JT 248 – L’abbé Pierre nous a quittés…

L’abbé Pierre nous a quittés…

«Toute ma vie, j’ai souhaité mourir», disait-il avec malice.

Au soir de sa vie, le prêtre chiffonnier évoquait même la mort comme «une impatience» : «La mort, c’est la sortie de l’ombre. J’en ai envie. Toute ma vie, j’ai souhaité mourir». Il vient de nous quitter à l’âge de 94 ans. Il aura été lucide jusqu’aux derniers jours, attentif même à ses proches et toujours soucieux de la suite à donner à ses actions. A l’annonce de la triste nouvelle, une immense émotion a vite gagné la France, comme une ultime reconnaissance à l’homme le plus populaire de notre pays. Une affection des Français quasi inébranlable, pour un personnage souvent controversé, avec des prises de position qui auraient eu de quoi surprendre s’il ne s’était agi d’un autre que lui. D’autant qu’il reste, pour ces derniers, comme une figure éloignée et vague dont ils connaissent mieux l’oeuvre signée «Abbé Pierre» que la vie d’Henri Grouès, son vrai nom. Ce grand résistant, a notamment apporté son aide aux Juifs lors de la Seconde Guerre mondiale, rencontré à cette époque le général de Gaulle, devenu même député MRP. Des Français qui savent moins en revanche qu’il était, même s’il s’en défendait, le fruit d’un œcuménisme qui supportait mal la relation entre judaïsme et christianisme. Plus, ses prises de positions en faveur de son ami négationniste Roger Garaudy, auteur et condamné pour son ouvrage polémique « Les mythes fondateurs de la politique israélienne », ne l’ont pourtant pas inscrit négativement dans l’esprit des Français. Probablement, dans la société française, un reste d’une subsistance inavouée d’éléments de défiance vis à vis du judaïsme. Mais plus sûrement parce que l’Abbé Pierre était le meilleur représentant d’un universalisme naïf. Un rappel d’un christianisme qu’il voulait idéal, même s’il n’était pas toujours reconnu dans l’Eglise, et qui reposerait essentiellement sur la charité.
Sûr que sa vocation de don de soi lui sera révélée, dans les rues de Lyon où à l’âge de 12 ans, il accompagnait déjà son père, préoccupé lui aussi par les sans abris et les miséreux. Mais c’est le fruit de sa rencontre avec un ancien bagnard, Georges, et l’accompagnement exigeant de Lucie Coutaz, sa secrétaire, qui le décide en 1949, à fonder la première communauté Emmaüs. Une action prolongée en février 1954, sur les ondes de Radio-Luxembourg, par son vibrant appel lancé en faveur des sans-abris, qui décide de la fondation des Compagnons d’Emmaüs. Ainsi naît un mouvement qui au fil du temps va accueillir, soutenir et “remettre debout” des centaines de milliers de personnes en France et dans les quarante pays où Emmaüs est implanté. Plus, il va, de son vivant, permettre à ce mouvement, d’exister à ses côtés pour qu’après sa mort, son action se perpétue…

L’abbé Pierre incarnait la générosité, l’engagement et la solidarité, tout en tenant farouchement à son indépendance. Un éternel insatisfait face aux injustices, un infatigable combattant de la dignité, un désarmant impertinent pour tous les pouvoirs, dont il connaissait les rouages, us et coutumes. Il aura été un perpétuel précurseur, habile et rusé au fait de la communication, sachant utiliser avec habileté les médias comme les pouvoirs en place. Ne reculant devant rien pour faire avancer ses idées. Nul ne le remplacera…



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