Jeux Olympiques; Le travail des enfants, sponsor ?

Pendant que la flamme olympique accomplissait son tour du monde démocratique dans les conditions difficiles que l’on connaît ; pendant que les contestataires placés sur son chemin n’avaient pour leitmotiv que la cause des Tibétains à défendre ; on n’a jamais rien entendu sur le sort de milliers de gamins concernés aussi par les J.O.
 Non, rien sur le sort de milliers d’enfants, de moins de 16 ans, qui sont, depuis des mois, employés à confectionner les fameux produits dérivés.
Des gadgets qui, demain, vont faire la fortune des sponsors en tous genres mais pas seulement. En fait la fortune aussi, avec peu ou pas de mise en avant de ses responsabilités sur le plan de l’éthique, du C.I.O comme de notre Comité National Olympique (CNOSF).  
Non, dans notre pays il n’y a eu aucune manifestation de contestation pour mettre en avant la responsabilité sociale, de cette honorable instance, qu’est le C.I.O… Car si le sport est devenu une industrie très florissante, que se passe-t-il pour les hommes et les femmes, les enfants qui, notamment dans les usines textiles, contribuent à cet effort ?  Il s’agit, ici, de rappeler qu’au moins 40 % des revenus récoltés par le C.I.O., le sont grâce à l’exploitation de ses licences commerciales. Une manne financière complétée par les contrats conclus avec des sponsors. Autant de budgets qui vont contribuer au mieux vivre des Comités Olympiques Nationaux, mais pas seulement, car les sommes amassées seront ensuite redistribuées, en bonne partie aux fédérations sportives, elles-mêmes. Ainsi, qu’on le veuille ou pas, les sections locales du mouvement olympique sont donc, elles aussi, directement concernées par la manière dont sont acquis ces budgets, non négligeables.  
Oui, on le dit peu, mais ce sont plus de 200 usines chinoises qui bénéficient de la fameuse licence olympique. La “wild card” qui va donner pouvoir de faire fabriquer à des enfants, aux salaires de misère et aux horaires abusifs, tous les produits dérivés qui constituent l’une des mannes principales de ce type d’événementiel planétaire. Des accusations qui ne semblent pas être entendues par le C.I.O. L’entité incontournable qui, par ailleurs n’hésite pas à nous rabattre les oreilles des fameuses valeurs humanistes dont elle serait le meilleur défenseur. Notamment en ce qui concerne la sauvegarde de la dignité de la personne humaine, une exigence que l’on croyait fondamentale de l’Olympisme, de la Charte Olympique… Il est bon de savoir que les partenariats conclus avec des entreprises représentent plus d’un tiers des revenus du C.I.O., juste derrière les droits de diffusion télévisée. En fait, un peu moins d’un milliard de dollars sur la période qui court des J.O. d’hiver de Turin à ceux de Pékin. Dans ces conditions, les dirigeants du C.I.O. ont-ils vraiment intérêt à vérifier si les droits du travail sont respectés dans ces entreprises sous contrat ? Là reste la question qui chagrine.

Mais le C.I.O., n’est pas le seul à ne pas se soucier de l’éthique…

Ainsi la papeterie Lekit, détenue par des investisseurs taiwanais, produit cinq millions de calepins par mois avec l’image des Fuwa, la mascotte des J.O. Elle embauche des gamins de moins de 16 ans qui travaillent plus de quatorze heures par jour, avec des salaires inférieurs de moitié au minimum légal chinois. Mais elle n’est pas la seule, l’usine de YWC dont la maison mère est basée à Newport, aux Etats-Unis, elle aussi accréditée par le C.I.O. pour fabriquer des sacs avec le logo olympique, fait travailler ses ouvrières sur des machines à coudre en moyenne 13h par jour, pour un salaire de misère. Et pour augmenter l’hypocrisie ambiante, on rappelle que ses autres clients ont pour nom Disney ou Wal-Mart, la plus grosse entreprise de distribution états-unienne. Des pratiques similaires se retrouvent aussi dans une usine chinoise de l’entreprise Mainland Headwear Holdings Limites, qui détient les “droits exclusifs” pour la production de casquettes comportant le logo olympique. La même usine fabrique aussi les produits dérivés pour la FIFA comme pour la Warner, lors de ses grosses productions cinématographiques du type Batman ou Superman…  
Aujourd’hui, force est de constater que le black-out qui règne sur le Tibet vaut aussi pour les ateliers et usines de l’empire du Milieu. Il est connu de tous que ces violations du droit du travail sont répandues dans le secteur du textile et des articles de sport. C’est pour cela que le C.I.O., en tant que leader d’opinion et donneur de leçon dans bien des domaines et plus particulièrement sur celui de l’éthique, aurait dû se montrer plus inflexible quant à la provenance de ses propres productions.  
Reconnaissons-le, sur le Tibet, les droits humains, les pressions sur le gouvernement chinois, sont autant des sujets sur lesquels le C.I.O. pouvait avoir une influence, mais très limitée. Par contre en ce qui concerne les conditions de travail, pour la fabrication de ses propres commandes, là il pouvait agir. Là, il avait les moyens de se faire entendre, car les enjeux financiers sont énormes.
Mais surtout il avait, il a vocation à montrer l’exemple et encore une fois il semble être passé à côté de ce sujet en attendant le bilan final de ses jeux ô combien contestés et contestables.

 André-Gérôme GALLEGO
andreg@aol.com


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