JT 251 – Maux croisés

Maux croisés

Evénement politique majeur, s’il en est, les présidentielles 2007 ne passionnent pas les foules et surtout pas les Français. Même si de fait elles sont un tournant décisif qui devrait nous amener, si ce n’est vers une 6ème République, du moins vers une approche politique beaucoup plus transparente, plus responsable de la part de ses acteurs majeurs. Des prévisions confortées par l’avènement d’une génération d’Hommes et de Femmes jeunes qui proposent de fait une rupture totale avec le passé. D’autant qu’ils sont parvenus, et cela n’était pas facile, à briser, chacun dans leur camp, le rêve de nombreux mammouths. Et c’est tant mieux pour demain, car la France a besoin d’un sursaut d’orgueil national, incarné par une nouvelle génération de femmes et d’hommes, capables de nous réconcilier avec les valeurs pérennes qui en font un pays référence en bien des domaines. Mais cela ne sera pas aisé, car nous sommes nombreux à avoir perdu confiance en nos dirigeants, en nos institutions et surtout en celles et ceux qui les représentent. Pour avoir trop souvent constaté et à nos dépends que nous n’étions pas dans un même monde de valeurs, ni d’avantages particuliers. Constaté trop souvent que nous étions seuls à ramer pendant que d’autres, aux multiples mandats, sur le pont de la gloire et de la reconnaissance, garantissaient leurs stock-options ou leur fond de commerce sur notre savoir faire et nos sacrifices quotidiens.

Tous évitent d’aborder l’essentiel…

Plus, trop souvent subi, leurs erreurs et errances, au point que nous perdons toujours plus pied, que les sacrifices sont toujours plus importants à assumer et pour quel destin ? Qui peut répondre ? Alors, nous devenons de plus en plus individualistes, sommes moins attachés à ce pays, moins attachés, même, à notre ville. Ce qui entraîne certains, parmi les plus faibles, à se réfugier dans des valeurs de communautarisme et même de religion. D’être à la merci de manipulateurs aux desseins pas toujours proches des idéaux républicains qui devraient être les nôtres.

Au point que si aujourd’hui le leitmotiv des promesses électorales s’active logiquement et avec facilité vers la garantie du plein emploi, de la sécurité, d’un logement pour tous et même d’une fiscalité allégée, autant de boniments qui n’engagent que ceux qui les écoutent, tous évitent d’aborder l’essentiel : rappeler simplement à Toutes et à Tous, ce qu’est notre pays, ce qu’il engage de devoirs et de respect…

Et notamment, parce qu’il est le précurseur pour tout ce qui relève de l’humanisme, de l’équité avec des fondements qui reposent sur un concept fondamental et unique promulguée dès 1905 : la Laïcité… Oui la Laïcité que les Constitutions de 1946 et 1958 affirment même dans leurs préambules pour rappeler que notre République Française est indivisible, laïque, démocratique et sociale. Qu’elle conditionne l’adhésion de tous les citoyens à ces valeurs, car seules capables de garantir la pérennité de notre pacte social comme la coexistence pacifique de toutes les composantes de la société. Oui la Laïcité, un bien commun indivisible, forgée par notre histoire et par les choix du peuple français. Mais qui pour le rappeler aujourd’hui ?

La Laïcité est un idéal

Oui, qu’en est-il vraiment aujourd’hui ? Force est de constater que la Laïcité est même l’objet de polémiques, de remises en cause sournoises et de violations patentes. Pourtant tous se complaisent à dire qu’elle seule garantit une complète égalité des citoyens en matière de croyance et de pleine liberté de conscience. Car nul ne peut contester qu’elle se caractérise, par un double refus : celui d’un athéisme d’État par le fait que la République respecte toutes les croyances et par conséquence de celui de toute religion officielle. Le tout prôné par un enseignement public laïc qui conforte de fait la séparation des Églises et de l’État.

Bien sûr qu’elle ne représente pas une idée neuve. Mais aujourd’hui et tout autant qu’hier elle a vocation à façonner l’avenir de notre pays et permettre, il faut en être convaincu, de consolider l’unité de la communauté nationale face à la montée des communautarismes et à la tentation du repli identitaire.

La Laïcité est un idéal avant d’être une norme juridique créatrice de droits et d’obligations. Le caractère laïque de la République ne sera définitivement acquis que si toutes les composantes de la société, et notamment les populations issues de l’immigration, voient dans ce principe une chance, une garantie même de liberté et d’égalité. Que nous cessions de douter, parce qu’ils incarnent justement l’Etat et les collectivités territoriales, de la neutralité de nos élus, de nos fonctionnaires et délégataires de services publics.

Un effort continu

Plus, afin d’appliquer le principe de Laïcité avec fermeté et discernement partout où la raison le demande, nous nous devons de mettre ces Femmes et ces Hommes en mesure de résister aux pressions et aux tentatives d’instrumentalisation. Tous, parce qu’ils ont en charge d’oeuvrer à la diffusion des valeurs républicaines, jouent un rôle majeur au sein de notre société; notamment dans l’organisation des principales étapes de la vie citoyenne. Mais aussi et on ne le souligne jamais assez, dans le cadre de l’éducation nationale ou de la santé dans l’hôpital public, voire dans l’accueil des nouveaux arrivants. Ainsi, les services publics ont une mission majeure de défense et de promotion de la laïcité comme principe d’équité et d’égalité de droit comme de traitement. Autant d’objectifs fixés nécessaires à créer les conditions d’une adhésion durable de tous les citoyens à cet idéal commun, car la construction d’une société laïque ne doit pas seulement être le fruit d’une réaction à des situations de crise, mais surtout faire l’objet d’un effort continu et concerté inscrit obligatoirement dans le long terme.
En fait sur leur vision de la Laïcité, nos présidentiables se doivent de s’adonner à un effort d’explication et d’engagement fort, s’ils veulent être encore écoutés et rester crédibles. Car elle seule reste, et pour combien de temps encore, ce garde fou à ces «Maux croisés» qui habitent notre quotidien et pourraient si on n’y prendre garde, nous entraîner, bien loin de cet idéal humaniste, sans qui rien ne peut se rêver, se bâtir.



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