un amour fou, mais avec une belle lucidité nous rappelle que si pour d’autres Européens les banalités sont considérées comme l’honorable substance de la conversation, les Français quant à eux préfèreront toujours un mensonge bien dit à une vérité mal formulée. Voilà qui poserait le décor d’une conviction partagée ! Pour certains, parmi nous, c’est quasi l’estocade si les mêmes, bien pensants étrangers, n’appuyaient pas sur le sens des circonstances atténuantes, qu’ils définiront par un peuple malade du cafard chronique…
Un peuple où règnera toujours l’insatisfaction au point de voir toujours dans l’Autre le drame de sa vie. Oubliant tout simplement d’accepter le destin, d’oser toujours le courage de l’affrontement pour éviter de concevoir des dérobades orchestrées. Oui, un peuple qui aura bien du mal à se retrouver autour d’une même idée, d’un même combat et même d’une victoire… Exception faite à la Libération quoique… Et aussi il faut bien le dire en 98 avec la victoire des Bleus, après avoir bien critiqué, déjà, le sélectionneur…
C’est Voltaire qui disait : je suis «Né… tué…», tant il avait le sentiment que le goût à la fête, à la joie de vivre lui avait échappé dès le berceau. Pourtant la vie quand elle n’est pas souffrance, pourrait être le plus merveilleux des jeux. Sauf que sans la souffrance physique, le plaisir du devoir accompli, comment apprécier le moment vécu ? Où sont les fondements de la vraie vie ; celle qui mérite que l’on se lève chaque matin le défi dans le corps, justement pour ne pas la perdre. Pour ne pas la brûler par le petit bout de la chandelle, sans avoir rien appris d’elle, sans l’avoir marquée de notre empreinte. Alors, pour autant, dans ce pays qui a vu grandir et s’exprimer les meilleurs penseurs, les esprits les plus critiques comme les plus libres, pourquoi encore aujourd’hui, à l’aurore de ma vie, pour me sentir protégé, dois-je apprendre à me révéler, à me sentir sérieux, enfin moi, que dans l’obscurité ? Pourquoi à la lumière des autres devrais-je paraître faible et léger devant tout ? Oui, pourquoi à la lumière des autres, ici dans ce qui est mon pays, ma ville, devrais-je ne pas oser exprimer ma pensée par peur du croche-pied, des représailles inavouées officiellement ? Serait-ce vraiment la seule manière de me protéger des autres ? Le «vivons cachés pour être heureux» serait donc toujours plus d’actualité, aujourd’hui qu’hier ? C’est vrai que la bêtise humaine voit partout des objectifs à atteindre dans la seule optique de nuire à l’autre et bien souvent «le crime est gratuit…». Pourtant, restons lucides, rien ne vaut un rêve d’avance à partager…

La Grandeur de la France…

Probablement que c’était vrai hier, mais aujourd’hui ? Car ce qui a fait et fait encore notre pays, c’est cette fascination pour le bien vivre français, le bon goût des plaisirs choyés. Car il est notoire que pour exister, l’on se doit de jouir du moment comme du plaisir de plaire. Et la France sait plaire quand elle est libre, joyeuse, engagée pour défendre l’humanité, remettre l’Homme au cœur de nos préoccupations. Etre ce phare qui guide et encourage vers la meilleure destinée. Sauf qu’aujourd’hui, que reste-t-il de cette force, de cette audace supérieure ? L’intelligence, la philosophie, l’art, le savoir français, dans leur dimension suprême, ne semblent plus inscrits dans nos valeurs d’appartenance au monde du compréhensible. Quand la France était encore capable de transformer les concepts en mythes, qu’elle était capable de nous faire rêver ; de nous donner matière à nous projeter dans l’avenir, de donner du sentiment vivant aux idées, la valeur d’appartenance était indiscutable et pas discutée. Qu’en est-il aujourd’hui ? Qui pour rallumer la flamme ?

 

Une pincée de spirituel…

La vitalité d’un peuple ne se lit-elle pas dans une fiction capable d’engendrer des espoirs et d’y faire adhérer le plus grand nombre ? Lutter, souffrir, être fier et mourir pour elle, voilà qui révèle la force intuitive d’une Nation. Hier les idées de la France ont été des idées vitales pour lesquelles on s’est battu corps et âmes. Si la France conserve encore aujourd’hui une place prépondérante, un rôle décisif, dans le monde c’est pour cette force passée. Cette force de croire en demain louée ici et là pour l’exemple qui allait transformer le rêve en réalité. Mais aujourd’hui les Français ne peuvent plus ni croire, ni animer l’espoir en demain. Le ridicule les guette en permanence, ils ne sont plus crédibles. Et la décadence pourrait nous guetter si d’aventure nous ne prenions plus la force de rêver encore en demain… Alors posons-nous la question : si, à ce peuple de France, il manquait simplement une pincée de spirituel pour se surpasser ? On le sait, si l’intelligence n’est pas greffée sur le cœur elle se trouve de fait stérile. Il est temps d’y penser, la crise est latente, structurelle et à terme elle sera mortelle.
A force d’aller de désillusions en désillusions, le Peuple n’attend plus rien de bon de demain. Aujourd’hui s’installe, dans toutes les couches de la société le désabusement, pour ne pas dire le dégoût de tout, une intolérance à vivre l’avenir. Les Français se sont usés à être et à paraître. Ils ne s’aiment plus, n’ont plus le goût au patriotisme, au devoir supérieur qui scelle l’esprit de Nation. Celui qui pousse, coûte que coûte, à se surpasser dans l’intérêt de tous.
Si au soir de la civilisation gréco-romaine, le stoïcisme, scella l’idée de “Citoyen du Monde”, c’était parce qu’aucun idéal local ne contentait l’individu rassasié d’une géographie immédiate et sentimentale. A contrario, notre époque qui nous propose l’accès à tout dans l’instant, nous rassasie aussi de tout dans le même temps. Mais dans les faits, annihile toute part de rêve, de besoin de croire pour se surpasser et goûter à la victoire, celle qui forge l’esprit et marque le destin… Un individu désabusé dès son plus jeune âge contribue de fait à sa propre dégénérescence au point d’entraîner à terme la décadence du microcosme où il était censé s’épanouir et par contagion la société où il lui était promis de s’épanouir.
Sauf que le danger de l’implosion nous guette, d’autant si on a le sentiment que ceux qui ont le pouvoir de changer les choses, entendez par là : la classe politique dans son ensemble, nos syndicats, nos corporatismes en tous genres, n’ont pas vraiment pris conscience de l’ampleur des dégâts. Oubliant de fait que quand on ne croit plus à rien, les sens deviennent religion et l’estomac finalité. Constat d’autant plus prégnant que depuis que la France a renié sa vocation de grande soeur de l’Eglise, aujourd’hui il est ridicule de confier que l’on est croyant, alors la manducation s’est élevée au rang de rituel.
Un pays tout entier qui ne croit plus à rien, quel spectacle exaltant sur l’instant pour se donner la force de revendiquer tout et rien. Mais ô combien dégradant pour l’individu qui ose se regarder, s’affronter ! Et puis, entendre ici et là, du dernier des citoyens au plus lucide, à tort ou à raison, que la France n’existe plus, que l’on nous a capté toute ambition et donc tout pouvoir, que nous sommes finis, puisque nous n’avons plus d’avenir, n’est-ce pas l’encouragement à l’annonce d’une décadence avancée ? La porte ouverte à tous les excès en tous domaines et surtout à tous ces marchands de rêves en tous genres, prêts à capter l’intérêt de ces proies faciles. Car combien se sont abandonnés avec volupté dans l’essence de l’amertume, se sont délectés du manque d’espoir d’une société, pour asseoir leur fond de commerce dévastateur ? Combien de fois ont-ils roulé leurs frissons désabusés sur des plaies à peine ouvertes, dans le seul intérêt d’engager le chaos et ainsi favoriser leurs scenarii de dictateurs déguisés en prophètes.

Une jeunesse en danger…

La plus facile à capter, notre jeunesse qui comme de logique est si avide de liberté, de désir de montrer sa capacité à entreprendre. Mais justement par ses actes d’excès n’exprime-t-elle pas, à nous ses aînés, son désappointement devant les réalités du quotidien. A titre d’exemple, ces beuveries géantes qui font l’opinion et sont organisées le temps d’une nuit. Quelques heures pour tout oublier, s’évader de ce quotidien qui n’apporte plus sa part de rêve ; ne serait-ce pas là un appel au secours ? D’autant que c’est bien connu, le commun des mortels, trouvera toujours plus facile de s’épanouir en surface plutôt que de désarmer en profondeur à vouloir lutter à contre courant en recherche de vérité coûte que coûte… D’autant si la victoire n’apporte pas plus de mérite et de mieux vivre qu’à celui qui aura su nager dans des eaux troubles à la recherche du parrainage, de la couleur qui ouvre sans efforts les portes du paradis. L’actualité est là pour nous le démontrer chaque jour : «Dis moi qui tu es et je te dirai…»
Et pourtant un peuple sans un rêve d’avance à partager, sans l’espoir supérieur que le meilleur est à venir est-il capable de grandir, de s’épanouir en toute liberté ? D’aller au bout de lui-même pour se révéler autre mais surtout pour montrer à ceux qu’il aime que dans cette France qu’il a dans les tripes, d’autant pour ceux qui l’ont choisie, qu’ici tout est possible à qui veut s’en donner les moyens. Prendre force et conscience que nous sommes tous inscrits dans une chaîne humaine dont la force dépend, du maillon le plus faible. Qu’il est écrit que de toute façon tôt ou tard nous pouvons être ce maillon-là et, pour éviter le chaos qui nous guette, qu’il est préférable de prendre conscience au plus tôt que nous ne sommes rien sans les autres. Que chacun de nos actes de la vie, bons ou mauvais, sont écrits dans nos mémoires supérieures et que tôt ou tard l’addition nous sera proposée.
Alors avant d’agir, pensons à l’Autre…  

André Gérôme Gallego
Directeur de la publication
andreg@aol.com


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