La France du travail au noir

Un mode de fonctionnement qui, d’année en année, ne cesse de se développer et avec les conséquences tant humaines que financières qui en découlent. Peut-on vraiment lutter contre le travail au noir ? semble être la seule vraie question à se poser, tant il paraît imparable de lutter contre un fléau économique qui gangrène, depuis toujours, toute la société française et même européenne. Ainsi chaque année, ce sont des centaines de milliers d’emplois illégaux qui se créent ici et là. Avec pour première conséquence de fixer un chômage très élevé, et de contenir la Sécurité sociale dans un déficit chronique. Mais surtout d’encourager des abus dont pâtissent les populations les plus faibles, les travailleurs les moins protégés voire clandestins. 
Pour bon nombre de contrevenants, pas d’inscription au registre du commerce, pas de factures, pas de fiches de paie, quasiment toujours des paiements en liquide. Et comme de logique, une concurrence déloyale pour celles et ceux qui ont pignon sur rue. Des cas isolés, semble penser l’opinion publique, sauf que ces pratiques a priori anodines, mises bout à bout, représentent des dizaines de milliards d’euros de manque à gagner pour le fisc et pour l’ensemble des organismes sociaux. Des sommes colossales qui pénalisent toujours plus notre pays. Ainsi, en 2009, on évaluait le chiffre d’affaires potentiel de ce travail non déclaré à plus de 70 milliards d’euros, soit près de 4 % du PIB (produit intérieur brut).

 


4 travailleurs sur 10 sont de nationalité française

Mais il faut savoir aussi, qu’en 2006, 10,7 % des entreprises françaises contrôlées ont eu recours au travail au noir. En 2007, ce chiffre passait à 11,5 % pour atteindre les 13 % en 2008. Un chiffre que l’on pensait être un record mais qui a été dépassé en 2009 et le sera en 2010.
Chaque année, ce sont entre 8 et 10 milliards d’euros de prélèvements obligatoires qui échappent aux caisses de l’État. 50 à 60 milliards si l’on inclut les impôts qui devraient en découler…  
En 2009, nos gouvernants pensaient avoir trouvé la parade avec le fameux statut d’auto-entrepreneur. Statut qui, rappelons-le, permet de créer son entreprise avec un minimum de formalités et même de compétence. Certains prétendront que depuis 2009 on devrait avoir dépassé les 350.000 créations d’entreprises. Mais on oubliera de nous signaler que 87 % parmi elles n’ont pas le moindre salarié et que rien ne peut démontrer que le travail au noir ait été pour autant diminué. 

 


1 entreprise sur 10 incriminée…

Dans la ligne de mire des inspecteurs du travail et du fisc, les entreprises travaillant dans l’hôtellerie, la restauration qui représentent à elles seules et encore aujourd’hui 16 % des fraudes enregistrées. Ceci malgré la baisse de la TVA qui est passée, rappelons-le, à 5,5 %. Suivent de près et comme toujours, les métiers du bâtiment, de l’agriculture, du déménagement, du gardiennage, du spectacle voire même de la confection. En fait, les fraudeurs seraient de plus en plus malins et les représentants des organismes, censés les contrôler, comme toujours peu nombreux.   
Alors, inutile de tourner autour du pot, dans l’Hexagone, le travail clandestin est en train d’exploser. Preuve de “l’ampleur des faits commis”, en 2009, plus de 10 millions d’euros étaient dus à l’Agence nationale de l’accueil des étrangers et des migrations (Anaem) par ces fameux employeurs indélicats, à plus de 65 % Français.  
Comme pour la délinquance classique, il semblerait que pour enrayer le phénomène, la majorité des Etats-membres de l’Union Européenne, ait choisi une approche plus dissuasive. Sauf que là comme ailleurs, les résultats sont loin d’être concluants. Alors, aujourd’hui, les mesures préconisées seraient plus proches de la prévention que de la répression à outrance. Avec la volonté d’alléger les lourdeurs administratives et surtout de simplifier l’enregistrement des travailleurs saisonniers etc. Mais aussi, d’envisager d’introduire de nouvelles catégories d’emplois pour lesquels on prévoirait des réductions de cotisations sociales et d’impôts. Pourquoi pas, de légaliser l’exercice de mini-jobs effectués, à côté d’un emploi principal, pour arrondir des fins de mois difficiles.
Finalement, concevoir un dosage équilibré de mesures coercitives et préventives, qui combinerait des approches dissuasives accompagnées de mesures plus positives. Seul remède pour enrayer ce fléau national ? Probablement pas.  D’autant que, la nature comme l’ampleur du travail au noir variant selon les régions et les périodes de l’année, toute politique devra obligatoirement s’adapter aux conditions du terrain. Mais aussi, ne l’oublions pas, nous responsabiliser tous, à un titre ou un autre pour simplement ne pas encourager par notre propre laxisme, de telles dérives. Dérives, dont nous aurons tôt ou tard l’addition à honorer.

 
André Gérôme Gallego
Directeur de la publication
andreg@aol.com


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