JT 257 – Désobéir!

Désobéir…

Qui, de nos jours, connaît Henry David Thoreau (1817-1862) ? Et pourtant cet Américain a influencé Gandhi, Martin-Luther King, César Chavez le trop méconnu syndicaliste américain qui défia Reagan lorsqu’il était Gouverneur et… même notre José Bové national candidat aux présidentielles…

Henry David Thoreau fut un être particulier par bien des côtés et certains diront même exceptionnel. Pourquoi pas après tout, une sorte de bon sauvage érudit sculpté par la nature et qui en tant que citoyen en désaccord avec le gouvernement des Etats-Unis refusa de payer l’impôt pour s’opposer au maintien de l’esclavage dans les états du sud, de son pays. Pour cela il fit même de la prison, un pionnier dans le domaine. Un non violent bien avant l’heure médiatique et qui démontra, avant d’autres, que le passage en prison pourrait faire partie de la technique de lutte non-violente. Admirateur de Ralph Waldo Emerson, un écologiste avant l’heure et comme ce dernier, concerné par les thèmes de société de son époque que sont l’esclavage, la démocratie, la religion, l’éducation et l’environnement… Il passera une grande partie de sa vie à penser, parler, écrire au sujet d’une vie simple et des joies contenues dans la seule nature. Ecrire sur la signification de la vie qu’il découvrait justement dans la nature environnante, s’interrogeant sur le sens de sa propre existence et de la destinée humaine. Alors qu’il a 27 ans il va bâtir une cabane dans les bois au bord d’un lac, y vivra seul et en autarcie durant près de deux ans. Se contentant de ce que lui aura offert ladite nature et d’une plantation personnelle d’un hectare de pommes de terre, de fèves, de blé et même de maïs. Il construit ses meubles, se chauffe avec le bois qu’il coupe, boit l’eau du lac qu’il filtre, se nourrit de sa pêche, de sa chasse et des légumes qu’il cultive. Pourtant tout en étant retiré de ce monde, anachorète du 19ème siècle, il va pouvoir décrire son siècle comme “agité, inquiet, affairé et superficiel”. Cet humaniste éclairé va réfléchir à la condition humaine tout en préparant son engagement citoyen. Ainsi, il déclarait que le premier devoir d’un homme envers son Etat, lorsque les intérêts de celui-ci sont en conflit avec sa conscience, était de lui résister. Plaçant, de fait, le citoyen en face de sa conscience, en face du pouvoir et s’interrogeant pour savoir auquel des deux il devait la plus grande fidélité. Face à certaines situations particulièrement injustes, il pensait même que le vote était une arme de protestation trop faible voire inutile. Comme beaucoup d’intellectuels américains de cette époque, Henry David Thoreau voyait la jeune république américaine comme un phare de justice pour le monde et sa constitution comme un rempart contre l’iniquité. Mêlant le geste à la parole, il expliquait que : “La seule obligation qui m’incombe est de faire en tout temps ce que j’estime juste. Si la machine gouvernementale veut faire de vous l’instrument de l’injustice envers notre prochain, enfreignez la loi “. La désobéissance civile était pour lui avant tout un acte individuel, une attitude personnelle qui découle d’un choix éthique. Mais par ses prises de conscience il voulait stimuler le courage des hommes et des femmes, de son temps, en leur montrant qu’ils pouvaient agir selon leur conscience, créer le fondement de la résistance non-violente face à l’injustice.

Il fit des émules comme Martin Luther King, un exemple entre tous : “I have a dream” – “La Force d’Aimer”… Comme son modèle, lui aussi était pour la révolution non-violente. Nous expliquant que dans la longueur d’une vie d’homme, sur le chemin qui mène à la vérité : «ce n’est pas la vérité qui compte, mais le chemin». Appuyant sur cette notion supérieure de bien faire ce pourquoi on se destinait. Prendre conscience, le plus tôt, que de toutes parts, nous sommes de toute façon appelés à travailler sans repos afin d’exceller dans notre destin.
S’approprier ce que voulait dire Douglas Mallock* quand il écrit :

“Si tu ne peux être pin au sommet du coteau,

Sois broussaille dans la vallée.

Mais sois la meilleure petite broussaille

Au bord du ruisseau.

Sois buisson, si tu ne peux être arbre.

Si tu ne peux être route, sois sentier ;

Si tu ne peux être soleil, sois étoile ;

Ce n’est point par la taille que tu vaincras ;

Sois le meilleur, quoi que tu sois.”….

Comme la vie serait belle si l’on avait le pouvoir de s’examiner, avec lucidité et sérieux, afin de découvrir ce pour quoi on est fait. Se donner avec passion et sans réserve à l’exécution de son destin ; se réaliser tout au long de sa vie d’homme.

Mais il faut croire qu’aujourd’hui, plus qu’hier et comme l’écrivait Ralph Waldo Emerson «Les gens ne voient que ce qu’ils sont préparés à voir»…

En fait peu enclins à désobéir, même quand la cause leur semble juste, trop motivés à ne défendre que leurs intérêts de l’instant présent. Oubliant leur rôle à jouer à améliorer la société dans laquelle ils s’expriment. Oubliant de fait le positionnement de l’Homme dans l’entre-deux, entre ciel et terre, qui lui seul devrait le destiner à un rôle supérieur.

Avec ce constat amer que moins de deux siècles plus tard, et après Henry David Thoreau, tout reste à faire pour engager l’humanité dans un meilleur destin.

* Pensée d’un père, dédiée à un futur Compagnon du Tour de France sur les traces d’un destin à écrire…



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