La Jurisprudence Eric Zemmour

A trop manier l’invective et la provocation, un jour on finit par franchir la ligne blanche. Eric Zemmour a franchi cette ligne le jour où, par ses propos, il a légitimé les contrôles au faciès et la discrimination à l’embauche.
Voilà près d’un an, le 6 mars 2010 dans l’émission de Thierry Ardisson “Salut les terriens”, sur Canal+, il s’était indigné après l’intervention d’une invitée, sur les contrôles au faciès : «Mais pourquoi on est contrôlé 17 fois ? Pourquoi ? Parce que la plupart des trafiquants sont noirs et arabes, c’est comme ça, c’est un fait». Le même jour, sur une autre chaîne, il avait estimé, en réponse à une question qui lui était posée, que les employeurs «ont le droit» de refuser des Arabes ou des Noirs. C’est alors que le MRAP, SOS Racisme et même la Licra, portaient l’affaire devant les tribunaux sous le motif de «diffamation à caractère racial», voire même «provocation à la discrimination raciale». C’est ce deuxième motif qui sera en fait retenu par le tribunal.
Ce dernier considérant que le polémiste avait bien incité à la discrimination raciale car, «par cette phrase catégorique et péremptoire, il justifie directement et clairement les contrôles, aussi arbitraires que systématiques, envers certaines catégories de population». Concernant les propos sur la discrimination à l’embauche, les magistrats ont jugé que le prévenu ne pouvait «légitimer une pratique illégale, en la présentant comme licite.»
Pour autant, dans le même dossier, le tribunal va relaxer le chroniqueur des faits de diffamation. En effet, écrit-il, «malgré le caractère abrupt et sans nuance du propos, qui a pu choquer de nombreuses personnes», le passage sur les trafiquants «n’est pas diffamatoire», car Eric Zemmour «n’affirme ni ne sous-entend l’existence d’un lien de causalité avéré ou possible entre l’origine ou la couleur de peau et une sur-représentativité prétendue parmi les trafiquants.»
Alors, certains prétendront comme George Orwell que «parler de liberté n’a de sens qu’à condition que ce soit la liberté de dire aux gens ce qu’ils n’ont pas envie d’entendre.» Sauf qu’en la circonstance, Eric Zemmour a bien dépassé les limites autorisées du droit à la liberté d’expression et ce est d’autant plus réprimandable que c’est un professionnel des médias. Un homme de l’expression écrite et parlée qui revendique la maîtrise des mots comme leur portée. Certes son interlocutrice du moment l’a provoqué, mais quand même. Oui, ce journaliste vedette, par son statut professionnel, par ses origines même, se devrait, plus que d’autres et en permanence, à la mesure, à l’exemplarité. Et pourquoi ne pas reprendre pour livre de chevet les fameux “Accords Toltèques”, comme «quadruple» précaution…

 

Joseph Kessel pour contradicteur ?

Mais c’est surtout le moment de se remémorer les propos d’un certain Joseph Kessel, lors de sa réception à l’Académie Française. Des propos, qui sont et restent toujours plus d’une grande actualité et devraient même orner les façades de nos écoles, collèges et lycées. Ce jour-là, ce dernier proclamait avec une infinie grandeur son attachement au Judaïsme et à son destin… Il dira notamment «Croyez-en quelqu’un qui a beaucoup voyagé, beaucoup écouté et prêté une attention profonde aux voix des hommes qui ont souffert et souffrent encore de la discrimination, des hommes en mal d’équité, de dignité. En m’accueillant parmi vous, vous avez marqué que les origines d’un être humain n’ont rien à faire avec le jugement que l’on doit porter sur lui…».
A propos d’un journalisme de l’authentique, il dira, plus tard «celui qui a une curiosité insatiable, une sensibilité inégalable, l’œil et la plume également justes». Ajoutant : «La télévision et la presse : deux forces différentes. Les images touchent davantage les sens. L’écriture, quand elle est digne de ce nom, s’adresse mieux à l’intelligence…» Des paroles, des écrits à méditer pour que demain nos enfants soient garantis de pouvoir grandir en toute sécurité dans notre pays, mais aussi ailleurs. Un devoir d’exemplarité qui nous incombe à nous tous, porteurs de vérités…

 

La jurisprudence ?

Mais ce jugement aura aussi rappelé à leur devoir d’indignation sélective les associations en question toujours prêtes à bondir pour certains dérapages mais pas pour d’autres. Ainsi espère-t-on les voir réagir, s’indigner, porter devant les tribunaux les rappeurs qui voudront «niquer nos mères». Ceux qui cracheront leur venin sur tout ce qui n’est pas arabe ou noir… Dans le même temps, on espère tout autant voir nos tribunaux sanctionner, certes ces fameux artistes, mais aussi leurs producteurs, les promoteurs comme les diffuseurs de ces chefs d’œuvres culturels. Et pourquoi pas les maires qui accueillent et prêtent leurs salles de spectacles ? S’indigner aussi quand d’autres vont arracher le drapeau français sur la façade du Capitole à Toulouse, pour fêter la qualification de l’Algérie au mondial de foot. Quand des barbares vont massacrer un gamin pour le motif qu’il est juif ou un autre parce qu’il aura la folie de prendre pour des raisons professionnelles des photos de lampadaires, dans un quartier dit difficile. Voire même la Fnac quand elle organise un concours de photos et va récompenser celle qui voit un homme s’essuyer les fesses avec le drapeau tricolore… Et pourquoi pas la patronne d’Areva qui elle, préfère éviter d’embaucher des «blancs» ?
Mais il ne faut pas oublier de s’indigner aussi sur le sort réservé par la France aux Harkis. S’indigner quand une Algérienne qui a du sang de français innocents sur les mains vient, en toute impunité, se soigner en France et loge dans un palace…
Certes, il n’y a pas de lieu, dans la société française, où les propos racistes ne peuvent se tenir impunément. Mais le droit comme le devoir rappellent aussi que dans notre pays, on ne peut accepter des indignations à deux vitesses. Le racisme n’a ni couleur, ni religion. Il est inscrit dans nos gênes. Mais heureusement pour notre société, nous sommes nombreux à nous soigner. Sauf qu’aujour-d’hui à vouloir toujours plus “victimiser” les mêmes, voire à encourager ce postulat pour des raisons de fond de commerce politique, on va finir par créer, dans le pays des Droits de l’Homme, le rejet d’une partie de nos concitoyens. Des Français, comme vous et moi, qui participent à la richesse de notre pays et ne sont en rien responsables des dérapages stratégiques d’une minorité.
En terre de France, oui, toutes les immigrations ont eu leur lot de souffrance, qu’elle soit italienne, espagnole, portugaise, polonaise, “Pied Noir” et surtout Harki… Mais leurs enfants sont aujourd’hui avant tout Français, même si leur cœur bat toujours pour les origines de leurs parents.
Oui Eric Zemmour aura un soir “pété les plombs”, mais ceux qui pensent avoir gagné aujourd’hui et lui avoir “cloué le bec”… Demain nous saurons leur rappeler aussi leurs indignations à deux vitesses.

Et désormais la jurisprudence “Eric Zemmour” devra être appliquée…

André Gérôme Gallego
Directeur de la Publication
andreg@aol.com

 

* Eric Zemmour a été condamné vendredi dernier à 2 000 euros d’amende avec sursis pour provocation à la haine raciale par le tribunal correctionnel de Paris


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