La fièvre des rapports

Francis Manaud

La campagne électorale présidentielle n’a pas dérogé aux précédentes, elle fut riche en promesses de tous ordres pour attirer un maximum de suffrages d’un côté ou d’un autre. L’électeur lambda le plus souvent a voté non pas dans l’intérêt général mais dans l’intérêt trouvé par l’une ou l’autre des propositions dans lesquelles il pouvait rencontrer matière à satisfaction. Pour certains, ce fut la retraite à soixante ans, pour d’autres le mariage homosexuel, l’emploi des jeunes sans qualification ou encore la fiscalité pour n’aborder que les problèmes les plus récents soumis au parlement. La question économique plus complexe pour des hommes politiques étrangers pour la plupart à la marche des entreprises, demeure un domaine pour lequel ils préfèrent demander conseil à des spécialistes lesquels malheureusement ne sont pas toujours d’accord. Il s’agit donc de commander le rapport, qui sera en principe la base de leur réflexion, à un homme de la société civile capable d’analyser le climat économique et d’apporter les solutions aux problèmes qui se posent. Lors du quinquennat Sarkozy, ce fut Jacques Attali qui fut sollicité. Il proposa plus de trois cents modifications à la conduite de notre économie pour rendre la compétitivité à notre pays. En dehors du fait que Jacques Attali est plus philosophe qu’économiste, le seul avantage obtenu fut une main tendue vers la gauche sans qu’aucune des propositions émises n’ait vu le jour. Le nouveau président est semble-t-il mieux avisé sur le choix de l’interlocuteur en la personne de Louis Gallois beaucoup plus proche des réalités économiques.

 

 

Chaque pierre compte

 

Comme les mêmes causes produisent les mêmes effets, le second rapport plus concis que le premier avec seulement vingt deux propositions risque de subir un sort identique à celui de son prédécesseur. Au final on se demande si les politiques s’adressent à ceux qui savent uniquement dans le but de se donner bonne conscience et avec le secret dessin de n’en tenir aucun compte. En réduisant au maximum ses préconisations, Louis Gallois a bâti un édifice dont chaque pierre compte. Vouloir en ôter une signifie tout simplement que l’ensemble devient incohérent pour ne pas dire inutile. Par exemple en refusant systématiquement de faire progresser la recherche sur les gaz de schistes pour plaire aux écologistes, la question énergétique de notre pays reste entièrement posée alors que rien ne prouve que l’on ne puisse trouver un système d’exploitation inoffensif pour l’environnement. Nous resterons donc tributaires des pays exportateurs de pétrole dont l’importation grève considérablement notre balance commerciale. De la même façon en repoussant à 2014 la réduction des charges des entreprises par un crédit d’impôts, on ne prend pas en compte les besoins immédiats en courant le risque de voir augmenter le chômage dans des proportions considérables. Sans parler du fait que les entreprises qui ne font pas ou peu de bénéfices seront irrémédiablement exclues du système. Une nouvelle fois en édulcorant un rapport courageux, on prend le risque de le priver de son contenu. Il faut craindre encore hélas un rapport pour rien.

 

Francis Manaud



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