La Justice à la barre

Francis Manaud

La mise en examen de Nicolas Sarkozy a créé un certain émoi aussi bien à droite qu’à gauche et il faut bien dire que les comportements des uns et des autres ont souvent été des plus affligeants. Les rapports entre la justice et l’Etat ont toujours posé problème, les responsables politiques pensant que la justice cherche d’une façon ou d’une autre à les impliquer plus avant qu’il ne faudrait dans des affaires où ils sont appelés en cause. La justice quant à elle voudrait peser plus qu’elle n’est autorisée à le faire dans le débat politique dont elle ne se considère que comme un faire-valoir, chargée d’appliquer des lois dont elle n’est en rien à l’origine. De plus, la magistrature debout est plus ou moins suspectée d’être aux ordres du pouvoir, et de fait ses liens avec la politique au travers du Garde des sceaux et de la Chancellerie ne sont pas faits pour faire croire à son impartialité. C’est dans ce contexte que le tribunal de Bordeaux et plus exactement trois juges d’instruction ont eu à connaître des rapports que l’ancien président a pu entretenir avec la femme la plus riche de France sur un financement illicite de sa campagne électorale. Trois juges en formation collégiale ont pris la décision de mettre l’ancien président en examen en donnant comme motif l’abus de faiblesse. Tollé général de la part des amis de Nicolas Sarkozy et parmi l’un des plus virulent Henri Guaino qui n’a pas hésité à qualifier cette décision de déshonneur pour la France.

 

Que les politiques aboient…

 

Pour justifier sa colère, il met en avant le fait que l’on voit mal comment un ancien président de la république pourrait s’abaisser à profiter de la faiblesse d’une vieille personne. Certes on peut le suivre sur ce chemin, mais si abus il y a eu, Nicolas Sarkozy n’était pas encore président, il prétendait alors rêver de la fonction en se rasant le matin et pourquoi pas pour y parvenir se laisser aller à des pratiques morales douteuses ? Le juge peut légitimement se poser la question en mettant en lumière toutes les hypothèses. Même constatation lorsque dans l’affaire Bernard Tapie, Christine Lagarde s’écrie « J’ai une tête à être copine avec Tapie ? » Bien sûr les deux têtes mises à côté l’une de l’autre, on comprend son indignation, mais qu’en est-il si elle reçoit un ordre supérieur de procéder à un arbitrage ? Là encore un juge ne peut en aucun cas se prononcer sur des impressions mais sur des faits ou des témoignages précis qui seuls peuvent entrainer sa conviction. Juger est difficile et d’autant plus que des personnes influentes sont en cause et dont on sait bien que les décisions à prendre seront observées à la loupe. Croire qu’un juge peut prendre une décision non pas en fonction des faits mais en fonction de sentiments personnels est une utopie car si tel était le cas, il devrait en conscience demander son dessaisissement, sans oublier ce qui est fondamental, que la collégialité est en soit une garantie d’impartialité. Dans tous les cas, l’autorité judiciaire doit être d’autant plus respectée que les voies de recours sont si nombreuses que les erreurs sont pratiquement impossibles. Alors que les conseils fassent leur travail. Que les politiques aboient et que la justice passe.

 

Francis Manaud



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